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Signature de l’accord historique pour l’appellation de la “Macédoine du Nord”

Les ministres grec et macédonien des Affaires Étrangères Nikos Kotzias et Nikola Dimitrov, ont signé dimanche un accord historique pour rebaptiser l’actuelle Ex-république yougoslave de Macédoine (ARYM) en “Macédoine du Nord”, lui dégageant la voie vers l’UE et l’OTAN.

Parmi les parrains présents à la cérémonie, sur les rives du lac frontalier de Prespes, figuraient les Premiers ministres, Alexis Tsipras et Zoran Zaev, le négociateur onusien Matthew Nimetz et la représentante de la diplomatie de l’UE, Federica Mohgherini.

“Nous faisons ce jour notre devoir patriotique (…), un pas historique pour refermer les plaies du passé, ouvrir la voie à la coopération pour nos pays, les Balkans et toute l’Europe”, a déclaré M. Tsipras.

“Ce pas ne doit pas rester suspendu (…) car nous donnons un exemple pour construire l’avenir contre la haine”, a-t-il ajouté.

Cet accord, prévu pour entrer en vigueur sous six mois, doit lever le verrou grec à l’entrée de Skopje dans l’UE et l’OTAN. Côté macédonien, il doit encore être ratifié par le Parlement, approuvé par référendum et acté par une révision constitutionnelle. Il sera ensuite soumis à la ratification du parlement grec.

Si le règlement trébuchait côté macédonien, l’intégration euro-atlantique de Skopje serait stoppée, a prévenu M. Tsipras.

“Déplacer des montagnes”

Soldant 27 ans de querelle, ce règlement est d’une “importance stratégique et peut déplacer des montagnes” pour amener stabilité et prospérité, a pour sa part relevé le social-démocrate Zoran Zaev.

Une manifestante proteste contre l'accord sur le nom de la Macédoine devant le parlement, à Skopje, le 13 juin 2018

(credit photo AFP/Archives) Une manifestante proteste contre l’accord sur le nom de la Macédoine devant le parlement, à Skopje, le 13 juin 2018

Le compromis a été débloqué par son arrivée au pouvoir en 2017 en succession de la droite nationaliste. L’inquiétude européenne face à l’influence russe dans la région a aussi été déterminante selon les analystes.

Sous un soleil radieux, la délégation macédonienne était arrivée à bord de vedettes côté grec, où elle a été accueillie sous les applaudissements par M. Tsipras. Les festivités doivent se conclure avec un déjeuner de l’autre côté, macédonien, du lac.

L’accord de 20 pages vise à régler une des dernières querelles héritées du démantèlement de la Yougoslavie.

Depuis l’indépendance de son voisin en 1991, la Grèce s’opposait à ce qu’il garde le nom de Macédoine, parce qu’elle a sa propre province septentrionale du même nom qui fut le berceau de l’empire d’Alexandre le Grand, joyau du patrimoine historique grec.

Les deux jeunes Premiers ministres ont dû faire face à de vives réactions dans leur pays, émanant de leur opposition de droite et des franges nationalistes de l’opinion publique.

Accusé de “trahison” par les ultras grecs, Alexis Tsipras a surmonté samedi une motion de censure déposée par son rival conservateur Kyriakos Mitsotakis contre son gouvernement.

En Macédoine, le président Gjorge Ivanov prévoit d’exercer un droit de veto pour bloquer ce que l’opposition nationaliste, dont il est proche, a qualifié de “capitulation”, ce qui ne peut toutefois que retarder un peu sa ratification.

“Pragmatisme”

Brandissant des drapeaux grecs, quelques centaines d’habitants de la région ont manifesté contre l’accord côté grec, tenu à distance de la cérémonie par des barrages policiers.

Mais comme vendredi et samedi lors de rassemblements à Athènes, la mobilisation était inférieure à celle espérée par les organisateurs, opposés à tout partage du nom de Macédoine.

“Pour moi ce n’est pas un jour agréable, il n’y a pas de quoi se réjouir alors que nous cédons si facilement le nom de Macédoine”, déplorait à Psarades le pêcheur Achille Papadopoulos, 60 ans.

De l’autre côté de la frontière, dans le village d’Otesevo, Sveta Jankovska, une enseignante retraitée de 66 ans s’indignait aussi d’un accord “qui n’est pas honorable” et marque une “défaite” pour les Macédoniens.

Une manifestation à Athènes le 16 juin 2018 contre l'accord annoncé entre la Grèce et la Macédoine sur le nom du pays

(credit photo AFP) Une manifestation à Athènes le 16 juin 2018 contre l’accord annoncé entre la Grèce et la Macédoine sur le nom du pays

Mais Bosko Dimovski, gérant à 60 ans un petit bar au bord du lac, soutient le règlement par “pragmatisme”. Avec le nouveau passage frontalier prévu, la région va revivre, “il va y avoir une relance du tourisme”, se réjouit-il.

L’ex-Premier ministre Antonis Samaras, ministre des Affaires étrangères lorsque le différend a commencé figure côté grec parmi les principaux pourfendeurs du compromis.

“Vous avez reconnu une aberration qui ne stabilisera pas la zone, elle la minera”, a déclaré samedi ce conservateur, qui avait fait chuter son gouvernement en 1993 par surenchère sur cette question.

Les conservateurs grecs avaient toutefois acté la nécessité d’un compromis au début des années 2000.

Athènes met aussi en avant que la partie macédonienne s’engage dans l’accord à renoncer à toute appropriation de l’héritage macédonien antique.

Pour M. Kotzias, ce règlement doit aussi permettre au pays de se concentrer sur d’autres défis régionaux, au premier rangs desquels le retour de la tension avec la Turquie.

La Macédoine a été admise aux Nations unies en 1993 sous le nom provisoire d’ARYM, mais plus de 140 pays, dont la Russie et les États-Unis, ont reconnu le pays des Balkans sous le nom de “République de Macédoine”.

Skopje espère obtenir une date pour ouvrir ses pourparlers d’adhésion à l’UE lors d’un sommet européen fin juin et une invitation à rejoindre l’OTAN à la mi-juillet.

Publié le dimanche 17 juin 2018 à 11:15, modifications dimanche 17 juin 2018 à 11:15

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