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Séismes et typhons au Japon: images impressionnantes, mais dommages limités

Le monde reste ébahi devant quelques images impressionnantes de dégâts provoqués par les typhons ou séismes très violents au Japon, mais l’ampleur globale des dommages et le nombre de victimes apparaissent finalement peu élevés.

En réalité, les inondations, coulées de boue et chaleurs étouffantes s’avèrent davantage meurtrières, un paradoxe qui met en relief à la fois les progrès réalisés sur le plan des techniques parasismiques ou face aux vents violents mais aussi les faiblesses en termes de prise de conscience du risque et de réaction des populations habitant des zones vulnérables.

Des secousses, même très fortes comme cette semaine à Hokkaido, causent désormais directement peu de morts au Japon.

“Les dégâts auraient été bien pires, peut-être 50 fois pires, si de tels désastres s’étaient produits en Europe ou dans d’autres régions d’Asie”, estime Kimio Takeya, professeur à l’université du Tohoku (nord-est).

En 2011, lors de la catastrophe du 11 mars, c’est surtout le tsunami qui a tué. Et cette semaine, ce sont les glissements de terrain qui ont enseveli des maisons et fait une quinzaine de victimes après le séisme dans le nord de l’archipel.

Changement climatique

Equipés de dispositifs parasismiques, sur lesquels d’énormes progrès ont été réalisés après le tremblement de terre de Kobe en 1995 (près de 6.500 morts), “les bâtiments et infrastructures résistent mieux aux aléas”, souligne pour l’AFP Jean-François Heimburger, auteur de “Le Japon face aux catastrophes naturelles”.

Le typhon Jebi

(credit photo AFP) Le typhon Jebi

S’agissant des typhons et pluies, “les prévisions météorologiques sont plus précises grâce à des satellites plus performants. Mais la situation s’est également améliorée à la suite de l’adoption de plusieurs lois, à commencer par celle de novembre 1961, qui précise notamment les rôles et responsabilités des autorités en matière de prévention des catastrophes”, ajoute-t-il.

Auparavant, un typhon pouvait faire des milliers de morts, comme en 1959.

Là où le bât blesse aujourd’hui, c’est dans l’attitude des populations face au risque, ce même si elles sont globalement mieux préparées. L’ampleur du danger évolue: les leçons du passé ne suffisent pas toujours, car le changement climatique tend à créer des phénomènes inédits.

“Nous avons désormais affaire à des conditions climatiques sans précédent: les gens n’imaginent pas que le vent puisse emporter une voiture, mais il faut changer notre façon de penser. Nous avons plus ou moins géré jusqu’à présent, mais il faut désormais aller au-delà”, insiste Chikako Isouchi, professeure associée de l’Université de Kagawa.

Lors de l’épisode de pluies diluviennes de juillet 2018 au cours duquel ont péri plus de 220 personnes, “moins de 1% des personnes concernées par les recommandations d’évacuation émises par les autorités locales s’étaient rendues dans les refuges, pensant certainement qu’il n’y aurait pas de problème”, précise M. Heimburger.

Danger partout

Non seulement les ordres d’évacuation (certes non contraignants) sont finalement assez rarement respectés, mais en plus la cartographie officielle des risques reste trop souvent ignorée.

Séisme au Japon

(credit photo AFP) Séisme au Japon

Concernant le séisme survenu à Hokkaido cette semaine, “les mouvements de terrain engendrés par les secousses correspondent à la zone à risque signalée par la municipalité d’Atsuma en 2013”, là où un grand nombre de victimes a été déploré. “Aujourd’hui, encore trop peu d’habitants utilisent ce type de documents, si tant est qu’ils connaissent leur existence”, déplore M. Heimburger.

A la décharge des habitants, des dizaines de collectivités n’ont toujours pas publié de cartes de prévention de certains risques naturels et “entre les tsunami, inondations, glissements de terrain ou séismes, aucun endroit au Japon n’est réellement sûr”, insiste Tadashi Suetsugi de l’Université de Yamanashi, qui souligne l’exiguïté du territoire nippon habitable (un quart de la superficie totale).

“Si on prend le cas de Tokyo, les 372 zones considérées comme hautement dangereuses (risque très élevé d’effondrement des bâtiments ou de propagation des incendies en cas de séisme majeur) rassemblent plus d’un million d’habitants: autant dire qu’il est impossible de les faire tous déménager”, cite en exemple M. Heimburger.

D’autant que la contrainte n’est pas dans les moeurs au Japon quand on touche à la vie et à la propriété privées. On privilégie alors la persuasion par la discussion.

“Le défi pour l’avenir est de parvenir à convaincre la population, qui plus est vieillissante, d’agir à temps, et d’améliorer la clarté des explications fournies par les autorités”, juge le spécialiste français.

Publié le vendredi 7 septembre 2018 à 11:45, modifications vendredi 7 septembre 2018 à 11:45

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