Santé

Vers une légalisation du cannabis thérapeutique en France ?

La ministre de la santé Agnès Buzyn ne semble pas opposée à une légalisation du cannabis thérapeutique en France.

Le gouvernement Macron a envoyé plusieurs signaux négatifs ces derniers mois au sujet du cannabis. En effet, après avoir nié toute possibilité de légalisation et mis en place une amende de 300 euros pour pénaliser systématiquement les consommateurs, nous nous attendions à une position similaire au sujet du cannabis médical.

Pourtant, la ministre de la santé Agnès Buzyn a surpris tout le monde en se déclarant favorable à une légalisation du cannabis à usage médical. Cette dernière relance ainsi l’espoir de milliers de malades pour qui cette plante apparaît comme un remède miracle à leur douleur.

Une introduction au cannabis thérapeutique

C’est au micro de France Inter que la ministre de la santé Agnès Buzyn a fait cette déclaration surprenante ce jeudi 24 mai. En effet, celle-ci affirme avoir demandé à ce qu’on lui fasse un rapport sur les vertus thérapeutiques du cannabis, affirmant ainsi qu’il n’y avait “aucune raison d’exclure” le cannabis de l’éventail thérapeutique alors que ses effets apaisants sur de nombreuses pathologies ont été prouvés.

La ministre en a également profité pour déplorer implicitement le retard de notre pays sur ce sujet, avant d’évoquer clairement la possibilité d’une légalisation. “Ça pourrait” a-t-elle ainsi lâché, ouvrant ainsi les portes à un débat plus apaisé sur le cannabis médical.

Mais qu’est-ce que le cannabis médical ? Il peut soit se présenter sous la forme de gélules ou de sprays, soit être consommé de façon plus naturelle à travers de l’huile, de la résine ou un joint. Le cannabis est ainsi connu pour soulager la douleur liée à certaines maladies comme l’épilepsie, la sclérose en plaque, le cancer et le sida. Il permet également de redonner de l’appétit à certains malades, et peut aider à lutter contre certaines cellules cancéreuses.

Les deux principaux composants chimiques de la plante sont le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), responsable des effets psychoactifs, et le cannabidiol (CBD). Ce-dernier est connu pour ses nombreuses vertus thérapeutiques, comme ses effets anti-inflammatoires et relaxants. Ces différentes molécules peuvent d’ailleurs être synthétisées de façon isolée en laboratoire.

Le CBD, en plus de ne pas altérer l’esprit du consommateur, ne provoque pas de dépendance, et pourrait même réduire les effets du THC lorsqu’on le combine avec lui. En outre, ses effets négatifs sur la santé sont bien moins importants que d’autres anti-douleurs comme les opiacés (connu pour leur immense potentiel addictif) ou le paracétamol (dont la consommation doit être limitée pour empêcher des dommages irréversibles au foie). Selon le professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université Paris-Sud Michel Reynaud, le CBD pourrait même s’affirmer comme un traitement anti-douleur intermédiaire de premier choix.

Le point sur la législation française et internationale

Malgré l’interdiction du cannabis, Marisol Touraine avait fait avancer la législation en 2013 à travers la modification d’un article du code de la santé. En effet, grâce à un nouveau décret, les médicaments contenant des cannabinoïdes peuvent désormais être utilisés s’ils ont reçu une autorisation de mise sur le marché à l’échelle française ou européenne.

Le Sativex, contenant du THC et du CBD en spray pour les malades atteints de sclérose en plaque, a ainsi été autorisé en 2014, mais à cause de son prix trop élevé, celui-ci n’est toujours par commercialisé. Toutefois, deux autres médicaments sont aujourd’hui présents en France : le Marinol et l’Epidiolex, qui contiennent du THC et du CBD pour apaiser la migraine et l’épilepsie respectivement. Les procédures administratives très lourdes pour en bénéficier ont toutefois grandement limité leur usage.

Pour ce qui est des autres pays du monde, nombreux sont ceux qui ont légalisé le cannabis thérapeutique depuis des décennies. La France est donc bien en retard dans ce domaine, même par rapport à certains de ses voisins européens. En effet, une quinzaine de pays comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne l’ont autorisé ces dernières années, suivant ainsi l’exemple des Pays-Bas, où il est légal depuis 1998. La Grèce est le dernier pays européen à avoir légalisé le cannabis médical en mars 2018. Cela lui a permis de contribuer à la relance de son économie à travers la création d’infrastructures de production sur son territoire.

Ailleurs dans le monde, certains pays sont particulièrement à la pointe sur ce sujet, comme Israël, qui présente des conditions météorologiques très clément et un savoir-faire scientifique de premier plan en la matière. Le pays est ainsi devenu un pionnier dans l’industrie du cannabis thérapeutique, qui exporte de nombreux médicaments à l’étranger. C’est aussi l’endroit où le THC et le CBD ont été isolés pour la première fois en 1964 par le professeur Raphael Mechoulam.

Enfin, les Etats-Unis se placent également parmi les pionniers de cette industrie, puisque plus d’une trentaine d’Etats ont légalisé le cannabis médical depuis 1996, date de la première autorisation ayant eu lieu en Californie. Le Canada lui a d’ailleurs emboîté le pas, avant de légaliser complètement la plante en 2018.

Le point de vue des médecins

Malgré les recherches internationales concluantes sur le cannabis médical, l’Académie de médecine et celle de pharmacie reste opposées à sa légalisation en France. En effet, ces dernières déplorent les effets secondaires psychologiques (rôle dans le développement de pathologies mentales, troubles de l’attention etc.) et physiques (cancer à cause de l’inhalation, maladies cardio-vasculaires) néfastes de la plante. En outre, les taux de cannabinoïdes très variables en fonction des différents variétés est un autre point clivant pour les médecins.

Pourtant, d’après le professeur Michel Reynaud, les professionnels de l’addiction sont en majorité favorable à cette légalisation thérapeutique. En effet, l’autorisation permettrait de mieux accompagner les malades, y compris pour traiter les effets psychologiques de ces molécules. De nombreux malades achètent d’ailleurs illégalement du cannabis dans une tentative de s’auto-médiquer aujourd’hui. Le professeur a également tenu à rappeler que de nombreuses études extrêmement sérieuses ont montré ces dernières années les vertus du cannabis thérapeutique malgré ses effets secondaires. Ces derniers peuvent d’ailleurs être limités en trouvant les doses les plus adéquates.

Ce débat sur les effets secondaires pourrait bien être en partie fondé sur une certaine hypocrisie, étant donné que d’autres médicaments déjà autorisés présentent un panel d’effets secondaires encore plus néfastes que ceux du cannabis.

 

 

Publié le lundi 28 mai 2018 à 14:03, modifications lundi 28 mai 2018 à 12:44

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !