Santé

Surconsommation d’antibiotiques: “Il y aura des infections banales que l’on ne pourra plus soigner”

Une nouvelle alerte a été lancée par l’OMS ce lundi et confirmée par les médecins: la surconsommation d’antibiotiques, entraînant une résistance dangereuse, a atteint un nouveau stade.

Les antibiotiques font une nouvelle fois parler d’eux: des médecins lancent un énième signal quant à notre consommation. Eric Senneville, professeur et chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Tourcoing (Hauts-de-France) affirme ce constat alarmant et évoque “l’urgence” d’agir.

Un progrès à surveiller

Depuis sa généralisation après la Seconde Guerre mondiale, l’antibiotique a sauvé des millions de vies. Progrès thérapeutiques le plus important du XXe siècle, les traitements antibiotiques ont également allongés l’espérance de vie de milliers de patients. Cependant, depuis plusieurs années et à travers le monde, une surconsommation d’antibiotiques a été notée, avec des conséquences plus négatives les unes que les autres.

En 2014, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) soulignait déjà un constat alarmant, mettant en évidence des résistances dangereusement élevées aux antibiotiques. Dans son rapport mondial sur la surveillance de la résistance aux antimicrobiens [Antimicrobial resistance: global report on surveillancel’OMS évoquait déjà la nécessité de mettre en place un système de surveillance mondiale. En mai 2015, le Système Mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (GLASS) fut lancé pour soutenir la communication et l’analyse de données relatives à la résistance antimicrobiennes. La motivation des actions locales, nationales et régionales au niveau mondial fut l’une des mesures phares de ce plan.

Alors, pourquoi une nouvelle alerte? Parce que, comme nous le dit Eric Senneville, il y a urgence. La consommation d’antibiotiques est en effet repartie à la hausse, la situation se dégradant d’autant plus. L’OMS a publié ce lundi 29 janvier 2017 un nouveau communiqué, révélant que les premières données de surveillance mettaient en avant “des niveaux élevés de résistance à plusieurs infections bactériennes graves, tant dans les pays à revenu élevé que dans les pays à revenu faible.”

A qui la faute?

Ce premier rapport avance que sur les 22 pays ayant fourni des donnés sur les niveaux d’antibiorésistance, ce sont les 22 pays qui présentent des cas de résistances aux antibiotiques. Ce problème touche environ 500  000 personnes à travers ces pays, et note une gravité majeure de la situation. Cette résistance aux antibiotiques se traduit par des germes résistants, qui pourrait à terme empêcher le traitement de maladies. Certaines infections banales ne pourraient plus être traitées, et les micros-organismes résistants pourraient se propager à travers le monde. En France, ce sont les infections cutanées qui ont considérablement augmentées et qui nécessitent de plus en plus un séjour hospitalier pour cause de résistance antimicrobienne.

La cause? Un usage généralisé, abusif voire peu qualitatif de certains antibiotiques. La délivrance trop systématique des antibiotiques mais également la mauvaise utilisation, le manque de respect des posologies par les patients sont en causes. Dans certains pays, le manque de médicaments contraint les patients à ne pas ne terminer leur traitement, ou à se tourner vers d’autres médicaments moins qualitatifs, créant les conditions pour l’apparence d’une résistance antibiotique. L’une des grandes problématiques se trouve également dans l’élevage: dans le but de favoriser la croissance et de diminuer le risque de maladies, des doses infrathérapeutiques (trop faibles) sont administrées aux animaux, qui développent des germes résistants. Par la consommation de ces animaux, ces germes sont ensuite introduits dans le corps humain. A ceci peut s’ajouter les méthodes de préventions non respectées, mais également le manque de laboratoire.

Marine Sauvage, Docteur en pharmacie officiant à Bruay-la-Buissière (Hauts-de-France) , a confirmé à MinuteNews les risques alarmants:

” Des personnes meurent à cause de l’antibiorésistance, on ne peut plus soigner leurs infections tellement les bactéries sont devenues résistantes. C’est d’autant plus alarmant car à l’heure actuelle la recherche n’est plus axée sur la découverte de nouveaux antibiotiques, mais se spécialise sur les cancers et les maladies auto-immunes sans revenir aux bases comme les antibiotiques. De plus, la population devient défiante vis-à-vis de la vaccination, ce qui provoque une grosse augmentation des maladies bactériennes graves.”

Quelles actions possibles?

Moins prescrire les antibiotiques? Oui, mais pas seulement! Il s’agirait au contraire d’amplifier les recherches, de développer des molécules antibiotiques plus ciblées. Le Dr Marine Sauvage nous précise:

“Il faut responsabiliser la prescription des médicaments, que les médecins ne mettent plus systématiquement et obligatoirement des antibiotiques. Il s’agirait de d’abord vérifier si c’est viral ou bactérien pour par la suite adapter la prescription. Dans les pharmacies, il faudrait envisager la prescription à l’unité. Supprimer les boites, fournir autant de comprimés que la prescription le demande: cela diminuerait les restes que l’on peut avoir à la maison, et ainsi diminuerait la réutilisation par auto-médication. Enfin, il faut de nouveau sensibiliser la population à l’importance de la vaccination.”

Marine Sauvage souligne également le fait de responsabiliser sur la consommation d’antibiotiques: ne pas réutiliser le même antibioitique pour une même infection, sensibiliser au fait de rapporter les antibiotiques non utilisés pour recyclage Cyclamed,etc. En plus de la surveillance et des laboratoires, ce sont les mentalités qui sont à changer. La prescription avec parcimonie, sur une durée limitée n’est pas seule. Le Docteur Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, enchérit: “Et l’éducation thérapeutique!”. Le spécialiste explique en effet que la pression des patients influence énormément:

Un enfant arrive, il a été exclu de la crèche parce qu’il avait une rhino avec 38.5° de fièvre. Vous ne donnez pas d’antibio et trois jours après il fait une otite. Venez voir la tête des parents ! Seule une véritable volonté politique peut faire changer les mentalités.

Il convient alors tous d’agir et de prendre des dispositions, à un niveau politique, comme commence à le faire la France, mais également à un niveau individuel.

 

 

 

Publié le vendredi 2 février 2018 à 15:32, modifications vendredi 2 février 2018 à 15:52

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