Santé

Pourquoi la France connaît-elle une pénurie de médicaments inédite ?

Le nombre de médicaments concernés par des ruptures ou des problèmes d’approvisionnement ne cesse de se multiplier et de s’aggraver.

Il s’agit d’une situation inquiétante. Entre 2016 et 2017, les ruptures de stock de médicaments en France ont connu une augmentation de 30%. Une véritable pénurie de médicaments vitaux qui touche aussi bien les anticancéreux, les antibiotiques, les vaccins et les anti-parkinsoniens.

Ainsi, dans les colonnes du Parisien, ce mardi 30 octobre, un collectif de patients et de médecins alerte sur cette pénurie qui « devient inquiétante ». Dans une tribune, ils demandent à l’Etat d’agir pour limiter les manques de certains médicaments et ils lancent une pétition. Selon eux, les pouvoirs publics, pourtant déjà sollicités, sont restés impuissants face à cette situation.

Impuissants à rappeler avec force et efficacité aux dirigeants des laboratoires pharmaceutiques que leur responsabilité première est d’apporter les meilleures réponses possibles aux malades.

Décrivent-ils.

Quels sont les médicaments concernés ?

Ainsi, en 2017, l’Agence nationale du médicament a reçu 530 signalements de rupture de stocks ou de difficulté d’approvisionnement pour des traitements considérés comme essentiels. Par ailleurs en septembre 2018, l’Ordre des pharmaciens dénombrait 431 médicaments en rupture d’approvisionnements. Parmi eux se trouvaient 14 vaccins. Dans le détail c’est surtout une pénurie de Sinemet, le médicament de base dans le traitement de la maladie de Parkinson, qui est le plus inquiétant. Toutefois, plusieurs anticancéreux font également défaut. Ensuite, les vaccins courants sont également touchés par les ruptures et tensions d’approvisionnement : DT Vax (diphtérie et tétanos), Imovax (polio), Menveo et Nimenrix (méningocoque), Ticovac (encéphalite à tiques) et vaccin BCG (tuberculose), par exemple. Et enfin, les stocks de certains antibiotiques, antiépileptiques, anesthésiants, cortisone pour enfants, traitements de l’hypotension et de l’hypertension sont également inquiétants.

A noter que l’Agence du médicament met en ligne une liste des produits concernés.

Pourquoi il y a-t-il pénurie ?

Selon l’Agence du médicament, la pénurie trouve ses origines dans plusieurs causes, telles que « des retards de fabrication, des incidents de production ou encore une capacité de production insuffisante ». Néanmoins, les difficultés d’approvisionnement en matière première seraient à elles seules responsables de 17 % des ruptures de stocks. En outre, « la mondialisation de la fabrication et de la demande » est aussi pointée du doigt. En effet, selon l’Agence, elle a engendré des délocalisations massives et une forte concentration de la production sur un petit nombre de sites.

70 % des principes actifs, les molécules à la base des traitements, sont fabriqués aux Etats-Unis ou en Asie. Et, sur un nombre restreint de sites. Au moindre problème dans une usine, c’est la catastrophe.

Le Parisien donne l’exemple du Sinemet. Le médicament anti-Parkinson a une seule unité de production aux Etats-Unis. Or elle a « dû fermer ses portes, le temps de se remettre aux normes ».

Quant aux vaccins, le problème vient de leur principe même.

Le vaccin est un produit biologique. Conçu à partir de virus ou de bactéries, une matière première vivante qui expose à certains aléas. Par exemple, quand on fait pousser des souches de virus, le rendement n’est pas toujours au rendez-vous.

Explique le quotidien.

Enfin, la production en flux tendus appliquée dans les laboratoires, par choix économiques, vient également aggraver ces pénuries.

Pour éviter les pertes et limiter les coûts, les labos réduisent au maximum les stocks. Alors que la demande mondiale et l’exigence de qualité augmentent.

Quelles sont les solutions mises en œuvre ?

Un rapport du Sénat, paru début octobre, présentait 30 propositions pour prévenir les pénuries récurrentes de médicaments et vaccins en France. Le rapport recommandait par exemple de renforcer les moyens financiers des deux structures publiques susceptibles de produire des médicaments indispensables : la pharmacie centrale des armées et l’Agence générale des équipements et produits de santé (Ageps). En Suisse, par exemple, le pays possède son propre laboratoire militaire. Ce dernier est amené à élaborer des réserves de sécurité.

En outre, les auteurs du rapport prônent « une politique de la carotte et du bâton » vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique. D’un côté, des aides financières pour les entreprises pharmaceutiques qui s’engageraient à fabriquer en France certaines substances actives jugées essentielles. De l’autre, des sanctions en cas de manquement dans la mise en oeuvre de leurs plans de gestion des pénuries.

Publié le mercredi 31 octobre 2018 à 11:54, modifications mercredi 31 octobre 2018 à 10:58

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