Santé

On sait désormais pourquoi les hommes sont plus exposés à certaines maladies mentales que les femmes

La cause de cette inégalité face à des maladies comme l’autisme et à la schizophrénie est à chercher au niveau du placenta.

Une équipe de chercheurs vient de découvrir les mécanismes à l’oeuvre lors du développement du foetus qui permettent d’expliquer que les garçons soient plus exposés que les filles à des maladies comme l’autisme ou la schizophrénie. Et le placenta jouerait un rôle majeur dans ce phénomène trop longtemps sous-estimé.

Des causes qui ne sont pas seulement génétiques

Alors que la proportion d’individus atteints d’autisme ne cesse d’augmenter dans les pays occidentaux, il devient urgent de s’interroger sur les causes de cette maladie contraignante, pour les malades, leur famille, et la société dans son ensemble. Or, les scientifiques se sont rendus compte que les hommes y sont plus disposés que les femmes.

Ce n’est pas un phénomène nouveau, puisque l’on sait déjà que des maladies comme l’hypertension ou le diabète sont liés au sexe, tout comme la dépression et l’anxiété, qui affectent plus souvent les femmes que les hommes. Mais pour ce qui est des troubles du neurodéveloppement, les femmes semblent plus préservées que les hommes. Et des chercheurs de l’université du Maryland aux Etats-Unis semblent en avoir identifié les causes. Elle seraient en effet liés au fait que le foetus des hommes est plus sensible aux dérèglements et au stress pendant la grossesse de la mère.

Les scientifiques se sont concentrés sur le placenta pour faire cette découverte. Il s’agit en effet d’un organe éphémère qui relie la paroi de l’utérus à l’embryon afin d’acheminer vers lui tous les nutriments dont il a besoin. Or, le placenta est particulièrement sensible et réactif à l’état de santé général de la mère. Ainsi, plusieurs études ont permis de prouver que sa taille et son fonctionnement varie en fonction de son alimentation, de sa consommation d’alcool, de ses maladies ou de son état psychologique.

Un mécanisme moléculaire à l’oeuvre

Dans le cadre de leur étude, les chercheurs de l’université du Maryland ont étudié une enzyme très importante dans le bon fonctionnement du placenta. Il s’agit d’OGT, ou « O-linked N-acetylglucosamine transferase », dont le fonctionnement diffère en fonction du sexe du foetus. C’est peut-être d’ailleurs la cause des inégalités hommes/femmes face à l’autisme.

Dans leur article paru dans la revue Nature Communications, les scientifiques ont démontré que cette enzyme est activée par les foetus femelles d’une façon qui les protège davantage des aléas liés à la santé physique et mentale de la mère pendant la grossesse. En effet, ces enzymes sont plus nombreuses chez les femmes que les hommes, chez la souris et chez l’être humain.

Ainsi, d’après Tracy Bale, l’une des co-auteure de cette étude fascinante, le gène OGT, présent sur le chromosome X, permet d’offrir aux femmes une meilleure protection face aux perturbations pendant le développement du foetus. En effet, les deux copies du gène sur les chromosomes X sont actives chez les femmes, tandis que les hommes n’en bénéficient que d’une seule copie active.

Une question d’expression des gènes

L’enzyme OGT permet d’influencer l’expression des gènes dans le placenta.  Or, ce mécanisme a des conséquences très importantes sur le développement de certaines zones du cerveau comme l’hypothalamus, dont l’altération peut entraîner des maladies comme l’autisme et la schizophrénie.

Les modifications génétiques causées par OGT sont regroupés sous le terme H3K27me3 par les scientifiques. Il s’agit en effet d’une association de molécules dont la présence va permettre de transformer les gènes responsables du développement cérébral dans le placenta. Chez les femmes, on retrouve ainsi une quantité plus importante de H3K27me3, ce qui leur confère de meilleures défense pour lutter contre les effets du stress maternel. 

Pour Tracy Bale, ce mécanisme est la clé qui permet d’expliquer les profondes différences entre hommes et femmes dans le développement de maladies comme l’autisme et la schizophrénie. Et ce n’est pas la première fois que la scientifique arrive à une conclusion de ce type. Celle-ci avait en effet déjà démontré qu’un stress du père pouvait altérer la qualité des spermatozoïdes, avec des conséquences important sur le développement du cerveau de ses enfants, à travers une étude sur des souris. Un nouveau cap a été franchi dans notre compréhension de ces maladies !

Publié le vendredi 6 juillet 2018 à 14:07, modifications vendredi 6 juillet 2018 à 12:52

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !