Santé

L’addiction au écrans endommage le cerveau des utilisateurs

L’addiction aux écran a des conséquences si graves sur la santé des patients qu’un spécialiste en vient à parler d'”héroïne numérique”.

L’addiction aux écrans est un phénomène inquiétant qui intéresse de plus en plus les scientifiques. Outre les conséquences psychologiques à déplorer, notamment chez les plus jeunes, celle-ci engendre également des modifications cérébrales impressionnantes et particulièrement néfastes.

Une “héroïne numérique”

Pour le Docteur Kardaras, expert en addictologie s’intéressant principalement à l’addiction des enfants au numérique, ce phénomène bouleverse la structure cérébrale des enfants qui y sont exposés. Interrogé par “Envoyé spécial”, celui-ci cite plus de 12 expériences menées sur de jeunes individus dont le cerveau a été analysé par imagerie. Ces études montrent ainsi que la taille d’une zone comme le cortex frontal rétrécit de façon flagrante lorsque nous sommes trop longtemps exposés à un écran.

Pour le Docteur Kardaras, qui est l’auteur de plusieurs livres sur le sujet, il s’agit d’un problème de santé public majeur. Celui-ci en vient même à employer le terme d'”héroïne numérique” pour qualifier cette addiction particulièrement violente.

Ce phénomène est d’autant plus grave que le rétrécissement du cortex préfrontal a des conséquences graves et multiples sur la santé et le bien-être des patients. En effet, ces derniers deviennent beaucoup plus impulsifs, parfois même agressifs et violents, et sont beaucoup plus sensibles au risque d’autres addictions, comme les drogues. En outre, leurs capacités analytiques et logiques sont sensiblement diminuées, ce qui les rend davantage soumis à leurs émotions.

Des symptômes extrêmement préoccupants

Aujourd’hui, nous avons désormais le recul nécessaire sur cette addiction pour pouvoir mesurer ses effets sur notre cerveau et sur nos comportements. Ainsi, une étude réalisée en Chine sur plusieurs adolescents accrocs à internet a permis de tirer des résultats terrifiants. En effet, l’addiction aux écrans est si forte que les autorités chinoises la considèrent comme un problème de santé publique.

Ainsi, les scanners cérébraux de ces adolescents ont permis de mettre en avant un rétrécissement de canaux cérébraux pourtant primordiaux. Ainsi, la circulation des neurotransmetteurs et autres substances cérébrales s’en trouve fortement ralentie, avec pour conséquence des troubles comportements qui flirtent parfois avec l’autisme et la bipolarité. C’est donc un constat sans appel sur les dangers des écrans.

Mais malgré cela, il reste très difficile de décrocher d’une telle addiction, qui est tellement puissante que certains la comparent à une drogue dure. Ainsi, d’après le neurologue Gary Small, une exposition trop prolongée aux écrans affecte également le lobe frontal, impliqué dans la prise de décision comme l’arrêt d’une substance. Elle empêche ainsi les utilisateurs de passer à l’acte, et crée un cercle vicieux de dépendance accrue.

Le smartphone, cette “pompe à dopamine”

Mais cette dépendance aux écrans n’est pas l’apanage des enfants et des adolescents. En effet, nous sommes très nombreux à avoir la sensation d’être accro à notre smartphone ou aux réseaux sociaux. Ce phénomène pousse même les dirigeants des plus grandes entreprises de nouvelles technologies à alerter les consommateurs sur les risques encourus. Plusieurs cadres de Facebook reconnaissent d’ailleurs volontiers que leur site mise sur le potentiel addictif de la notification pour accrocher les utilisateurs.

En effet, ces applications sont conçues pour affecter notre système de la récompense. Cette dernière, qui peut prendre la forme du petit voyant rouge des notifications Facebook ou de la flamme sur Snapchat, permet au cerveau de sécréter de la dopamine, et le rend ainsi dépendant à ces stimuli extérieurs. C’est exactement le même mécanisme qui est à l’oeuvre dans l’addiction à des substances comme la cocaïne, l’héroïne ou encore le tabac.

D’après plusieurs psychologues américains, le smartphone et les appareils mobiles comme les ordinateurs fonctionnent comme une véritable “pompe à dopamine”. Chaque notification, chaque like et chaque commentaire sur notre contenu nous rend ainsi un peu plus accro en tous faisant sécréter de la dopamine. Mais comme dans toute addiction, il faudra bientôt augmenter les doses pour ressentir le même sentiment de satisfaction.

Ce syndrome qui est malheureusement devenu monnaie courante aujourd’hui a des répercussions multiples sur les comportements sociaux. Il serait en partie responsable de l’augmentation drastique des enfants atteints du trouble de déficit de l’attention et jouerait un rôle dans la généralisation du décrochage scolaire.

Publié le mardi 29 mai 2018 à 10:25, modifications mardi 29 mai 2018 à 9:09

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