Santé

Cytotec, médicament controversé, prochainement retiré du marché

Le Cytotec, médicament utilisé lors des accouchements, représente des risques pour la mère et l’enfant.

Le Cytotec, médicament prescrit contre l’ulcère de l’estomac, est massivement détourné pour être utilisé dans le déclenchement des accouchements à terme. Or, il sera retiré du marché français à partir de mars 2018.

C’est l’Agence nationale de sécurité sanitaire des produits de santé (ANSM) qui a fait cette annonce jeudi 19 octobre, à l’occasion de l’ouverture des Etats généraux sur les infections nosocomiales, organisés par l’association de défense des patients, le Lien.

Des risques connus depuis 2013

Le laboratoire Pfizer France nous a informés de sa décision de retirer du marché français son produit le Cytotec. Largement utilisé en gynécologie hors AMM (hors des indications pour lesquelles il est prévu). Qui sera effective le 1er mars 2018.

A déclaré Christelle Ratignier-Carbonneil, la directrice générale adjointe de l’Agence du médicament ANSM.

Selon l’ANSM, le Cytotec mis sur le marché depuis 1987, est très peu utilisé en gastroentérologie. Néanmoins, il l’est massivement en gynécologie, essentiellement pour l’IVG et le déclenchement artificiel de l’accouchement à terme. Pourtant, cette pratique comporte des risques graves pour la santé de la mère et de l’enfant.

C’est un scandale.

A par ailleurs estimé Aurélie Joux. Il s’agit de la fondatrice de l’association Timéo. Du prénom de son enfant handicapé « né sous Cytotec ». Il avait été surdosé en novembre 2010.

L’association milite pour l’interdiction du médicament avec le soutien du Lien, une association de défense des patients et des usagers de la santé. En effet, cet usage détourné comporte des risques de surdosage car il suppose d’utiliser un huitième du comprimé qui est dosé à 200 microgrammes.

Ce qui vu sa taille (moins d’un centimètre) est pour le moins hasardeux

A relevé le Docteur Thierry Harvey, gynéco-obstétricien. Celui-ci s’insurge contre cette pratique dangereuse, motivée par des considérations financières. Ainsi, le risque est d’entraîner des contractions trop fortes, et une mauvaise oxygénation du foetus, selon l’obstétricien. Enfin, en 2013, l’ANSM avait déjà mis en garde contre les risques graves pour la mère et l’enfant (rupture utérine, hémorragie…) du Cytotec.

Une utilisation peu onéreuse

Le problème réside dans le coût des médicaments pour le déclenchement des accouchements. En effet, les autres médicaments à base de prostaglandines prévus pour le déclenchement artificiel du travail, en gel ou en tampon, coûtent beaucoup plus cher que le Cytotec.

Pour faire des économies les hôpitaux préfèrent utiliser le Cytotec qui ne coûte quasiment rien.

S’est scandalisée Aurélie Joux.

Mon fils est resté entre la vie et la mort plusieurs jours. J’ai eu l’utérus complètement déchiré. Je ne pourrais plus avoir d’autre enfant. Ce n’est pas possible de faire vivre cela à des femmes pour des raisons budgétaires.

Témoigne Alain-Michel Ceretti, le fondateur du Lien. Il ajoute :

Il faut modifier la loi pour pouvoir interdire des pratiques identifiées comme dangereuses. L’affaire du Cytotec révèle la faiblesse de l’autorité de l’Etat en matière de sécurité sanitaire. Un problème au centre des Etats généraux.

Selon Philippe Deruelle, le secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) :

Les autres options médicamenteuses provoquent les mêmes effets indésirables que le Cytotec.

De plus, il a défendu que, selon les récentes études le Cytotec faisait gagner des heures précieuses aux mères, puisqu’il agit « en 15 à 20 heures » contre « environ 24 heures avec les autres ».

Il nous faut un générique. Il nous faut du misoprostol, pas cher comme pour le Cytotec. Mais à différents dosages (25, 50, 200…)

A tranché le Dr Harvey.

Publié le vendredi 20 octobre 2017 à 13:01, modifications vendredi 20 octobre 2017 à 12:00

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