Santé

Les bébés nés sous Dépakine : un nouveau scandale sanitaire se profile

Les autorités sanitaires viennent de reconnaître que plus de 14 000 femmes enceintes avaient été exposées à cet antiépileptique alors que les effets nocifs sur les fœtus étaient connus depuis de nombreuses années.

14 322 femmes enceintes ont été exposées au valproate de sodium entre 2007 et 2014, la substance active de l’antiépileptique le plus répandu Dépakine, mais aussi d’autres médicaments génériques. C’est le chiffre qui a été estimé dans une étude publiée le 24 août par l’ANSM (l’agence nationale de sécurité du médicament) et l’Assurance-maladie.

Ce médicament du laboratoire Sanofi, provoque chez les fœtus et enfants exposés 10% de malformations et entre 30 à 40% de troubles du développement.

Dans son édition du 10 août 2016, Le Canard enchaîné avait révélé que « des milliers d’enfants » avaient été exposés in utéro à la Dépakine. Le journal satirique pointait du doigt l’inertie du laboratoire Sanofi, des médecins prescripteurs et des pouvoirs publics, qui étaient informés des dangers depuis des années.

En effet, les risques de malformations étaient déjà connus dans les années 1980 et étaient recensés dans l’ouvrage de référence des médecins, le Vidal. Dans les années 1990, les premières études sur le sujet avaient également mis en lumière tous les risques inhérents à cette molécule, notamment des troubles de développement chez les enfants.

Alors qu’en 2010, le Vidal avait fait clairement état des dangers pour les fœtus, il a fallu attendre 2014 pour que l’Agence du médicament alerte réellement les médecins.

Ce n’est que depuis le 1er janvier 2016 que de nouvelles règles de délivrance du Dépakine sont entrées en vigueur. Ainsi, le médicament n’est plus administré aux femmes enceintes, sauf si aucune autre alternative médicamenteuse n’est possible.

Pour Marine Martin, la présidente de l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), le valproate de sodium pourrait avoir fait entre 50 000 et 70 000 victimes depuis le début de sa commercialisation en France en 1967.

Et cinq ans que je le dénonce sur tous les toits ! Si les patients n’avaient pas soulevé le lièvre, on aurait continué à en prescrire encore plus allègrement.

S’est emporté la président de l’Apesac et mère de deux enfants atteints de malformations à la naissance.

Marine Martin soulignait également :

La gravité des chiffres révélés par la Direction générale de la santé. Le plus surprenant, c’est d’apprendre qu’entre 2010 et 2014, on a même procédé à des fécondations in vitro, qui ont donné lieu à 66 naissances sous valproate ! De découvrir le nombre de prescriptions en 2014 encore à des femmes enceintes !

A la suite de cette étude édifiante, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé ce mercredi 25 août la mise en place d’un dispositif d’indemnisation des victimes du Dépakine, projet qui sera voté au Parlement avant la fin de l’année.

La ministre a également annoncé que dans les six mois à venir, un dispositif permettrait la prise en charge, en totalité, par l’Assurance-maladie :

Des soins des patients reconnus dans le cadre d’un protocole de dépistage et de signalement.

Enfin, un pictogramme alertant sur les dangers de cette molécule chez les femmes enceintes sera ajouté sur les boîtes du médicament, en plus des mentions d’alerte déjà existantes.

Publié le jeudi 25 août 2016 à 15:35, modifications jeudi 25 août 2016 à 15:35

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