Santé

L’autisme, plus difficile à diagnostiquer chez les filles

Plusieurs études récentes ont pointé du doigt le manque de diagnostic de l’autisme chez les femmes, davantage habituées à camoufler leurs difficultés

L’autisme chez les filles a-t-il été sous-estimé  ?

A l’heure où le gouvernement et les associations travaillent d’arrache-pied sur un quatrième plan autisme, le sujet se révèle être plus délicat.

Jusqu’à présent, les statistiques publiées faisaient état d’une large prédominance des cas d’autisme masculin.

Ainsi, trois autistes sur quatre seraient des hommes. Une proportion qui atteint 80% dans les cas d’autisme dit « de haut niveau » (syndrome Asperger, qui s’accompagne généralement d’un fort potentiel intellectuel).

Pourtant, depuis quelques années, plusieurs études tendent à reconsidérer ces données.

En effet, l’autisme chez les femmes serait plus fréquent que l’on ne pense. De plus, elles souffriraient d’un manque de diagnostic.

C’est en tout cas le sens de plusieurs travaux universitaires qui viennent d’être publiés.

Pourquoi une telle sous-représentation ?

L’hypothèse la plus solide, avancée par une étude du Centre américain pour les informations biotechnologiques (NCBI), et relayé par Top Santé mercredi 2 août, est que l’autisme des filles est effectivement sous-diagnostiqué.

La raison : les femmes auraient davantage tendance à camoufler leurs comportements autistiques.

Ainsi, elles auraient plus de facilité à masquer leurs difficultés en imitant les comportements sociaux « normaux ».

Ce serait particulièrement le cas pour les autistes Asperger ou les autistes dits intelligents.

En outre, les capacités de langage et de communication, naturellement supérieures chez les filles que chez les garçons, permettraient de minimiser les troubles.

Autre symptôme sous-diagnostiqué : les centre d’intérêts, qui peuvent se muer en passions obsessionnelles chez les personnes autistes.

Selon les chercheurs, les jeunes filles auraient tendance à se tourner vers des passions plus communes et attirant moins l’attention que les garçons. Elles passeraient alors entre les mailles du filet.

Selon Catherine Barthélémy, pédopsychiatre et spécialiste de l’autisme au CHRU de Tours, interrogée par L’Obs la différence des symptômes aurait conduit à « un biais des diagnostics, principalement réalisés à partir des connaissances de l’autisme masculin, et non adaptés aux femmes ».

Selon l’Agence francophone des femmes autistes (AFFA), un grand nombre de femmes n’ont appris leur autisme qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte. Alors que chez les garçons, le diagnostic est généralement effectué dès l’âge de 3 ans.

Ainsi, l’agence s’alarme également que les femmes autistes seraient doublement discriminées. A la fois par la société et sur le marché du travail.

Tout d’abord, en tant que femmes. Ensuite en tant que « personnes avec des particularités ».

Ainsi, pour Marie Rabatel, la Présidente de l’AFFA,

Les femmes autistes sous diagnostiquées ? Ça vient d’abord de notre éducation.

Des techniques de détection inadaptées

Par ailleurs, les tests de diagnostic actuels ont été élaborés à partir d’un échantillon majoritairement composé de garçons.

Pour Catherine Barthélémy, il est donc probable que « les techniques de détection ne soient pas adaptées à un public féminin », au vu des différences de « symptômes » entre les deux sexes.

Ainsi, l’enjeu est de taille. En effet, la non-détection de l’autisme chez les filles empêche d’accéder aux soins et de bénéficier dès l’enfance d’un accompagnement.

Or, celui-ci serait également précieux pour leur éviter d’être victimes de harcèlements ou d’agressions sexuelles.

Une réalité mise en exergue par l’AFFA, qui recueille beaucoup de témoignages en ce sens.

Enfin, selon l’association, faire connaître et reconnaître l’autisme chez les femmes permettrait d’améliorer la prise en charge des patientes. Mais aussi de faire avancer les recherches sur l’autisme en général.

Publié le vendredi 4 août 2017 à 10:03, modifications vendredi 4 août 2017 à 8:26

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