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Rencontre avec Louis Arlette, chanteur et poète des temps modernes

A l’occasion de la sortie de son album Sourire Carnivore, nous avons pu rencontrer le chanteur Louis Arlette. Entretien avec un artiste ténébreux, complexe, et solaire.

Louis Arlette est un mystère. A la suite de cet échange ouvert avec l’artiste, on en saura un peu plus. Mais il restera d’autres profondeurs, des territoires encore vagues, des îlots mélancoliques que seule sa musique amène à découvrir. Chez lui, on accède par un petit escalier à son studio en sous-sol. Un endroit incroyablement inspirant et confortable où se diffuse une atmosphère de recueillement créatif. Entouré de machines et d’instruments, Louis Arlette parle d’une voix posée et claire des ses influences musicales, cinématographiques et littéraires. Son album, Sourire Carnivore, est une chanson française moderne et riche de mille choses. Un art qui mêle la musique rock et electro, une voix grave et intense aux textes d’une grande poésie.

Ton album est sorti aujourd’hui, comment te sens-tu ?

C’est euphorisant, et émouvant. C’est un peu plus de deux ans de travail qui se cristallise en une journée. Une journée particulière, où tout est en mouvement autour de ça. Et c’est aussi sortir d’une bulle, d’un travail fait en sous-marin, quelque chose de secret qui paraît au grand jour. C’est une belle sensation, une belle expérience !

Comment cet album a-t-il vu le jour ?

Je l’ai conçu seul, après avoir beaucoup travaillé avec d’autres musiciens. J’ai toujours su que je ferai un jour mon projet. En travaillant avec d’autres artistes, j’ai toujours eu cette idée en tête. J’ai pu glaner ça et là des choses qui me plaisaient. Je faisais mon marché en quelque sorte ! Plus que la technique, ce qui m’a intéressé c’est de rencontrer des musiciens et découvrir comment ils travaillaient. Comment on arrive à concrétiser un projet, quelles sont les étapes, etc. Ça m’a aussi appris la discipline nécessaire pour mener un projet de A à Z.

Il y a donc à peu près deux ans, j’ai terminé plusieurs collaborations, et je me suis senti prêt. C’était comme une évidence, j’avais tout ce qu’il me fallait, je savais ce que je voulais faire et comment je voulais le faire. J’ai donc fait le saut à ce moment-là.

 

Tu écris, tu composes, tu chantes. Quel est ton rapport aux instruments et à ta voix, si particulière ?

Pour les machines et les instruments, ce sont purement des outils. C’est ce que j’aime dans les machines, le fait qu’elles soient un prolongement, une forme d’amélioration de ce qu’on est. Il y a un album de Kraftwerk que j’aime beaucoup, Man Machine. C’est aussi l’esthétique des films de Fritz Lang, Metropolis, un univers de science-fiction que j’aime beaucoup et que je trouve très inspirant. Mais, concrètement, j’essaye de ne pas avoir de routine, de ne pas passer trop de temps sur les mêmes outils. Sinon cela devient laborieux, cela devient comme un job, et c’est à l’inverse d’une démarche artistique, où il faut chercher à se renouveler.

Concernant la voix, c’est une bonne question. J’ai enregistré beaucoup de chanteurs. Je pense que ma voix est particulière, j’ai conscience d’une forme de singularité. En effet, toutes les astuces que j’utilisais pour les chanteurs que j’enregistrais ne fonctionnent pas du tout sur moi ! C’est un rapport ambivalent, et parfois j’en souffre. Entendre sa propre voix c’est un choc. Mais je n’ai pas de formule magique, toujours aujourd’hui je peux tomber sur quelque chose qui me plaît ou au contraire découvrir une facette que je n’aime pas.

J’ai réalisé que ce qui me touchait avant tout, c’était le message. Je trouve que c’est quelque chose d’irremplaçable, une voix qui parle et transmet à travers des enceintes, je trouve ça très fort. Je me considère ainsi comme chanteur avant tout, je travaille ma voix pour pouvoir exprimer au mieux mes textes, et faire passer des messages.

Le texte prime donc sur la musique ?  

Oui, j’accorde beaucoup d’importance au message. Pour moi une bonne chanson transmet et exprime quelque chose. Je pars toujours du texte. Tous les morceaux que j’ai jetés, je me suis rendu compte qu’ils avaient un défaut dans le texte, un message qui ne passait pas. Pour bosser des mois sur un morceau de 3mn et quelques, parfois jusqu’à l’obsession, il faut avoir l’envie profonde et réelle de dire quelque chose. La musique est l’écrin du texte, rien de plus.

Je fais de la chanson française, et j’aime bien pour la définir le terme de nouvelle scène française. J’aime bien penser que j’ai une façon moderne de faire de la chanson française. Je cherche à y mêler des influences étrangères, et j’essaye de la faire sortir d’un cadre traditionaliste un peu poussiéreux.

Tes thématiques sont sombres, on sent de la souffrance et en même temps de l’engagement, de la hauteur, à l’opposé de tout abattement.

 Je suis très attaché aux thématiques mélancoliques, et tourmentées. C’est une façon pour moi de trouver un équilibre. Mon morceau A la dérive parle de ça, de ces hauts et ces bas que nous vivons tous en tant qu’êtres humains. Un jeu de montagnes russes, où il faut accepter ces tourments, et les utiliser pour mettre au jour une énergie positive. C’est le but suprême je pense ! Je ne crois pas en une école du détachement, en l’attitude zen, je pense qu’il faut se saisir de ses tourments, les accepter, les vivre.

Louis Arlette est-il un artiste aux influences romantiques ?

Je suis très attaché à Hugo, les descriptions, ses métaphores qui utilisent la nature. La mer notamment, qui est très présente dans mon album. Je pense que ça se ressent dans mes textes, il y a un romantisme au sens du « mouvement », de la sensation et de l’émotion. Je me définirais autrement, je suis plus moderne, mais je reste très influencé oui ! Par ailleurs en littérature, Marcel Proust est mon auteur préféré. A la recherche du temps perdu est une œuvre incroyable qui parle de tout et de manière unique. Je le dis souvent, mais c’est vrai, je pourrais ne lire et relire que Proust toute ma vie. 

Quel est le message que veut faire passer Sourire Carnivore ?

Ce titre, c’est un contraste, un paradoxe. Un peu mon Orange Mécanique. Ça évoque quelque chose du malaise, et en même temps il y a une poésie. C’est ce malaise que j’aimerais représenter. Dans le monde actuel, dans la société dans laquelle on vit, il y a un malaise ambiant. Il y a de très belles choses qui se passent, et en face il y a des absurdités qui perdurent. D’un point de vue social, éthique, des questions très importantes se jouent. L’environnement, les droits de l’homme, les droits de la femme, les frontières, le droit animal aussi… Ce sont des questions essentielles qu’on camoufle souvent, derrière une couche de peinture, derrière des sourires justement. Et on assiste à des choses délétères et sanglantes. J’aimerais provoquer une réflexion, que les gens se demandent pourquoi les choses sont ainsi, avoir un peu plus conscience de l’humanité.

Publié le dimanche 18 février 2018 à 10:42, modifications samedi 17 février 2018 à 23:15

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