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Les prud’hommes de Paris ont tranché : Traiter un coiffeur de « PD » n’est pas homophobe

Le jugement choque nombre d’internautes, le Défenseur des droits ou même la Ministre du Travail. Pourtant le conseil des prud’hommes a bel et bien débouté un coiffeur traité de « PD » par son employeur.

L’affaire remonte au mois octobre 2014 lorsqu’un SMS est envoyé au mauvais destinataire…

En effet, un jeune coiffeur, en période d’essai dans un salon de coiffure parisien, avait reçu un texto (qui ne lui était pas adressé) de sa manager :

Je ne garde pas [l’employé], je le préviens demain, on fera avec des itinérants en attendant, je ne le sens pas ce mec : c’est un PD, ils font tous des coups de putes.

Le lendemain, le jeune homme s’était présent pour sa journée de travail et ses employeurs lui avaient signifié la rupture de sa période d’essai. S’estimant la cible d’une discrimination en lien avec son orientation sexuelle, le coiffeur, très atteint psychologiquement, a décidé porter l’affaire devant les prud’hommes.

Quand je l’ai rencontré, c’était quelqu’un de détruit. Il était rentré se réfugier chez sa famille. Il a fait plusieurs mois de thérapie.

A raconté à l’AFP son avocat, Me David Caramel. Il fut dès lors épaulé par le Défenseur des droits qui a confirmé la discrimination.

Pour rappel, le Défenseur des droits est une institution de l’Etat totalement indépendante, créée en 2011 (mais inscrite dans la Constitution depuis 2008) dont les missions sont de défendre les personnes pour qui les droits fondamentaux ne sont pas respectés et enfin de permettre l’égalité de tous dans l’accès aux droits.

De son côté, les responsables du salon de coiffure s’étaient déchargés de l’accusation en faisant valoir que :

L’employé travaillait lentement, qu’il avait des difficultés d’intégration et qu’il refusait d’exécuter certaines tâches en prétendant accéder rapidement à un poste de manager.

Ils avaient néanmoins reconnu :

Le caractère et la teneur inappropriés du SMS.

Puis, ils avaient basé leur défense sur le fait que :

Le terme PD n’est qu’un simple abus de langage et que ce terme est entré dans le langage courant et qu’il n’a aucun sens péjoratif ou homophobe dans l’esprit de la manager.

Dans sa décision, le conseil des prud’hommes de Paris est allé dans le sens des arguments de l’employeur en justifiant :

En se plaçant dans le contexte du milieu de la coiffure, le Conseil considère que le terme de «PD» employé par la manager ne peut être reconnu comme propos homophobe car il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles notamment dans les salons de coiffure féminins, sans que cela ne pose de problèmes.

En conclusion, le conseil a considéré que :

L’employeur n’a pas fait preuve de discrimination (…) mais que ce sont des propos injurieux qui ont été prononcés

Par conséquent, il a accordé à l’employé 5 000 euros au titre du préjudice moral.

Ce jugement a rapidement provoqué la controverse. Le Défenseur des droits d’abord s’est dit extrêmement choqué :

Cette décision se fonde sur un préjugé qui n’a aucun fondement juridique ! Comment peut-on écrire une telle chose dans une déclaration de justice. C’est une décision sans précédent.

A rapporté, chef du pôle emploi privé auprès du Défenseur des droits.

La Ministre du Travail ensuite, au micro de RTL, a qualifié de « scandaleux » et « choquant » cette décision.

La décision du conseil des prud’hommes a également offensé les associations de défense des homosexuels et transsexuels pour qui le jugement véhicule des clichés tels que :

Les coiffeurs pour dames sont des pédés. C’est vraiment un condensé en trois ou quatre lignes de toutes les insultes que peuvent subir les jeunes qu’on accompagne.

En état de choc par le jugement, le jeune coiffeur n’a pas souhaité témoigner publiquement. Toutefois, son avocat a déclaré dans un communiqué que le jeune homme avait fait appel de la décision et qu’il « gardait confiance en la justice ».

Le dossier est à présent entre les mains des magistrats d’une des chambres sociales de la Cour d’appel de Paris.

Publié le samedi 9 avril 2016 à 12:57, modifications vendredi 15 avril 2016 à 8:34

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