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Premier vol habité à destination de l’ISS depuis le lancement raté

Près de deux mois après l’échec du dernier vol habité à destination de la Station spatiale internationale (ISS), un cosmonaute russe et deux astronautes américain et canadien décollent lundi du cosmodrome de Baïkonour.

David Saint-Jacques, Anne McClain et Oleg Kononenko décolleront à 11H31 GMT de Baïkonour, le cosmodrome russe situé au cœur des steppes du Kazakhstan, pour une mission de six mois et demi en orbite à 400 kilomètres au-dessus de la Terre.

Le décollage de leur fusée Soyouz-FG sera scruté d’encore plus près que d’habitude par les scientifiques et ingénieurs de Roskosmos, l’agence spatiale russe. Le 11 octobre, la fusée emportant l’Américain Nick Hague et le Russe Alexeï Ovitchinine avait connu une défaillance deux minutes après le décollage, contraignant les deux hommes à un retour agité sur Terre.

Ce lancement raté, le premier pour un vol habité dans l’histoire de la Russie post-soviétique, avait relancé les doutes sur l’industrie spatiale russe, qui fait la fierté du pays mais a été la proie de nombreux échecs ces dernières années.

“Le risque fait partie de notre métier”, a évacué dimanche, lors de la traditionnelle conférence de presse de veille de lancement, le commandant de bord Oleg Kononeko, ajoutant avoir “totalement” confiance en l’équipe les ayant préparés pour le vol.

“Nous sommes psychologiquement et techniquement prêts pour le décollage”, a ajouté l’expérimenté cosmonaute de 54 ans, dont ce sera la quatrième mission spatiale.

La Station spatiale internationale (ISS), le 4 novembre 2018

(credit photo NASA/AFP) La Station spatiale internationale (ISS), le 4 novembre 2018

Parmi les missions assignées au Russe, figure une sortie dans l’espace prévue le 11 décembre pour enquêter sur le trou découvert en août dans un vaisseau Soyouz amarré à la station orbitale, qui avait provoqué une légère décompression de l’ISS.

Aux côtés d’Oleg Kononenko, l’astronaute de la Nasa Anne McClain s’est dit “vraiment prête” pour le lancement. “Nous sommes prêts à partir et nous ne pensons pas à ça”, a ajouté l’ancienne pilote de l’air de 39 ans au sujet de l’accident du 11 octobre.

– Un système “incroyablement sûr” –

Visiblement à l’aise, David Saint-Jacques a pour sa part vanté le vaisseau spatial Soyouz “incroyablement sûr” qui les emmènera en à peine sept heures à bord de la Station.

“Ils sont rentrés sur Terre sains et sauf. Dans un sens, cet évènement me rassure sur la conception intelligente du Soyouz et le travail incroyable de l’équipe de recherche ici sur Terre”, a expliqué le cosmonaute de 48 ans. La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, sera à Baïkonour pour assister à son décollage.

Les trois spationautes ont de toute façon reçu un entraînement de plusieurs années, au point que David Saint-Jacques a plaisanté et expliqué qu’il “pourrait construire un Soyouz dans (son) jardin”.

Le cosmonaute canadien David Saint-Jacques lors de la cérémonie organisée le 3 décembre 2018 à Baïkonour avant le lancement de leur fusée

(credit photo AFP) Le cosmonaute canadien David Saint-Jacques lors de la cérémonie organisée le 3 décembre 2018 à Baïkonour avant le lancement de leur fusée

Quelques semaines après l’accident, la commission d’enquête mise en place par Roskosmos avait conclu à la “déformation” d’un capteur lors de l’assemblage de la fusée Soyouz à Baïkonour.

Ce lancement raté illustre les difficultés constantes de l’industrie spatiale russe. La construction du nouveau cosmodrome de Vostotchny, inauguré en avril 2016, a été marquée par de nombreuses affaires de corruption et la cour des comptes russes a épinglé fin novembre Roskosmos pour la disparition de plusieurs centaines de milliards de roubles “volés”.

Le secteur souffre aussi de défauts de fabrication et de conception, comme dans la perte d’un cargo spatial Progress en décembre 2016 à la suite de laquelle les autorités avaient procédé au rappel des moteurs des fusées Proton.

Reste que les fusées Soyouz sont le seul moyen d’acheminer des hommes sur l’ISS, plusieurs responsables ayant souligné la fiabilité de la fusée, dont le système de sécurité a permis de ramener sains et sauf sur Terre les deux spationautes.

Depuis l’accident, plusieurs fusées Soyouz ont décollé sans encombre, dont une le 16 novembre emportant un vaisseau cargo Progress de ravitaillement à destination de la station.

Initialement prévu le 20 décembre, le lancement de lundi a été avancé afin d’assurer une présence permanente dans l’ISS, l’équipage actuel composé de Sergueï Prokopiev, Alexander Gerst et Serena Auñón-Chancellor devant revenir sur Terre le 20 décembre.

Leur amarrage à l’ISS est prévu à 17h30 GMT, soit six heures à peine après le lancement.

Publié le lundi 3 décembre 2018 à 8:10, modifications lundi 3 décembre 2018 à 8:10

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