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Le prédicat crée la polémique à l’école primaire

Vous avez dit le prédiquoi ? Une notion grammaticale fait son entrée à l’école primaire et provoque de forts désaccords.

La notion de “prédicat” a été introduite dans les nouveaux programmes des classes de CM1 et de CM2 en France. Elle est accusée de remplacer l’enseignement des compléments d’objet et les compléments circonstanciels. Et de remettre ainsi en cause l’enseignement de la grammaire française. Mais en réalité, ce n’est pas si simple.

Le prédicat est loin d’être une nouveauté dans le sens où il est issu de la grammaire d’Aristote, remontant au IVe siècle avant Jésus-Christ. Il apparaît dans les manuels enseignant le latin. Il est aussi enseigné dans les programmes scolaires au Québec.

Tout d’abord, essayons de comprendre ce qu’est ce fameux prédicat. Il désigne l’ensemble des informations que la phrase apporte concernant le sujet qui la dirige. Prenons pour exemple la phrase : “Catherine boit un bol de chocolat à chaque goûter”. Le prédicat est la fonction du groupe verbale “boit un bol de chocolat à chaque goûter”. L’idée est de simplifier l’approche par l’élève de la construction d’une phrase. Une fois cette première identification bien maîtrisée, l’élève pourra apprendre à distinguer un complément COD d’un COI. Dans cette même volonté de simplification temporaire, les compléments circonstanciels (de temps, de lieu, etc) pourront être classés sous une dénomination commune : “le complément de phrase”.

Le prédicat pourrait s’avérer utile

Delphine Guichard, professeur des écoles en classes de CM1 et CM2, a défendu l’entrée du prédicat dans les programmes. Dans un article publié sur son site Charivari à l’école, elle explique que cette notion maquait. Celle-ci peut avoir le mérite d’éviter une confusion tant pour les enseignants que pour les élèves :

On voit bien ci-dessous qu’on était embarrassés quand on analysait les fonctions dans la phrase. On disait : “Le verbe… beh, sa fonction, c’est d’être… le verbe.” Et quand on reprochait aux élèves de confondre Natures et Fonctions, on ne les aidait pas beaucoup avec cet abus de langage qui consistait à utiliser le mot-nature pour désigner la fonction du mot, faute de mieux. Désormais, on peut utiliser le mot approprié pour désigner la fonction du verbe ou du groupe verbal.

Un enseignement qui arrive trop tôt ?

A contrario, certains professeurs des écoles jugent le prédicat comme une simplification abusive. Le professeur de français Pierre Jacolino explique sur son blog “les 3 raisons de se passer du “prédicat” en cours de grammaire” que l’enseignement du prédicat arrive trop tôt . Voici un de ses arguments en prenant l’exemple d’une phrase de Marcel Proust, “Longtemps, je me suis couché de bonne heure” :

Il a suffi que l’adverbe « longtemps » ait été mis en relief à gauche du sujet, séparé par une virgule, pour que le cas se complique. Le prédicat n’est pas « me suis couché de bonne heure ». Proust ne veut pas dire qu’il s’est couché de bonne heure la nuit dernière. Le mot « longtemps » appartient en propre au prédicat : sinon, le sens change (…). Aucun élève de cycle 3 ne parviendra à repérer le prédicat entier dans cette phrase. (…) La notion de prédicat n’a donc d’intérêt que si elle est enseignée après un travail d’analyse mot à mot des propositions, en fin de CM2 ou en début de 6e.

Des parents parfois désorientés

Les parents, qui sont souvent mis à contribution pour aider leurs enfants à faire leurs devoirs, seraient perdus. Selon Valérie Marty, présidente de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP) interrogée sur Europe 1 :

Je pense que les parents vont être déboussolés. Ils vont bien comprendre qu’ils ne peuvent pas les accompagner et je pense que c’est aussi ce qui fait qu’il y a de la défiance entre l’école et les familles.

 

Publié le vendredi 13 janvier 2017 à 13:08, modifications vendredi 13 janvier 2017 à 10:58

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