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Le Parti socialiste a-t-il encore un avenir ?

Avec l’élection de son nouveau Premier secrétaire en mars prochain, puis le Congrès d’Aubervilliers en avril, le Parti socialiste s’engage dans une longue et douloureuse refondation.

La République en marche, La France insoumise et Les Républicains sont en pleine phase de structuration ou de renouvellement de leur organisation. Qu’en est-il du Parti socialiste ? Au fil des décennies, de nombreux partis de tous bords ont fini par se marginaliser voire disparaître après avoir culminé au sommet. Par exemple, en moins de vingt ans, le Parti communiste, pourtant si implanté et si puissant, a largement reculé. Pour finalement devenir insignifiant dans les scrutins. Or, il semble que ce soit ce qui menace aujourd’hui le Parti socialiste.

En effet, essoré par les défaites électorales et les difficultés financières. Contraint de se séparer de son siège historique, rue de Solferino à Paris, ainsi que de plus de la moitié de ses salariés. Mais aussi, en panne d’idées, de figures de premier plan et de militants, le parti de la gauche traditionnelle débute à peine le chantier de sa refondation.

Un parti éclaté

Après le sérieux revers lors de l’élection présidentielle où Benoît Hamon, éliminé avec le deuxième score le plus faible de la gauche pour un premier tour sous la Ve République, le Parti socialiste se retrouve en mille morceaux. En outre, le parti a perdu une bonne partie de son électorat social-démocrate, entré en macronisme. Quant la partie de l’électorat le plus radical, il s’est rallié à Jean-Luc Mélenchon. Finalement, la plupart des militants a suivi des chemins divergents, quand il n’a pas rejoint le mouvement, Génération(s), fondé par Benoît Hamon.

Aujourd’hui, le parti socialiste vit une des périodes les plus noires de son histoire. Sans chef charismatique et influent, sans doctrine définie, ni projet politique fédérateur, tout doit être refondé.

Pendant cinq ans, Hollande et les frondeurs de l’aile gauche du parti ont parachevé une désintégration qui avait pourtant débuté plus de dix ans avant. En effet, il faut se souvenir que Lionel Jospin avait été écarté du second tour de la présidentielle de 2002 par Jean-Marie Le Pen. Néanmoins, et de façon paradoxale, les ténors du parti se sont reposés sur leurs lauriers, puisque les socialistes gagnaient toutes les élections les unes après les autres, jusqu’à détenir toutes les manettes. Des grandes villes aux régions, en passant par les départements. Avec en point d’orgue, la bataille remportée de l’Élysée, puis celle de l’Assemblée, en 2012.

Des militants toujours moins nombreux

En revanche, en dix ans ce qui a bien changé c’est la base militante socialiste. En effet, lessivée par le quinquennat de François Hollande. Humiliée par les 6% de Benoît Hamon à la présidentielle, les militants sont de moins en moins nombreux. Selon Le Parisien, officiellement, le Parti socialiste réunit 102.000 adhérents. Un nombre tristement bas comparé aux 260.000 qui avaient leur carte en 2007.

Or ce chiffre, déjà peu flatteur, ne correspondrait même pas à la réalité du terrain. En effet, pour connaître le poids réel du PS, c’est beaucoup plus compliqué, comme l’explique le quotidien. Sur les 102.000 adhérents actuellement présents dans les fichiers, certains n’ont payé leur cotisation qu’une seule fois depuis juin 2015. Car le parti laisse à ses anciens encartés un peu plus de deux ans pour rectifier le tir. Pour ensuite les radier. Un délai largement dépassé, donc. Si l’on déduit ceux qui ont quitté le navire récemment, on arriverait plutôt aux alentours de 89.000 adhérents. Une estimation elle-même à nuancer avec le nombre de militants actifs, a priori bien inférieur à cette dernière.

En interne, les chiffres font débat, et plusieurs membres du parti alertent sur une hémorragie d’adhérents et de militants. Comme Luc Carvounas, le candidat au poste de Premier secrétaire, qui a visité une vingtaine de fédérations et a estimé dans les colonnes du Parisien

Le PS ne pèse guère plus de 15.000 à 18.000 militants actifs.

4 candidats et un Congrès décisif

D’ici aux 7-8 avril, date du Congrès d’Aubervilliers (en Seine-Saint-Denis) de nombreux obstacles sont déjà posés sur le chemin du futur premier secrétaire. Pour le moment, quatre candidats sont en lice. Le député du Val-de-Marne, Luc Carvounas, l’ex-ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, le député de Seine-et-Marne et patron du groupe Nouvelle gauche à l’Assemblée, Olivier Faure. Et le député européen Emmanuel Maurel.

Toutefois, de nombreuses voix estiment que peu importe le vainqueur, il sera confronté à un véritable schisme. Les minoritaires ne pourront pas rester avec la majorité. L’aile droite ne pourra pas cohabiter avec l’aide gauche et réciproquement. En effet, Le PS est arrivé au bout de ses contradictions. Les « sociaux libéraux » et les « sociaux-démocrates » se sont opposés tout au long du quinquennat de François Hollande. Or, cette confrontation entre « Frondeurs » et « Réformistes » n’est pas du tout éteinte.

Ainsi, dans cette configuration, c’est moins la question du choix d’un Premier secrétaire qui est en jeu pour l’avenir du Parti socialiste que celui de la définition d’un nouveau programme politique. Une refondation qui pourra redonner une envie politique à des militants et à un électorat totalement déboussolés.

Finalement, un espace politique réel et crédible du socialisme peut-il existé entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Or, la popularité au beau fixe de l’un et l’omniprésence sur le terrain de l’autre semble démontrer que ce n’est pas vraiment le cas. En effet, la ligne « ni Macron ni Mélenchon », adoptée dans l’urgence pour tenter d’exister entre La République en marche et La France insoumise, ne saurait tenir lieu de projet politique. Pourtant, le président du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée nationale, Olivier Faure, est convaincu qu’il y a entre les deux un espace à prendre.

 

Publié le lundi 29 janvier 2018 à 15:04, modifications lundi 29 janvier 2018 à 12:36

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