Politique

Le parti islamiste Ennahda présente un candidat juif aux municipales tunisiennes

Ennahda présente un candidat juif en tête de liste dans la ville de Monastir. Geste d’ouverture ou manoeuvre politique ? Dans tous les cas, cette décision a suscité un vif débat en Tunisie.

Pour les prochaines élections municipales tunisiennes du 6 mai 2018, le parti Ennahda présente Simon Slama, un candidat juif, dans la ville de Monastir. Il fait partie de la dernière famille juive de cette municipalité tunisienne, située à deux pas de Sousse sur la côte méditerranéenne.

Pourtant, ce geste revendiqué comme une ouverture vers les minorités par Ennahda n’est pas du goût de tout le monde. En effet, beaucoup accusent le parti de les exploiter à des fins politiques.

Un candidat très fier

Simon Slama est le candidat d’Ennahda aux élections municipales de Monastir. Placé en tête de liste, il dirige 37 autres inscrits et se dit très fier de représenter le parti islamiste. En effet, celui-ci s’est exprimé auprès de la radio tunisienne Mosaïque FM à ce sujet :

Je suis né à Monastir, je me présente avec Ennahda, j’entre par la grande porte, ils sont venus me voir dans ma boutique et m’ont ouvert les bras. Ils m’ont mis en tête de liste. Je suis fier de mon choix, 50% des Tunisiens aiment ce parti.

Le candidat se justifie en affirmant avoir choisi le parti de “ceux qui craignent Dieu”. Il a également affirmé que le parti était “laïque” et espère que son geste incitera d’autres juifs tunisiens à l’imiter.

De son côté, Ennahda s’est félicité de cette initiative à travers son porte-parole Imed Khemiri, qui y voit la preuve que la formation politique est un “mouvement (…) ouvert et ne tient pas compte de l’identité religieuse d’une personne”. Le fondateur du parti, Rached Ghannouchi, avait également affirmé que certains juifs avaient voté pour Ennahda aux élections de 2011, une affirmation qui n’a toutefois pas pu être vérifiée…

L’histoire difficile des juifs tunisiens

Les juifs sont présents en Afrique du nord et plus spécifiquement en Tunisie depuis près de deux millénaires. Au moment de l’indépendance en 1956, le pays comptait en effet une communauté de près de 100 000 individus. Mais à partir de la fin des années 1950, le climat nationaliste et antisioniste qui règne en ces temps de décolonisation pousse la plupart des juifs du pays à fuir, la plupart en France, d’autres en Israël.

Aujourd’hui, il ne reste plus que 1000 familles juives en Tunisie, et leur situation est devenue très difficile. En effet, plusieurs actes antisémites sont régulièrement signalés, tandis que les lieux de culte de cette communauté fragile ont fait l’objet de plusieurs attentats, dont celui de la synagogue El Ghriba sur l’île de Djerba en 2002, qui a fait 21 morts.

Plusieurs profanations de cimetières juifs ainsi que des agressions à Djerba, où vivent la majorité des derniers juifs de Tunisie, ont également été signalées ces dernières années. En outre, le site Inkyfada a publié en 2015 un article dans lequel plusieurs journalistes dénonçaient “la discrimination exercée par de nombreux citoyens et par l’Etat tunisien à l’encontre des Tunisiens de confession juive”.

Pourtant, la constitution tunisienne ne prévoit aucune discrimination entre les différentes ethnies et religions du pays. En effet, celle-ci présente la Tunisie comme “un Etat laïque” qui “garantit la liberté de croyance (…) et le libre exercice des cultes”. Toutefois, la constitution stipule également qu’il s’agit d’un pays musulman. Ainsi, seul un membre de cette religion peut se présenter à la présidence du pays.

Plusieurs juifs ont déjà été élus à des postes de responsabilité par le passé en Tunisie. Parmi eux, André Barouch a été élu en 1956 au sein de la première constituante après l’indépendance.  Deux ministres juifs ont également été recrutés dans les gouvernements de Tahar Ben Ammar et Habib Bourguiba.

Une exploitation des minorités ?

Selon plusieurs observateurs, il s’agirait toutefois d’une manoeuvre politique pour redorer l’image d’Ennahda. En effet, le président de l’association juive El Ghriba, Perez Trabelsi, a dénoncé la présentation de Simon Slama aux municipales.

Ennahda exploite le judaïsme à des fins politiques.

D’après lui, l’écrasante majorité des juifs de Tunisie ont renoncé à se présenter. Ces derniers préfèrent en effet éviter d’attirer l’attention sur eux dans un climat qui ne leur est pas favorable.

Mais outre la communauté juive, de nombreux autres Tunisiens sont également très sceptiques. En effet, certains dénoncent une instrumentalisation politique des minorités. Le but serait ainsi de convaincre les électeurs en Tunisie, et de s’attirer le soutien des pays étrangers.

Enfin, d’autres observateurs affirment que Simon Slama n’a aucune chance d’être élu à Monastir. Sa candidature serait ainsi un rôle de “figuration” entièrement orchestré par Ennahda. Certains affirment également que le parti est foncièrement antisémite. En effet, un commentaire publié sur le forum kapitalis.com à ce sujet, un utilisateur affirme :

Le problème, c’est (que) les musulmans en général et plus particulièrement les islamistes intégristes ont une très mauvaise idée des juifs. Ils les détestent, les dénigrent et les considèrent comme des mauvais croyants.

 

 

 

Publié le dimanche 18 mars 2018 à 17:30, modifications dimanche 18 mars 2018 à 17:02

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !

En direct