Politique

Métro du Grand Paris : entre économies et retards

Le Premier ministre a annoncé jeudi des retards importants sur certains tronçons du futur métro du Grand Paris et dit viser une réduction de son coût d’environ 10%, même s’il a assuré que l’ensemble serait achevé comme prévu en 2030.

Exprimant sa volonté de “rendre totalement irréversible” le projet, Edouard Philippe a souligné “la nécessité de le recaler, de lisser la réalisation de certains tronçons, de les prioriser, pour en assurer la réalisation dans des délais réalistes”.

Quatre nouvelles lignes

Le Grand Paris Express comprend quatre lignes nouvelles de métro automatique, numérotées de 15 à 18, ainsi que des prolongements de la ligne 14. S’articulant autour d’une ligne circulaire, plusieurs branches doivent relier les aéroports d’Orly et Roissy-Charles de Gaulle, le pôle scientifique de Saclay et des quartiers sensibles de Seine-Saint-Denis, comme Clichy-sous-Bois ou Montfermeil.

Le Premier ministre Edouard Philippe lors d'(une visite sur un chantier du Grand Paris à Champigny-sur-Marne, le 23 janvier 2018

(credit photo AFP/Archives) Le Premier ministre Edouard Philippe lors d'(une visite sur un chantier du Grand Paris à Champigny-sur-Marne, le 23 janvier 2018

Des axes stratégiques

Dans le détail, la ministre des Transports Elisabeth Borne a rassuré les habitants des quartiers sensibles de Clichy-Montfermeil, épicentres des émeutes urbaines de 2005. Ils auront bien leur métro en 2024 pour les désenclaver, comme l’avait encore promis le président Emmanuel Macron à l’automne.

Elle a aussi confirmé les prolongements de la ligne 14 au nord et au sud –de Saint-Denis Pleyel à l’aéroport d’Orly, via Paris– et le tronc commun des lignes 16 et 17 de Pleyel au Bourget RER, lancés au début du mois.

Ils sont stratégiques pour les jeux Olympiques de 2024, le village olympique devant être construit à Pleyel, et devraient donc être prêts à temps.

Mme Borne a ajouté que le Grand Paris Express pourrait également aller à cette échéance jusqu’à l’aéroport du Bourget –où doit s’installer le centre des médias des JO– si cela est “techniquement possible”.

En revanche, Saclay est le grand perdant de l’arbitrage gouvernemental. Le Grand Paris Express n’y arrivera qu’en 2027, avec trois ans de retard.

Transports alternatifs

Déjà privé de l’exposition universelle rêvée en 2025, ce pôle d’excellence du sud-ouest francilien était pourtant défendu, notamment, par les influents députés LREM de l’Essonne, Cédric Villani et Amélie de Montchalin.

Les autres tronçons devraient prendre jusqu’à six ans de retard.

Les élus ont immédiatement réagi, notamment la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (LR), qui estime que ces retards vont “porter atteinte à un grand nombre de projets phares pour la région et pour la France”.

Mme Pécresse va réunir “tous les présidents de départements franciliens concernés afin d’explorer avec eux toutes les pistes qui permettraient d’accélérer la réalisation des lignes du Grand Paris Express”, et étudier des modes de transport alternatifs, a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Transparence du discours

M. Philippe a expliqué jeudi qu’il se devait de “tenir un langage de vérité”, le projet ayant rencontré des difficultés techniques, humaines et financières.

Mon rôle, le rôle du gouvernement, c’est de rappeler le principe de réalité.

A-t-il insisté lors d’une conférence de presse.

Il a demandé à la Société du Grand Paris (SGP) –la structure publique chargée de construire le métro– “de préparer un plan d’optimisation permettant de comprimer le coût global du projet”.

Le chef du gouvernement a précisé qu’il visait “une optimisation de l’ordre de 10%” de ce coût, soit 3,5 milliards d’économies à trouver sur une facture de 35 milliards, d’autant que quatre gares d’interconnexion avec le RER n’ont pas encore été financées.

S’il compte donner plus de moyens à la SGP, il a également annoncé le prochain départ du président de son directoire Philippe Yvin.

Une commission présidée par le député Gilles Carrez (LR) sera par ailleurs chargé de trouver des ressources supplémentaires pour financer les travaux.

La Cour des Comptes avait vertement critiqué dans un récent rapport le manque d’expertise technique et financière de la SGP, s’inquiétant d’une “trajectoire financière non maîtrisée” et craignant que sa dette ne devienne incontrôlable.

Publié le jeudi 22 février 2018 à 19:53, modifications jeudi 22 février 2018 à 15:55

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