Politique

Emmanuel Macron a présenté son “revenu universel”, qui est pourtant bien loin de celui de Hamon

Le revenu universel d’activité d’Emmanuel Macron est dénoncé par l’opposition tantôt comme une “parodie” de celui de Hamon, tantôt comme un moyen de payer les gens à ne rien faire.

Alors que la presse avait déjà divulgué la plupart des mesures du plan pauvreté d’Emmanuel Macron avant leur dévoilement, le président a surpris son auditoire en évoquant une mesure inédite ce 13 septembre. Il a en effet annoncé un nouveau “revenu universel d’activité”, empruntant ainsi une expression déjà employée par l’ancien candidat à la présidentielle du Parti Socialiste, Benoît Hamon. Cette mesure emblématique, qui n’avait pourtant pas réussi à convaincre les Français en 2017, a donc surpris les journalistes présents au musée de l’Homme pour la conférence de presse autour du plan pauvreté.

Le projet de Hamon se démocratise-t-il vraiment ?

Benoôît Hamon a accusé Emmanuel Macron d’avoir créé une parodie de sa mesure phare. Il a également dénoncé une entreprise de “récupération” auprès de l’AFP, mais a toutefois salué l’évolution des mentalités autour de ce terme, qui pouvait encore être effrayant pour un grand nombre de Français en 2017. Mais le projet d’Emmanuel Macron est en effet très éloigné de celui du fondateur du mouvement Génération.s.

Cette mesure, nommée “revenu universel d’activité”, et qui fera l’objet d’un loi en 2020, aura pour but de fusionner en une seule aide le maximum de prestations sociales. Le président a également évoqué une possible automatisation du versement, qui correspond aux critiques du système actuel émis par Hamon en 2017. Celui-ci rappelait en effet que 30% des personnes pouvant bénéficier du RSA n’y souscrivent pas. 

Malgré ces points de similarité, on est très loin d’un revenu universel, inconditionnel et automatiquement versé à tous les citoyens à partir de leur majorité, que proposait Benoît Hamon. Celui-ci proposait même un forfait de base à 600 euros, qui aurait pu ensuite être augmenté jusqu’à 750 euros. Mais son projet de revenu universel avait toutefois évolué au cours de la campagne. Après avoir évoqué une hausse de 10% du RSA et un versement automatique, il avait peu à peu évoqué l’idée du revenu universel pour les jeunes de 18 à 25, indépendamment de leur situation économique.

Le revenu universel du président est finalement très différent

Emmanuel Macron propose au contraire une allocation sociale unique, et délivrée à de nombreuses conditions. Le président a en effet lourdement insisté sur les contreparties. Il s’est en effet défendu de vouloir donner plusieurs centaines d’euros “pour solde de tout compte”, et affirmé que des conditions de ressources, mais également un devoir de réinsertion, de formation ainsi que l’interdiction de refuser deux offres d’emploi raisonnables seraient des conditions nécessaires pour l’obtenir.

Pour la ministre de la santé Agnès Buzyn, ce revenu universel doit absolument servir d’incitation pour un retour vers le marché de l’emploi, et non pas installer ses bénéficiaires dans un confort d’inactivité. C’est la vision du président, qui dénature toutefois complètement la vision que Benoît Hamon avait de ce projet.

Pourtant, malgré sa volonté simplificatrice, qui permettrait à ce revenu universel d’activité de fusionner plusieurs aides en une seule, ce projet présente des points de difficulté très importants, qui pourrait le rendre même encore plus complexe à mettre en place que sa version socialiste plus approfondie.

Un rapport accablant

Le Monde avait fait paraître en août 2018 un rapport de France Stratégie sur la fusion des aides sociales comme le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation de solidarité spécifique (ASS), la prime d’activité, les aides au logement (AL), l’allocation adulte handicapé (AHH), l’allocation de solidarité pour les personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) ou encore l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI). Le rassemblement de ces minimas sociaux en un seul, d’après cette étude, provoquerait la perte de revenus pour 3,55 millions de ménages Français, et une augmentation pour 3,3 millions d’autres. Un différentiel important de 250 000 ménages en perte serait donc à déplorer. 

Ce rapport est sûrement à l’origine de la prudence d’Emmanuel Macron lorsque celui-ci a évoqué les différentes aides qui seront fusionnées. Ainsi, lorsqu’Agnès buzyn a parlé de ce projet, elle n’a cité que 3 minimas sociaux : le RSA, l’APL et la prime d’activité. Elle a également tenu à garantir aux Français que ce revenu universel d’activité ne dissimulerait pas une baisse générale des aides.

 

Publié le samedi 15 septembre 2018 à 10:05, modifications samedi 15 septembre 2018 à 10:05

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