Politique

La difficile opposition à Vladimir Poutine en Russie

Le président sortant Vladimir Poutine peut avoir le sourire…

L’élection russe approche à grand pas. Elle sera organisée le 18 mars prochain. Pourtant, dans le plus grand pays (géographiquement) du monde, il n’y a aucun vrai suspens. L’élection est taillée sur mesure pour Vladimir Poutine qui ne devrait avoir aucune difficulté à l’emporter pour un nouveau mandat. Jeter un œil sur la liste des candidats ou de ceux qui auraient pu l’être permet toutefois d’avoir une vision assez large des enjeux et pouvoirs dans le pays.

Alexeï Navalny, le vrai rival interdit de participer

Des rassemblements ont été organisés dans de nombreuses villes du pays en décembre pour le soutenir. Celui qui est souvent décrit comme le seul vrai opposant à Vladimir Poutine, il est de fait interdit de se présenter à une élection jusqu’à 2028. Il serait en effet mis en cause dans une affaire de détournement de fonds. Une affaire “montée de toute pièce” selon lui, alors qu’il s’est fait une spécialité de dénoncer la corruption des élites russes. Il a appelé à un boycott des élections et à une grève des électeurs. Alors que la participation annoncée est inférieure à 30%, il devrait être entendu. Mais, son absence retire aussi tout semblant de suspense à l’élection et transforme ce scrutin en une promenade de santé pour Vladimir Poutine.

Lui et ses équipes viennent de réaliser une nouvelle enquête contre deux proches du président russe.  Le vice-premier ministre, Sergueï Prikhodko et le milliardaire et propriétaire de Rusal, Oleg Deripaska réunis à bord d’un yacht avec une escort-girl. Autant d’éléments qui illustrent la corruption selon lui. Le fait que l’affaire n’ait été reprise par aucun média russe mais massivement au niveau international, éclaire aussi sur la situation.

Mikhaïl Khodorkovski, l’opposant en exil

Il y a quelques années, son nom était encore sur toutes les lèvres, comme le principal opposant à Vladimir Poutine en Russie. Une époque aujourd’hui largement révolue. L’ancienne première fortune russe qui a passé 10 ans en prison pour s’être opposé au chef de l’Etat, avait lui aussi été accusé sur des motifs économiques : escroquerie à grande échelle et évasion fiscale. Sa fortune est aujourd’hui estimée entre 100 et 500 millions.

Gracié en 2013 par Vladimir Poutine, il vit aujourd’hui en exil, entre Londres et la Suisse. Il avait annoncé dès 2016 qu’il ne se présenterait pas à cette élection. A travers son mouvement “Open Russia”, il a tenté d’influer sur l’élection notamment en soutenant Alexeï Navalny. Sans succès pour cette élection.

Ksenia Sobtchak, la femme de paille ?

C’est un parcours particulièrement atypique. Ksenia Sobtchak est une ex-vedette d’une émission télé-réalité russe. Mais, elle est aussi la fille du premier maire élu de Saint-Petersboug, Anatoli Sobtchak. Lui-même, souvent considéré comme le mentor politique de Vladimir Poutine. Journaliste, elle se présente aujourd’hui comme la première opposante à Vladimir Poutine. Si beaucoup la considèrent de fait comme une “femme de paille”, c’est aussi une des seules candidates à s’être positionnée très fortement contre l’annexion de la Crimée par la Russie.

D’un point de vue du débat, elle refuse de s’attaquer à Vladimir Poutine mais critique son action politique. “Je suis contre ce système de corruption qui a vu le jour pendant toutes ces années, contre le fait que Poutine reste au pouvoir pendant 18 ans”a-t-elle ainsi déclaré. A noter qu’elle disait aussi qu’elle renoncerait si Alexeï Navalny réussissait à se présenter.

Pavel Groudinine, le nouveau communiste

Lors des élections présidentielles russes, les électeurs s’étaient habitués à un visage pour le parti communiste. Celui de Guennadi Ziouganov. Mais, fin décembre, le parti a créé la surprise en annonçant la candidature de Pavel Groudinine. Pas encarté, il a remporté une primaire entre les communistes et d’autres formations de gauche. Il était membre du parti de Vladimir Poutine et même de son équipe de campagne en 2000. Il est aujourd’hui annoncé comme le numéro 2 à venir pour cette élection.

Vladimir Jirinovski, l’ultranationaliste

Sans doute la meilleure incarnation de la persévérance. Le président du parti libéral démocrate de Russie (PLDR), il s’est présenté à toutes les élections ou presque (il a raté 1994) depuis la chute de l’URSS. Au mieux 3e, il est surtout connu pour des prises de positions particulièrement extrêmes. Il est en effet ouvertement ultranationalistes, xénophobe et antisémite. Il est par ailleurs fan de Donald Trump.

Aina Gamzatova, la candidate musulmane

A l’annonce de sa candidature, on vous l’avait présentée de façon détaillée. Agée de 46 ans, elle est à la fois journaliste, conseillère, épouse d’un leader religieux et… candidate. C’est en tout cas ce qu’elle annonçait en début d’année. C’est la troisième femme a être autorisée par la Commission centrale électorale, mais la première musulmane de l’histoire. A noter que son absence des bulletins de vote dévoilés il y a quelques jours entretient le doute sur sa candidature. Elle n’a sans doute pas recueilli les 300.000 signatures pour s’inscrire définitivement. La date limite était le 31 janvier.

Elena Berkova, l’actrice X

Enfin, la dernière candidate, Elena Berkova est sans doute celle qui incarne le plus, la stratégie de Vladimir Poutine lors des différentes élections qui ont rythmé le pays. Pressentie un temps pour se présenter à l’élection, elle ne fait finalement pas partie des candidats retenus. L’ancienne actrice X n’avait de toute façon aucune chance. Mais, son rôle était d’occuper l’espace public comme l’explique Tatiana Kastouéva-Jean,  la directrice du centre Russie/NEI à l’Institut français des relations internationales (Ifri).”En russe, nous appelons cela la politicheskaya technologia. C’est une science complexe qui vise à donner l’impression d’une offre politique diversifiée, mais sans toucher aux fondamentaux du régime” détaillait-elle à nos confrères de l’Express il y a quelques mois.

Côté programme, elle souhaitait notamment taxer les pauvres et faire appliquer la peine de mort aux personnes coupables de harcèlement sexuel. A noter qu’une recherche sur Google, aura plus de chances de vous envoyer sur un site pornographique qu’un tract politique.

Et les autres…

La liste des candidats qui se présentent officiellement à cette élection ne s’arrête pas là. Toutefois, leurs profils sont particulièrement anecdotiques ou destiné à donner l’illusion d’un système démocratique dans le pays. Ils incarnent aussi la difficulté à se ménager un espace politique actuellement en Russie.

  • Maxime Souraïkine. Âgé de 40 ans, c’est le benjamin de l’élection. Il est le candidat d’un mouvement qui s’inscrit dans la lignée des jeunesses du Parti Communiste en URSS. Son parti a obtenu 2,3% aux élections législatives de 2016. C’est lui qui a obtenu le plus de signatures pour se présenter après Vladimir Poutine.
  • Sergueï Babourine (Union Populaire Russe). C’est un peu la voix du passé. Membre du dernier Soviet suprême de  Russie, il avait voté contre la dissolution de l’URSS.
  • Boris Titov (Parti de la Croissance). Il le dit lui-même, il ne vient pas pour gagner. Son objectif, est de faire entendre la voix des PME.
  • Gregori Iavlinski. Candidat en 1996 et 2000, il avait ensuite été écarté pour s’être opposé au retour de Vladimir Poutine. Il est particulièrement lié aux milieux intellectuels russes.
Publié le dimanche 11 février 2018 à 21:14, modifications dimanche 11 février 2018 à 21:14

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