Politique

Alexis Kohler, le numéro 2 de l’Elysée, dans la tourmente

Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée et fidèle conseiller d’Emmanuel Macron, est visé par une nouvelle plainte d’Anticor pointant ses liens avec l’armateur MSC.

Les révélations se succèdent et mettent Alexis Kohler en difficulté. En effet, Anticor a déposé une plainte complémentaire pour « prise illégale d’intérêts », « trafic d’influence et « corruption passive » à son encontre, mercredi 8 août. Avant cela, une première plainte avait été déposée par l’association anticorruption au mois de mai auprès du parquet national financier. Une enquête judiciaire avait été confiée à la Brigade de répression de la délinquance économique.

Les liens entre Alexis Kohler et MSC

MSC est un groupe italo-suisse. Il s’agit de l’un des plus importants armateurs de porte-conteneurs du monde. L’entreprise a été fondée et est dirigée par  la famille Aponte. Or, il s’avère qu’il s’agit de cousins de la mère d’Alexis Kohler.

Ainsi, après son passage dans différents cabinets ministériels, Alexis Kohler a rejoint la filiale MSC Croisières comme directeur financier. Dans sa première plainte, Anticor a mis en exergue qu’Alexis Kohler a voulu à deux reprises rejoindre MSC après ses postes à Bercy. Sauf que la première fois, en avril 2014, la commission de déontologie, l’instance chargée de contrôler le départ des agents publics dans le secteur privé, s’était opposée à sa demande. Finalement, en août 2016, Alexis Kohler a finalement obtenu le feu vert de la commission. Il a donc rejoint MSC Croisières comme directeur financier. Le parquet national financier enquête justement sur les conditions dans lesquelles cette autorisation a été donnée.

Sur cette période, Anticor soupçonne Alexis Kohler d’être intervenu comme cadre de MSC dans une réunion à Bercy en mars 2017. Elle portait sur la reprise de STX France, alors menacé de faillite. MSC voulait alors entrer dans le capital du groupe, mais l’opération avait échoué.

Dissimulation du lien familial

Dans sa plainte complémentaire de mercredi 8 août, Anticor s’appuie sur des procès-verbaux du conseil de surveillance du Grand Port maritime du Havre (GPMH). Alexis Kohler y a siégé de 2010 à 2012, comme représentant de l’Agence des participations de l’État (APE). Il y était aux côtés du maire du Havre, l’actuel Premier ministre Édouard Philippe. Or, ces comptes-rendus de 2010 et 2011, publiés par Mediapart, révèlent qu’Alexis Kohler a pris la parole. Il a voté en faveur de contrats à venir entre GPMH et Terminal Normandie MSC (TNMSC), filiale française de l’armateur italo-suisse et acteur majeur de l’extension considérable du port.

Enfin, Anticor souligne que, le 30 septembre 2011, Alexis Kohler vote, « contre l’avis du commissaire du gouvernement », en faveur de l’extension de la présence de TNMSC dans le nouveau terminal Port 2000.

À défaut de preuve contraire. Et notamment de la communication de sa déclaration d’intérêts, le lien familial entre Alexis Kohler et les dirigeants de MSC a toujours été dissimulé. Jusqu’à sa révélation par le journal Mediapart.

Estiment les avocats d’Anticor, Jean-Baptiste Soufron et Patrick Rizzo.

Alexis Kohler peut-il perdre son poste à l’Elysée ?

Lorsqu’il a été interrogé en mai dernier par Mediapart, Alexis Kohler a affirmé s’être « toujours déporté » quand il a eu à connaître comme haut fonctionnaire des dossiers concernant MSC. De son côté le Palais de l’Elysée n’a souhaité faire « aucun commentaire » compte tenu de l’enquête en cours. Néanmoins, aux lendemains de la révélation de l’enquête du parquet national financier, Emmanuel Macron avait loué la « probité exemplaire » de son secrétaire général.

Pourtant, après l’affaire Benalla, ces plaintes sur un très proche conseiller d’Emmanuel Macron viennent ternir une nouvelle fois l’image du « nouveau monde » politique que la République en Marche souhaite incarner. Et sur laquelle le président de la République a fait campagne.

Si les faits sont avérés pour Alexis Kohler, l’affaire est plus grave que celle d’Alexandre Benalla.

A estimé jeudi 9 août sur franceinfo, Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans et à Sciences Politiques.

Un point de vue partagé par Jérôme Fouquet de l’Ifop dans l’émission C dans l’air sur France 5 :

C’est politiquement et institutionnellement bien plus grave. C’est le pivot de la République. D’autant plus qu’Emmanuel Macron a manifestement une très forte proximité avec lui. Une toute confiance en lui. C’était le cas sous les précédents quinquennats mais là c’est très fort.

Publié le samedi 11 août 2018 à 8:49, modifications samedi 11 août 2018 à 8:49

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