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Présidentielle 2017 : Comment sont faits les sondages

Les sondages sont le baromètre électeurs avant une échéance électorale. Mais quelle confiance accorder à ces chiffres ? Comment sont-ils évalués ? Entre fabrication, impact et polémiques, zoom sur les sondages.

Les sondages se veulent le reflet de l’opinion publique à un moment T sur un sujet donné. Et même si leur fabrication se veut la plus rigoureuse possible, ces études d’opinion ne sont et ne resteront que des données empiriques mettant en lumière des tendances.

Pourtant à l’approche de grands scrutins, ces enquêtes deviennent des instruments redoutables qui intègrent la stratégie des partis politiques.

Les instituts qui pratiquent ces études sont nombreux. Parmi les plus souvent cités on retrouve Opinion Way, Ipsos, Ifop, BVA ou encore Odoxa.

Si ces études sont un indicateur des tendances de la population, elles sont aussi souvent sujettes à cautions pour leur véracité et leur fiabilité.

En effet, qui ne s’est jamais exclamé devant un sondage qui lui déplait :

Ca représente qui ? Je n’ai pas été interrogé et toi ?

Par conséquent, plusieurs interrogations surgissent. Notamment, est-ce facile de truquer un sondage ? Car, dans les faits, cela peut paraître simple.

Il suffit de sélectionner des personnes dont nous connaissons déjà les réponses. Par exemple, pour une victoire écrasante de la droite, il faut se rendre chez les habitants de Neuilly. Pour une victoire de la gauche, il suffirait d’aller dans l’est parisien.

Malgré tout, dans les faits l’opération est plus complexe.

En effet, les sondages qui sont diffusés dans les médias sont scrupuleusement calibrés selon une méthodologie précise, régie par des règles strictes et réalisée de manière scientifique.

La recherche du panel représentatif de la France

Il existe deux méthodes.

D’abord la sélection aléatoire des personnes sondées. Cette méthode a l’avantage d’être plus fiable. Néanmoins, elle est aussi beaucoup plus fastidieuse pour constituer le fameux « échantillon représentatif de la population française ».

Ainsi, les instituts de sondage préfèrent donc la méthode dite des quotas.

Ces organismes composent un panel, généralement supérieur à un millier de personnes, en fonction de critères pour qu’au final, l’ensemble de la population française soit représenté.

Les critères retenus sont majoritairement le sexe, l’âge, la catégorie socio-professionnelle, la situation géographique. Sans oublier, pour les intentions de vote, l’appartenance ou au moins la sympathie politique.

Il y avait ainsi au 1er janvier 2017 51,6% de femmes en France selon l’Insee. Sur un échantillon de 1.000 personnes, 516 femmes devront ainsi être interrogées. De la même manière, puisque 6,1% des Français sont âgés entre 60 et 64 ans, 61 personnes de cette classe d’âge devront apparaître dans un échantillon de 1.000.

Le questionnaire et l’enquête

C’est l’étape fondamentale de l’enquête.

Comme le dit Ipsos sur son site :

L’art de poser de bonnes questions, dans des termes intelligibles au plus grand nombre, est difficile.

Les instituts doivent donc éviter deux écueils.

D’abord éviter les questionnaires compliqués et poser des questions intelligibles, simples. Il est important de ne pas perdre le sondé dans une formulation trop complexe.

Ensuite, et surtout, poser des questions qui ne soient pas biaisées, c’est-à-dire susceptibles d’influencer plus ou moins fortement la personne sondée.

Il existe trois méthodes pour recueillir les réponses des sondés.

Le téléphone, le face-à-face, et Internet.

Or, cette dernière est depuis plusieurs années la plus en vogue, parce qu’elle coûte moins cher et garantit des réponses plus sincères des sondés.

En effet, elle n’est pas bridée par un rapport humain direct.

Dans le face-à-face, les sondeurs ont des méthodes pour mettre les personnes interrogées en confiance, ce qui garantit là aussi des réponses plutôt sincères.

Mais les difficultés d’accéder aux sondés expliquent que le téléphone est largement plus utilisé pour les questionnaires en direct.

Enfin, l’enquête doit être réalisée dans les plus brefs délais. L’objectif étant que des événements majeurs soient pris en compte, ou non, par les sondés. En effet, les réponses ne seront pas les mêmes avant ou après le Penelope Gate. Ou avant ou après le ralliement de Manuel Valls à Emmanuel Macron.

Les résultats et le contrôle

Après l’enquête, les instituts de sondage compilent les résultats pour en publier les pourcentages bruts.

Or, les organismes procèdent à des pondérations en fonction des questions données.

Pour effecteur leur pondération, les sondeurs se basent sur les réponses données par rapport aux élections précédentes. Ils interrogent donc systématiquement le panel sur son vote précédent.

Ainsi, si 12% des sondés prétendent avoir voté pour Marine Le Pen en 2012 au premier tour de l’élection présidentielle, alors qu’elle avait obtenu 17,9% des voix, il convient de réévaluer son score d’intentions de vote pour 2017, après un calcul mathématique.

De plus, les enquêtes d’opinion n’échappent pas au contrôle.

En effet, la loi n°2016-508 du 25 avril 2016 venue en complément de celle du 19 juillet 1977, a abouti à la création d’une Commission des sondages.

Or, l’organisme public rattaché au conseil d’Etat ne s’intéresse qu’aux études publiées, qui ne sont que la partie immergée de l’iceberg, puisque la grande majorité des sondages restent secrète.

En outre, il vérifie que toutes les informations obligatoires (taille de l’échantillon, date, texte intégral des questions, marges d’erreur…) apparaissent clairement sur les notices explicatives.

Pour finir, la Commission des sondages vérifie l’obligation de sincérité des résultats.

Politique, médias, et sondage, une alliance sous-jacente

Il est connu que les hommes politiques utilisent les sondages pour organiser leur carrière. Or, les médias payent les sondages, ils les payent même très chers.

Quand on admet qu’un média fidélise ses lecteurs par sa ligne éditoriale, alors un sondage peut aussi être commandé avec un résultat déjà préprogrammé. En effet, le média va mettre l’accent sur un aspect de l’enquête qui intéresse sa ligne éditoriale ou sa ligne idéologique.

Par exemple, quand Le Figaro traitera des sujets sur la sécurité, Libération s’attardera davantage sur des questions de mœurs.

Ainsi, l’affiliation des instituts de sondages en fonction des médias est évidente.

On remarquera effectivement que l’institut Opinion Way a fréquemment comme client Le Figaro, alors que Ipsos sera surtout lié au Monde.

Pourtant, s’il existe une forme de partenariat sur des sondages d’intentions de vote ou des baromètres de popularité, ça n’empêche pas les instituts de sondages de travailler avec tous les médias.

Publié le lundi 3 avril 2017 à 9:17, modifications lundi 3 avril 2017 à 9:21

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