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2016 : La fin d’une ère politique ?

2016 : un tournant historique

Début décembre, François Hollande a choisi de renoncer à briguer un second mandat. Une décision prise au crépuscule d’un quinquennat agité autant sur les fronts économique, sécuritaire que politique. Dans le même temps, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, respectivement ancien président de la République et Premier ministre, se sont vus écartés de la scène politique par les Français.

Au début de l’année 2016, personne n’aurait envisagé que le paysage politique français allait être à ce point bouleversé.

La France n’est désormais plus régie par le bipartisme prévalant jusqu’alors. Le pays est désormais coupé en quatre mouvements politiques. S’affrontent ainsi, la gauche de gouvernement, la gauche de l’opposition, la droite de gouvernement, et la droite populiste.

Les Français étaient habitués, depuis des décennies, à voir s’affronter à chaque élection une gauche dominée depuis les années 1980 par le parti socialiste. Et une droite issue de l’association des héritiers du gaullisme et des conservateurs libéraux.

Il semble à présent évident que les perspectives seront différentes en 2017. De plus, la fin de l’année a vu le départ de l’avant-scène politique de trois figures emblématiques qui ont marqué près de quatre décennies de vie politique. Ainsi, Nicolas Sarkozy et François Hollande, deux présidents de la République, Alain Juppé, un ancien Premier ministre, ont été poussés vers la sortie.

2016, un changement de cap majeur

Jamais sous la 5ème République un président en exercice n’avait renoncé à se présenter à sa propre succession. Au-delà du bilan mitigé de son action, c’est l’image même du chef de l’Etat socialiste qui a été ternie tout au long de son mandat.

En éliminant également son meilleur ennemi, François Hollande a dû se rendre à l’évidence. Les Français n’ont pas souhaité reproduire le schéma de 2012.

Président d’un pays confronté aux attentats les plus meurtriers de son histoire, chef d’une armée engagée sur plusieurs fronts, François Hollande a trouvé sur sa route maints obstacles. Les plus virulents auront été les manifestations contre le mariage homosexuel, mais aussi et surtout contre la loi Travail.

Loi Travail : des manifestations et trois 49.3

La loi Travail, la dernière réforme sociale du quinquennat Hollande, est née dans la douleur en août 2016, au terme du plus long conflit social jamais vu sous un gouvernement de gauche. Mais également après des affrontements politiques qui ont déchiré la majorité.

Et même une version plus atténuée du projet avec l’abandon notamment du plafonnement des indemnités prud’homales n’aura pas stoppé la grogne sociale. Une contestation qui a vu naître Nuit debout, le mouvement citoyen finalement sans lendemain.

Ainsi, au terme de cinq mois de protestation et une dizaine de journées de mobilisation nationale, la loi travail a été adoptée définitivement et sans vote.

Une adoption en demi teinte puisque grâce à un troisième et ultime recours à l’article 49.3 de la Constitution, le 20 juillet, pour contourner l’opposition de députés socialistes frondeurs.

La valse des démissions et des remaniements

Ces passages en force ont eu pour effet de durcir le camp des socialistes « frondeurs ». Ils ont renforcé une gauche contestataire aujourd’hui séduite par Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg.

Sans compte sur une défection de taille. Celle d’Emmanuel Macron le 30 août dernier. L’ancien protégé du président nommé ministre de l’Economie, compte désormais au nombre des adversaires du chef de l’Etat, mais aussi du Parti Socialiste.

Loin d’être un phénomène éphémère décrit par certains, sa candidature et son mouvement attirent une fraction jeune et active de l’électorat. D’un côté, assez social pour séduire les potentiels électeurs de Manuel Valls. Il est également assez libéral pour attirer des électeurs de droite.

Ensuite, le projet présidentiel d’inscrire la déchéance de la nationalité dans la Constitution, envisagé après les attentats de novembre 2015, a suscité l’émoi à gauche. Une déchéance que François Hollande voulait étendre aux binationaux condamnés pour terrorisme.

Opposée à cette modification, la Garde des Sceaux Christiane Taubira a décidé de démissionner du gouvernement le 27 janvier.

Deux mois plus tard, le chef de l’Etat a finalement renoncé à la mesure faute de compromis au Parlement.

2016, année marquée par le terrorisme

2015 avait débuté et s’était terminée par deux attaques terroristes de grande ampleur. Beaucoup avait l’espoir que ce cycle infernal ne se prolongerait pas en 2016. Malheureusement, 2016 a suivi le même chemin.

L’année a été marquée par une sordide attaque terroriste. En juin d’abord, lorsqu’un policier et sa compagne ont été assassinés à Magnanville (Yvelines) par un soldat de l’Etat islamique.

Ensuite, quelques heures après l’interview du 14 juillet du président de la République – où est annoncée la fin de l’état d’urgence – un camion fonce dans la foule sur la Promenade des Anglais à Nice. Bilan 86 victimes et plus de 200 blessés.

A peine quinze jours plus tard, c’est le prêtre Jacques Hamel qui a été sauvagement tué par deux djihadistes dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray (en Seine-Maritime).

Le choc est immense et une vague d’émotion et de colère déferle en France. Les hommes et partis politiques n’hésitant pas à se déchirer, l’heure n’est plus à l’union.

Des lors, deux événements sont venus perturber l’ordre ancien. D’une part, la percée à droite du Front national. D’autre part, l’éclosion à gauche d’un courant social-libéral affirmé.

François Hollande renonce et le Parti socialiste cherche à se reconstruire

Cela restera comme l’image politique de l’année. François Hollande, en direct à la télévision depuis l’Elysée, posé devant un morne fond bleu.  La mine renfrognée, la voix chargée d’émotion le chef d’Etat a laissé planer l’incertitude jusqu’au bout. Bref, un secret bien protégé par un président de la République de plus en plus isolé.

Le 1er décembre, jour de l’ouverture du dépôt des candidatures de la primaire socialiste, François Hollande annonce qu’il renonce à briguer un second mandat. Une première pour un président de la Ve République.

Une cote de popularité en berne, une économie sans réelle embellie et une courbe du chômage qui peine à s’inverser… Les arguments ne manquent pas pour ne pas prétendre à un nouveau mandat.

Le renoncement de Hollande laisse donc le champ libre à Manuel Valls pour se présenter à une primaire socialiste. Un rendez-vous que boudent l’ex-ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, et le candidat de la gauche « insoumise » Jean-Luc Mélenchon.

Or, le Parti socialiste de 2016 n’est plus celui de 2012.

Pour l’élection présidentielle de 2017 l’enjeu majeur sera la recomposition de la gauche.

Les sympathisants PS et au-delà les électeurs qui se sentent plutôt à gauche devront donc trancher, par les urnes, entre deux tendances :

  • Celle qui place les réformes de l’État providence, du marché du travail et l’émancipation individuelle au cœur de son projet de société.
  • Face à celle qui perpétue l’État providence, la solidarité par la redistribution massive et l’hostilité à l’Europe libérale de Bruxelles.

Quoiqu’il en soit ces primaires viendront définitivement signer la fin de l’ère Hollande.

L’implication citoyenne s’intensifie

Des Zèbres d’Alexandre Jardin à la transition de Claude Posternak, en passant par LaPrimaire.org ou Nuit Debout, jamais autant de mouvements issus de la société civile ne se sont mis en marche en 2016.

Qu’ils visent l’Élysée, l’Assemblée nationale ou simplement une participation accrue à la politique, ils ont en commun leur indépendance à l’égard des grands partis et leur opposition au Front national.

Toutes ces initiatives laissent en effet prévoir une montée en puissance de l’engagement citoyen. Et tous manifestent un réel désir d’avenir et de changement.

De plus, sur le plan européen, la crise des migrants et le sauvetage économique de la Grèce ont occupé l’essentiel des travaux. Pourtant, c’est le séisme du Brexit, décidé par référendum le 23 juin 2016, qui a précipité l’Union européenne dans l’incertitude sur fond de montée des populismes.

Une tendance qui a été incarnée par l’élection surprise à la tête des Etats-Unis du très contesté Donald Trump.

Par conséquent, c’est dans ce contexte anxiogène, national et mondial, que va se dérouler la campagne présidentielle française de 2017.

Elle s’annonce d’ores et déjà inédite.

Publié le dimanche 1 janvier 2017 à 9:14, modifications dimanche 1 janvier 2017 à 13:37

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