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Plongée dans les abysses de Budapest

Des plongeurs amateurs dans les grottes de Janos Molnar sous Budapest, le 2 octobre 2018
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Pour Laora Tuominen, le nec plus ultra de la plongée ne se trouve ni au large de la Méditerranée, ni dans un atoll des Caraïbes, mais sous le vacarme de la ville, dans les profondeurs de Budapest.

Les bains centenaires de la capitale hongroise attirent des millions de touristes qui se prélassent dans ses eaux brûlantes. Leurs entrailles, où coulent les sources thermales, sont désormais un site d’exploration prisé des plongeurs du monde entier.

Depuis l’ouverture en 2015 d’un centre de plongée souterraine, les plus expérimentés peuvent explorer un labyrinthe de sept kilomètres de grottes immergées situées sous la ville, un site protégé depuis 1982 et unique en Europe.

“Nous sommes sous Budapest! C’est excellent!”, s’exclame Laora Tuominen, une anesthésiste finlandaise de 39 ans, en se mettant à l’eau depuis une plateforme montée dans une étroite cavité.

Quelques instants plus tard, le groupe de plongeurs et spéléologues amateurs en combinaison dont elle fait partie, bouteilles d’oxygène sur le dos, disparaît dans les flots sombres, guidés par le filet lumineux de leur lampe torche.

“La spéléo-plongée est une activité de niche qui n’est pas à la portée de tout le monde”, explique Attila Hosszu, gérant du site. Ici, “notre particularité est d’être en milieu urbain, c’est très, très rare.”

Un groupe de plongeurs se prépare à descendre dans les grottes Janos Molnar à Budapest, le 2 octobre 2018
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(credit photo AFP) Un groupe de plongeurs se prépare à descendre dans les grottes Janos Molnar à Budapest, le 2 octobre 2018
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Les participants à ces visites aquatiques sont des plongeurs disposant tous de brevets leur permettant d’évoluer dans ces eaux souterraines, d’âges variables mais tous en bonne forme physique. Un public souvent composé pour moitié de Hongrois et pour moitié d’étrangers, relève M. Hosszy.

Le lieu est “facile d’accès, il n’y a ni montagne à escalader, ni gorge à descendre, ni piste à emprunter”, souligne-t-il. Juste une discrète porte métallique à franchir, en retrait d’un large boulevard du 2e arrondissement, non loin des rives du Danube.

Chaos minéral

Installé dans un tunnel situé sous une colline de Buda, une des deux parties de la capitale, le centre de plongée est connecté aux grottes Janos Molnar, du nom du pharmacien hongrois qui le premier, au 19e siècle, s’intéressa à l’étonnant complexe souterrain.

A partir des années 1950, des explorations régulières ont révélé un vaste réseau de cavités remplies d’eau thermale alimentant les bains Szent Lukács, l’un des plus importants établissements de la ville.

Au fil des ans, quelque six kilomètres de boyaux ont été mis au jour, des fils d’Ariane ont été installés: les plongeurs ondulent de galerie en galerie, dans un dédale d’étroits passages rocheux débouchant sur de vastes salles.

L’air ambiant est moite et la température de l’eau, entre 20 et 27°C toute l’année, n’a rien à envier à celle des mers du Sud. Mais il n’y a ni récifs coralliens, ni poissons colorés, juste un chaos minéral noyé dans l’obscurité, qui fascine les explorateurs.

Plongée dans les kilomètres souterrains des grottes Janos Molnar sous Budapest, le 2 octobre 2018
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(credit photo AFP) Plongée dans les kilomètres souterrains des grottes Janos Molnar sous Budapest, le 2 octobre 2018
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“Imaginez que vous êtes dans une pièce plongée dans le noir dont vous ne pouvez sortir à votre guise. Pour moi, c’est super relaxant. Dans ce monde de technologies, le silence est quelque chose de précieux”, confie Irina Litvinenko, une Russe de 38 ans qui, le temps d’une immersion, met entre parenthèses son quotidien de salariée dans le secteur de la finance à Chypre.

Le site commence à être connu dans le petit milieu de la plongée. Il attire surtout sur la base du bouche à oreille. Il en coûte 70 euros pour une plongée de 50 à 70 minutes à une profondeur maximale de 40 mètres. Comptez le double pour descendre à 90 mètres, l’aventure pouvant alors durer jusqu’à deux heures et demie.

Ecosystème unique

Marton Illes, un développeur informatique de 37 ans, vit à un jet de pierre du site à Budapest. “Ca doit être ma quinzième plongée mais il y a tellement à explorer que c’est sans fin”, s’émerveille-t-il. “Vous descendez par un passage, ressortez par un autre, vous tournez ici, puis là… Je crois que je n’en ai vu qu’une petite partie.”

Le dépouillement des profondeurs ne rebute pas Zoltan Bauer, 29 ans, solide instructeur de plongée qui guide les groupes dans les méandres des lieux depuis leur ouverture en 2015: “J’aime la forme de cette grotte, ses cristaux rocheux, les formations calcaires, c’est magnifique”, explique-t-il.

(credit photo AFP) Un plongeur se jette à l’eau depuis la plateforme d’accès aux grottes Janos Molnar, sous Budapest, le 2 octobre 2018

Pour préserver l’écosystème de la grotte, le nombre de plongeurs est limité à trente par jour.

Car si la vie aquatique des profondeurs de Budapest ne saute pas aux yeux, elle existe et intéresse les chercheurs depuis plusieurs décennies. Avant l’ouverture du centre de plongée, seules des explorations à visée scientifique étaient autorisées. Géologues, chimistes et biologistes continuent d’y enrichir leurs connaissances.

“Il existe un écosystème tout à fait unique dans cette grotte”, explique David Brankovits, un expert en biologie maritime et en écologie qui y plonge régulièrement.

Il se dit captivé par les petites créatures qui y vivent, “adaptées à l’environnement et qu’on ne retrouve nulle part ailleurs”.

“Il est possible de mieux comprendre l’évolution de la vie par le biais de cet environnement, non seulement sur la terre, mais aussi dans des conditions extrêmes de notre planète, voire au-delà.”

Publié le lundi 29 octobre 2018 à 9:10, modifications lundi 29 octobre 2018 à 9:10

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