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Nucléaire: le gouvernement n’écarte pas de nouveaux EPR mais sous condition

Le gouvernement laisse la porte ouverte à la construction d’une série de nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR en France à l’avenir mais il veut, avant de se prononcer, avoir la garantie que les coûts seront maîtrisés.

Dans un document de travail du gouvernement qu’a consulté l’AFP et rédigé pour la définition de la feuille de route énergétique de la France, le gouvernement envisage de décider seulement entre 2021 et 2025 de lancer la construction d'”une nouvelle série” de réacteurs EPR.

Mais il prévient que pour cela, la filière nucléaire devra mettre au point avant la mi-2021 un “programme industriel” qui garantisse que ces futurs EPR auront un coût acceptable.

Interrogé sur France 2 sur l’absence de décision sur de nouveaux EPR avant 2021, le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy a simplement répondu “ça c’est sûr”.

“Est-ce que l’avenir de la filière nucléaire française passe par l’EPR ou pas? C’est une question qui reste ouverte”, a-t-il réagi vendredi matin.

EDF, qui travaille depuis plusieurs années sur des EPR simplifiés, moins chers et moins longs à construire, demande de longue date que l’État lance le processus pour déployer de nouveaux réacteurs afin de remplacer une partie des 58 réacteurs du parc français qui vont progressivement devoir fermer, atteignant la limite d’âge.

Il souhaite même mettre en service une première centrale de ce type autour de 2030. Mais si la stratégie du gouvernement se confirme, et étant donné les délais de préparation technique et réglementaire, un tel calendrier semble peu probable.

Le ministre de la Transition écologique François de Rugy, le 24 octobre 2018 à l'Elysée, à Paris

(credit photo AFP) Le ministre de la Transition écologique François de Rugy, le 24 octobre 2018 à l’Elysée, à Paris

Si une série de nouveaux EPR était lancée, le groupe estime pouvoir atteindre une fourchette de coût située entre 60 et 70 euros/mégawattheure, affirmait son PDG Jean-Bernard Lévy lors d’une audition en avril à l’Assemblée nationale, soit exactement la cible visée par le gouvernement dans son document.

Flamanville scruté

Durant l’été, le journal Les Échos avait dévoilé un rapport commandé par les ministères de l’Énergie et de l’Économie et rédigé par deux acteurs historiques du nucléaire, qui recommandait de lancer la construction de six EPR, avec un premier chantier dès 2025.

EPR

(credit photo AFP/Archives) EPR

Mais plusieurs membres du gouvernement avaient à l’époque temporisé, à l’image du ministre de l’Économie Bruno Le Maire. “La sagesse recommande déjà d’attendre que l’EPR de Flamanville soit achevé avant de prendre des décisions”, avait-il affirmé.

A la Transition écologique et solidaire, François de Rugy a estimé lui aussi qu'”il faudrait déjà qu’EDF fasse la démonstration que l’EPR fonctionne, ce qui n’est pas encore le cas”.

Le chantier de l’EPR de Flamanville a en effet connu de multiples retards et surcoûts, et EDF prévoit désormais de le démarrer fin 2019, pour une mise en service commerciale en 2020, contre 2012 initialement.

Si les EPR construits en Chine, dont un est déjà en service, ont connu moins de déboires, le chantier mené par Areva en Finlande connaît lui aussi des difficultés, tandis que des risques de délais pèsent déjà sur les deux exemplaires en projet au Royaume-Uni.

Face à ces réalités, des élus, des organisations écologistes et des acteurs des énergies renouvelables jugent prématuré voire contraire à la transition énergétique de construire de nouveaux réacteurs en France.

Renouvelables et batteries

Le document de travail ne va sans doute pas les rassurer, alors qu’il évoque aussi des projets de recherche pour mettre au point des petits réacteurs (“small modular reactor”) ou pour étudier la prolongation de la durée de vie du parc existant, mais ne mentionne aucune fermeture de réacteur.

Axé sur les solutions technologiques “made in France” d’avenir pour l’énergie, il se penche toutefois sur les énergies renouvelables, le stockage, la mobilité, le bâtiment ou encore l’hydrogène.

En matière d’énergies renouvelables, il fixe des objectifs précis et ambitieux en terme de réduction des coûts du solaire, qu’il veut voir associé à des dispositifs de stockage d’électricité. En revanche, sur l’éolien en mer flottant, il n’évoque pas d’appels d’offres commerciaux à court terme, contrairement aux attentes de la filière.

Enfin, revenant sur l’ambition de construire une filière européenne des batteries, le gouvernement veut décider avant fin 2019 “s’il est encore possible de construire” une usine en Europe d’ici à 2022.

Le gouvernement est en cours d’élaboration de la feuille de route énergétique de la France à horizon 2028, baptisée programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Initialement attendue pour fin juin, sa présentation a été reportée à novembre.

Publié le vendredi 26 octobre 2018 à 11:40, modifications vendredi 26 octobre 2018 à 11:40

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