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Tunisie : Un français condamné à quatre mois de prison ferme pour “un bisou”

Les faits remontent au 29 septembre dernier. En Tunisie, un trentenaire français et une quadragénaire tunisienne sortent d’une boîte de nuit et se font arrêter sur le bas-côté de la route par la police. La Tunisienne assure que son ami l’avait simplement prise dans ses bras lorsque des policiers en civil ont mené le contrôle. Selon elle, les autorités l’auraient sortie de la voiture sans ménagement. Condamnés en appel mercredi à Tunis pour «atteinte à la pudeur», les deux accusés, assurent ne s’être même pas embrassés.

Atteinte à la pudeur

Les policiers de leur côté décrivent un acte sexuel en cours lors de l’interpellation la nuit du 1er octobre. La condamnée s’est effondrée en pleurs lorsque le président a lu devant une salle comble la déposition de ces derniers.

C’est une décision indépendante

a déclaré le porte-parole du parquet, Sofiène Sliti, ajoutant “ce qui a été véhiculé au niveau national et international est faux, ils n’ont pas été arrêtés pour un baiser, le couple était nu”.

Nessim Ouadi, le touriste français, cadre dans une société marseillaise, assure aux juges par le truchement d’un interprète que les policiers avaient un comportement agressif et qu’il a tenté de les filmer.

Quatre mois de prison ferme

Les deux accusés ont écopé de peines inférieures de quelques semaines à peine à celles prononcées en première instance le 4 octobre. Des condamnations lourdes malgré l’importante mobilisation et médiatisation de cette affaire du «bisou». Nessim Ouadi a été condamné à quatre mois de prison ferme pour «atteinte à la pudeur» et «outrage à fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions», et elle à deux mois pour le seul premier chef d’inculpation.

Une dizaine d’avocats de la défense, dont la majorité plaidait bénévolement, avaient réclamé un acquittement. Par ailleurs, ils ont listé d’innombrables manquements à la procédure pénale. Par exemple, les auditions ont été menées avant le placement en garde à vue, et en arabe, alors que le Français, bien que d’origine algérienne, ne comprend pas cette langue.

C’est normal qu’il réagisse mal quand on bafoue ses droits fondamentaux

Souligne Me Ghazi Mrabet.

L’avocat, dont le client est accusé d’avoir invectivé les policiers, a confirmé la «mauvaise foi» des policiers. Selon lui, ces derniers ont cherché à se venger après avoir été mis en cause.

L’ancienne députée de la Constituante, Nadia Chaabane, qui est aussi membre du comité de soutien aux deux condamnés, affirme :

Cette affaire concentre un peu tous les problèmes de la justice et de la police. Les abus de pouvoirs, (…) le non-respect du citoyen et de ses droits, les atteintes à la liberté individuelle. Le problème, c’est que l’on a des juges qui aujourd’hui eux-même acceptent toutes les entorses et les atteintes aux procédures

Les Tunisiens lancent la journée du bisou

Cette affaire a déclenché de vives réactions en Tunisie. De fait, pour lutter contre la surveillance des mœurs et le retour des exactions policières, les Tunisiens ont lancé sur Twitter “la journée du bisou”. Ainsi, de nombreuses personnalités et intellectuels tunisiens tels que Raja Ben Slama ou le député indépendant Raouf El May se sont prêtés au jeu.

Une pétition a même été lancée sur sur le site change.org pour réclamer la libération des deux accusés. Actuellement, elle a déjà recueilli près de 49 000 signatures.

Publié le jeudi 19 octobre 2017 à 14:47, modifications jeudi 19 octobre 2017 à 15:13

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