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Tchétchénie : Le chanteur Zelimkhan Bakaev torturé à mort à cause de son homosexualité

Les homosexuels ne sont pas les bienvenus dans le pays.

Il n’est pas bon d’afficher son homosexualité en Tchétchénie. En avril dernier, le journal russe Novaïa Gazeta annonçait publiquement la purge menée contre les homosexuels du pays. Selon Igor Kochetkov, directeur de l’ONG Russian LGBT Network, près de 400 homosexuels tchétchènes auraient été victimes de tortures ou de mises à mort par les autorités, dans des “prisons secrètes”.

Le jeune chanteur de 26 ans, Zelimkhan Bakaev fait partie des victimes. Igor Kochetkov a déclaré lors d’une conférence de presse le 16 octobre, avoir la confirmation que le chanteur homosexuel avait été arrêté par la police tchétchène et conduit dans l’un des camps anti-gays mis en place par le président Ramzan Kadyrov. Il aurait ensuite été torturé à mort avant de succomber à ses blessures :

Nous avons la confirmation que Bakaev était détenu par les autorités tchétchènes à cause d’une suspicion d’homosexualité.

Selon le site NewNowNext, Zelimkhan Bakaev, qui résidait à Moscou, en Russie, serait retourné dans son pays natal le 8 août dernier afin de se rendre au mariage de sa sœur. Une source proche des activistes tchétchènes déclare :

Il est arrivé à Grozny et a été arrêté par la police trois heures après. Dix heures plus tard, il était mort.

Les autorités tchétchènes démentent ces accusations

Elles déclarent ignorer où se trouve le jeune homme et suggèrent qu’il aurait tout simplement quitté le pays. Selon ses amis, qui ont témoigné anonymement sur la chaîne russe Dozhd TV5, on aurait voulu faire croire que le chanteur était encore en vie en diffusant de fausses traces de vie. Sa mère et sa tante auraient reçu des messages Whatsapp dans lesquels Bakaev indiquait que tout allait bien, qu’il était vivant et comptait voyager. Ses amis doutent de la véracité de ces informations car d’après eux, le chanteur avait la ferme intention de développer sa carrière musicale en Russie et ne pouvait pas, financièrement, se permettre de voyager. Ils ajoutent qu’il avait été interdit de se produire en Tchétchénie :

Sa musique (était) trop différente de celle autorisée dans la République (tchétchène).

Son compte Instagram officiel a également été clôturé immédiatement après sa disparition alors qu’un faux compte publiait le 15 août une ancienne photo du chanteur prise un an auparavant où il se situait dans un restaurant de la capitale tchétchène.

Pour finir, une vidéo YouTube mise en ligne par les médias, contrôlés par le gouvernement, le mois dernier, présente un homme ressemblant au chanteur qui affirme être en Allemagne. Cependant, l’authenticité de cette vidéo est grandement contestée car l’on peut y apercevoir une boisson énergétique russe qui n’est pas vendue outre-Rhin.

Selon Kadyrov, “les homosexuels n’existent pas en Tchétchénie”.

Au mois de juillet, lors d’une récente interview du président tchétchène pour la chaîne américaine HBO, ce dernier a affirmé, visiblement agacé, qu’il n’y avait pas de gays dans son pays :

Nous n’avons pas ce genre de personne ici. Nous n’avons pas de gays et s’il y en a, emportez-les au Canada. Prenez-les loin d’ici pour que nous n’en ayons pas chez nous, pour purifier le sang de notre peuple. (…) Ils sont le démon. Ils sont à jeter, ce ne sont pas des hommes. Que Dieu les punisse pour ce dont ils nous accusent. Ils en répondront devant le ‘Tout-Puissant’ pour ça.

Le gouvernement a donc toujours nié persécuter la communauté gay puisqu’elle n’existe pas dans le pays. Pourtant, l’ONG Russian LGBT Network dénonçait cet été dans un rapport un véritable crime contre l’humanité. Près de 130 personnes auraient demandé l’aide de l’organisation pour fuir le pays. Près de 30 détenus y racontaient leurs horribles conditions de détention. Ces témoignages seront utilisés par l’ONG dans le procès qu’elle souhaite intenter à Ramzan Kadyrov auprès de la Cour pénale internationale.

Une plainte a déjà été déposée par Maxime Lapounov, première victime de la purge à avoir témoigné à visage découvert. Selon L’Obs, Tatiana Moskalkova, déléguée russe pour Les Droits de l’Homme, l’aurait transmise au Comité d’enquête russe.

Publié le mardi 24 octobre 2017 à 10:03, modifications mardi 24 octobre 2017 à 10:03

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