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Nicaragua : Le gouvernement Ortega réprime son peuple dans le sang et vote une loi contre les “terroristes”

A la suite d'une violente opération lancée contre la ville de rebelle de Masaya, le gouvernement Ortega renforce sa domination meurtrière

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Depuis trois mois, un violent conflit entre la population et le gouvernement du Nicaragua fait rage. Ce mardi 17 juillet, une manifestation dans la ville de Masaya a été réprimée, faisant deux morts. L’ONU accuse les autorités du pays de « graves violations des Droits de l’Homme ».

Le Nicaragua, pays le plus pauvre d’Amérique centrale connaît de sombres heures. La population nationale se révolte contre le gouvernement de Daniel Ortega. Âgé de 72 ans, le leader est à la tête du pays depuis 2007, alors qu’il était au pouvoir de 1979 à 1990. Ses opposants réclament son départ des élections anticipées, car ils l’accusent d’avoir mis en place une dictature, en nommant son épouse Rosario Murillo vice-présidente et en faisant régner la corruption et le népotisme.

Un conflit meurtrier de trois mois

L’ONU se dit préoccupé par les affrontements locaux qui durent déjà depuis le mois d’avril entre le gouvernement et les Nicaraguayens, à la suite de la création d’un mouvement contestataire initié le 18 avril 2018 par les étudiants. Depuis le 26 juin dernier, plusieurs représentants du Haut-Commissariat de l’ONU ont été dépêchés sur place avec l’accord des autorités locales. D’après leur bilan, ces « violences […] ont fait environ 280 morts et 1.830 blessés ont été largement perpétrées par l’État et par des éléments armés pro-gouvernementaux ».

Selon les informations qu’ils rapportent, la situation serait intenable :

[…] un large éventail de violations des droits de l’Homme sont commises, y compris des exécutions extrajudiciaires, des cas de torture, des détentions arbitraires.

A témoigné Rupert Colville, porte-parole de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, hélas habitué à de tels constats. Et d’ajouter que des « opérations dites de ”nettoyage” » sont organisées par le gouvernement pour réprimer les soulèvements.

La ville rebelle de Masaya prise d’assaut par l’armée favorable à Ortega

Car depuis mardi matin, les équipes de l’AFP présentes sur place rapportent que la ville rebelle de Masaya, située à une trentaine de kilomètres de la capitale Managua, subit un assaut armé des forces progouvernementales. L’Agence France-Presse rapporte qu’un millier de paramilitaires et d’hommes anti-émeutes auraient été envoyés à bord d’une quarantaine de pick-up pour mettre la ville, dont tous les accès sont bloqués, à feu et à sang.

D’après les informations locales, le gouvernement ciblerait le quartier indigène de Monimbo, qui concentre le plus de rebelles opposés au régime. Alvaro Leiva, le secrétaire de l’Association nicaraguayenne des Droits de l’Homme (ANPDH) a détaillé la situation :

Ils sont en train de mitrailler les maisons de manière irresponsable, le message est “celui qui sort sa tête, on le tue”, c’est un message de terreur. Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées.

A t-il déclaré, tandis que l’AFP rapporte que de multiples cris s’échappent de la ville inaccessible, où des militaires menaceraient arbitrairement les foyers, maintenant les résidents sous leur joug. Cristian Fajardo, dirigeant du mouvement étudiant dit « du 19 avril », un jeune homme âgé d’à peine 19 ans parle d’attaques aux « armes lourdes » et de l’une des « opérations les plus violentes lancées contre Masaya ».

Les étudiants militants luttent pour la liberté

Les étudiants barricadés de Monimbo ont appelé à l’aide sur les réseaux sociaux, diffusant les images de leur retranchement durant plus de vingt heures dans une église du quartier. Sur une vidéo, deux jeunes acculés derrière un mur témoignent du cauchemar qu’ils vivent pour « défendre leur patrie », loin de leur famille : « Je ne regrette rien. Je suis mort pour une cause. » dit l’un d’entre-eux, tandis que des tirs résonnent en arrière-plan.

Les manifestants bientôt reconnus comme “terroristes” ?

Le gouvernement se félicite déjà d’avoir endigué ce qu’il qualifie de « coup d’État ». La vice-présidente Rosario Murillo parle de la « libération » de la ville rebelle, dont les manifestations auraient été organisées par une « minorité remplie de haine ». Le Parlement du pays a voté lundi une loi dite « antiterroriste » qui inquiète l’ONU par sa « formulation imprécise ». Le texte promet de sanctionner d’une peine de 15 à 20 ans de prison toute personne qui commet des actes relevant du terrorisme, à savoir “[…] quelqu’un qui provoque des morts ou des blessés ou détruit des infrastructures publiques ou privées pour tenter d’intimider la population et de troubler l’ordre constitutionnel“, une définition qui pourrait s’appliquer à tout opposant au pouvoir en place.

L’ONU et la communauté internationale ont lancé l’alerte

La communauté internationale a demandé l’arrêt immédiat des violences. Les États-Unis ont « fermement exhorté » le chef de l’État Nicaraguayen de cesser « la violence et le bain de sang », secondée par 13 pays d’Amérique Latine et l’Union Européenne, qui souhaite la « fin immédiate » de la répression et « le démantèlement des groupes armés irréguliers ».

Deux représentants du mouvement paysan, dont le leader Medardo Maireno et l’un des membres nommé Pedro Mena, sont portés disparus depuis hier, après avoir été arrêtés à l’aéroport de Managua alors qu’ils devaient se rendre à une conférence aux États-Unis. Rupert Colville s’est dit très inquiet, les familles restant sans nouvelles des deux hommes : « Nous appelons les autorités nicaraguayennes à fournir immédiatement des informations sur leur localisation. » a t-il ajouté.

Les violences auraient déjà fait plus de 280 morts et 2000 blessés.

Publié le mercredi 18 juillet 2018 à 15:35, modifications mercredi 18 juillet 2018 à 13:07

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