Monde

L’hôtel de Bosnie qui cache ses crimes de guerre

Dans la campagne de Bosnie, un hôtel témoin de l’horreur, accueille des touristes.

2,5 étoiles sur 5. Six avis pour la plupart rédigés dans des langues slaves que Google peine à traduire. Si vous découvrez la page de Trip Advisor de l’hôtel spa Vilina Vlas en Bosnie, il faudra vous amer de patience. Le lieu a servi pour des viols et des meurtres pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine de 1992 à 1995.

“Les gens ignorent tout du lieu”

Comme l’explique notre confrère du Guardian, si les matelas ont été changés et les murs repeints, les sommiers sont eux les mêmes. Le touriste qui ne sait pas où il met les pieds, attiré par la ville voisine de Višegrad, se retrouve en fait à prendre les mêmes chemins que les bourreaux et victimes d’une guerre qui s’est déroulée il y a moins de 25 ans. Le sol est le même qu’il a fallu inonder d’eau il y a 25 ans pour faire disparaître le sang. La piscine que celle où avait lieu des exécutions. Un hôtel qui fait sans doute prendre tout son sens à l’expression “un lieu chargé d’histoire“.

Bakira Hasečić, la présidente de l’Association des Femmes Victimes de la Guerre à  Višegrad, ne dit pas autre chose.

Les gens qui viennent ici, ne savent pas qu’ils dorment dans des lits où des femmes ont été violées et qu’ils se baignent dans une piscine où des gens ont été exécutés.

Une zone contrôlée par Milan Lukić

Pour comprendre ce qu’il s’est passé, un retour en arrière est nécessaire. En 1992, l’hôtel est sous le contrôle de Milan Lukić, chef du groupe paramilitaire serbe “White Eagles”. Il a été condamné, en 2009, par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie pour crimes contre l’humanité. En cause ? Ses actions à Višegrad, une ville qu’il a transformé en un véritable charnier. Un conflit sans pitié où il a réussi à éradiquer presque complètement sa population musulmane.

L’hôtel aujourd’hui ouvert au public, occupe une place centrale dans ces événements. Il s’agissait du principal centre de détention et de rassemblement des victimes pour les viols. De quoi lui permettre d’acquérir une triste réputation au moment du jugement. Ainsi, selon les estimations, au moins 200 femmes y auraient été violées. Au procès, une femme avait ainsi expliqué qu’elle y avait été emmenée par Milan Lukić pour y être violée. Mais aussi que le chef de guerre l’avait déjà fait dans sa propre maison après avoir tué son fils de 16 ans avec un couteau.

La lutte pour la reconnaissance

Pourtant, très vite après la guerre, l’hôtel a ouvert de nouveau. Sur place, pour relancer le tourisme, on s’est contenté de nettoyer les lieux de cette histoire, de tenter de faire place nette, sans même qu’un mémorial ne soit installé. Selon le Guardian, l’ambition des élus sur place, serait même d’effacer l’histoire.

Mladen Djurevic, le maire de Višegrad, explique ne rien savoir.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé là-bas. Je ne veux pas revenir dans le passé. Pourquoi voudrais-je lire là-dessus si je ne veux pas y revenir ?

Face aux protestations internationales, les autorités ont répondu d’une façon surprenante. Une nouvelle route pour les touristes qui accèdent à l’hôtel et la luxueuse restauration d’un étage. Pourtant, selon tous les spécialistes de la guerre de Bosnie, accepter ce qu’il s’est passé, constitue aujourd’hui encore une étape indispensable vers la guérison…

Publié le samedi 10 février 2018 à 9:52, modifications samedi 10 février 2018 à 10:15

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