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Législatives en Hongrie : Viktor Orbán à l’assaut d’un troisième mandat

Alors que les Hongrois sont invités à voter pour les élections législatives, le premier ministre, Viktor Orbán, est quasiment assuré de remporter un troisième mandat d’affilée.

Viktor Orbán, à la tête depuis huit ans d’un régime hongrois de plus en plus autoritaire, va-t-il être plébiscité pour un troisième mandat ? Alors que les élections législatives se tiennent ce dimanche 8 avril dans tout le pays, plusieurs observateurs s’interrogent sur ce qui s’apparente de plus en plus à une « démocrature », mélange de démocratie et de dictature, en plein cœur de l’Union européenne.

La machine Orbán

A l’âge de 54 ans, Viktor Orbán aura déjà passé près de 12 ans de sa vie à gouverner la Hongrie. Or, il semble qu’il pourrait rempiler pour quatre années supplémentaires à l’issue du scrutin législatif de ce dimanche. En effet, le Premier ministre hongrois, ancien dissident du régime communiste devenu défenseur autoproclamé d’une « Europe chrétienne », est donné vainqueur avec 30 à 50 % des voix.

Une victoire annoncée qui s’explique notamment par la véritable guerre entamée depuis 2008 contre la société civile. En effet, pour Viktor Orbán, rien ne doit exister en dehors de son système de pensée. Alors ces dernières années, le Premier ministre a lancé une vaste offensive contre les médias. Ses proches ont racheté presque tous les quotidiens régionaux, ainsi que certaines radios. Le plus grand journal d’opposition, Nepszabadsag (« liberté du peuple ») a même fermé ses portes soudainement, en octobre 2016.

En outre, Viktor Orbán mène la vie dure aux ONG, comme aux religieux. En fait, à tous ceux qui viennent en aide aux migrants, qu’il a érigés en « ennemis de la nation ».

Il a supprimé notre statut de congrégation religieuse. On a perdu 5 millions d’euros de subventions, soit la moitié de notre budget. Maintenant, on a du mal à payer nos factures, et nos dettes s’accumulent. Orbán veut nous intimider, parce qu’il ne supporte pas qu’on pense différemment. Tous les tyrans veulent ça !

Propos du pasteur Gabor Ivanyi de la Communauté évangélique dans les colonnes du Monde.

Mais ce n’est pas tout. Viktor Orbán a aussi fait main basse sur la culture et l’éducation. Ainsi, des passages sur les migrants, « menace pour la Hongrie », sont apparus dans des manuels scolaires de collège. Plus significatif, le chef de l’Etat a fait nommer des chanceliers dans chaque université pour contrôler la gestion de leurs finances. Ce qui, en clair, lui permet de contrôler le contenu de ce qui s’y enseigne.

On a besoin de progresser sur le Droit constitutionnel, mais le gouvernement a décidé qu’il ne financerait que des programmes sur le Droit de la famille. Un chancelier peut aussi recevoir un message du Premier ministre, qui lui dit que ce prof-là est trop critique envers le gouvernement. On fait alors fermer son département.

A déploré, amèrement, Zoltan Felck, le doyen d’une grande faculté de droit de Budapest et entendu sur Europe 1.

Dans le même temps, Viktor Orbán est devenu le héros de la droite européenne la plus dure. N’hésitant pas à multiplier les provocations contre les immigrés voire contre l’Union européenne. Ainsi, il a repris les méthodes et les théories ultraconservatrices jusqu’ici revendiquées uniquement par la Russie de Vladimir Poutine.

En huit ans à la tête du pouvoir, Viktor Orbán a créé une nouvelle élite « d’obligés à Budapest ». Constitution, médias, économie, justice, universités, société civile. En clair, la « machine Orbán » se retrouve dans toutes les sphères de la vie de ce pays d’Europe centrale, qui compte 9,8 millions d’habitants.

Viktor Orbán est une personnalité charismatique. Et il a un grand avantage : celui des ressources. Il a énormément d’argent. Il utilise les moyens de l’Etat pour mettre en avant ses priorités. Ses amis oligarques contrôlent 80 % des médias. Même la loi électorale est taillée sur mesure pour son parti.

A expliqué Andras Pulai, directeur de l’institut de sondage Publicus et cité par Courrier International.

Une élection déséquilibrée entre pouvoir et opposition

Face au Fidesz (le parti Union civique hongroise de Viktor Orbán), l’opposition est, elle, émiettée. Ainsi, la principale inconnue portera sur le taux de participation et sur l’ampleur de la victoire promise. Pour rappel, lors des scrutins de 2010 et 2014, Viktor Orbán avait remporté une « super-majorité » au Parlement. Or, pour ces législatives de 2018, devra-t-il  se contenter d’une « majorité relative ».

La logique veut que le Fidesz gagne. Mais il y a potentiellement de la surprise dans l’air.

A estimé le politologue Gabor Torok à l’AFP.

Ainsi, la gauche et le parti d’extrême droite, qui a modéré son discours, espèrent capitaliser sur la lassitude d’une partie des électeurs envers les diatribes de Viktor Orbán. L’opposition a fait campagne en dénonçant le clientélisme, la déliquescence des services publics et un pouvoir d’achat insuffisant. Celui-ci, malgré un taux de chômage au plus bas (3,8%), a incité de nombreux Hongrois à s’expatrier. Alors, les opposants au dirigeant arguent que la Hongrie n’est déjà plus une République. Ce terme a en effet été supprimé dans la Constitution, lors d’une réforme en 2012.

Pourtant, comme le rappelle L’Express, contrairement à ce qui a pu produire localement à Hodmezovasarhely, aucune union sacrée n’a été scellée pour les législatives entre une gauche morcelée et l’extrême droite. Ce qui permet, selon les analystes, au Fidesz de conserver toutes ses chances de victoire.

En résumé, admiré par les droites populistes européennes, honni par ceux qui l’accusent de dérive autoritaire, Viktor Orbán, est devenu le fer de lance de la lutte contre l’immigration en Europe. Aussi, entend-il rendre « irréversibles » les changements impulsés depuis son retour au pouvoir en 2010.

Une élection scrutée de près par l’Union européenne

Au cours des dernières années, Viktor Orbán a multiplié les provocations et coups de force. Flirtant avec le racisme et l’antisémitisme, s’attaquant à la presse, aux ONG et aux intellectuels, qu’il a mis au pas ou en prison, construisant un mur de barbelé « contre les migrants », il a fait fi des valeurs constitutives de l’Europe. Dernier exemple : lors d’un discours le 15 mars dernier, jour de la fête nationale hongroise. A cette occasion, il a fustigé le rôle de l’Union européenne. Il a notamment développé la théorie complotiste du «grand remplacement» et de «l’invasion ».

Ils veulent nous prendre notre pays. Bruxelles ne nous protège pas, elle veut changer la population de l’Europe.

A-t-il clamé.

Viktor Orbán compte de nombreux supporters au sein de l’extrême droite européenne, de l’AfD en Allemagne au FPÖ autrichien ou le Front national français, en passant par certaines formations conservatrices, qui voient en lui un modèle. Pourtant, il s’agit là de dérives que l’Union européenne ne peut d’autant moins laisser passer que cette souveraineté est contagieuse. En effet, un autre pays de l’Est, la Pologne, a lui aussi porté brutalement atteinte aux piliers de la démocratie (justice, presse, libertés individuelles). Et ce, depuis l’arrivée au pouvoir du parti eurosceptique Droit et Justice, en 2015, porté par le président Jarosław Kaczyński.

Enfin, malgré son opposition répétée à une intégration renforcée de l’Union européenne, Viktor Orbán n’a jamais menacé de quitter la communauté européenne. En effet, son pays est l’un des principaux bénéficiaires des fonds européens qui ont contribué à son dynamisme économique retrouvé, après la crise de la fin des années 2000.

Publié le dimanche 8 avril 2018 à 11:34, modifications mardi 22 mai 2018 à 12:26

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