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Kibera : le quartier kenyan détruit sans aucune indemnisation pour les habitants

Après deux jours de démolition du plus grand bidonville du Kenya, des milliers de gens sont laissés-pour-compte.

Les anciens habitants de Kibera n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Désormais, ces familles déjà démunies ne peuvent que s’en remettre à elles-mêmes. Ainsi, qu’il s’agisse de logement, de soins médicaux ou de suivi scolaire de leurs enfants, elles n’ont plus rien.

Ni comme commodités, ni comme services de proximité. Et il n’est pas certain que, dans un bidonville où la majorité vit dans la précarité, il y ait un véritable système de soutien local. L’aide promise, puis attendue du gouvernement, semble aujourd’hui compromise.

Ce qui s’est passé à Kibera

Les bâtiments détruits à Kibera : maisons, écoles, hôpitaux / Crédits © Baz Ratner/Reuters

Les résidents de Kibera ont démarré leur semaine au son tonitruant de leurs vies qui prenaient un tournant malheureux. En effet, lundi dès l’aube et jusqu’à mardi, accompagnés de policiers, des bulldozers mandatés par le gouvernement ont détruit dans plusieurs aires les habitations.

Avec leurs maisons de planches et de tôles, ce sont aussi d’autres structures telles églises, écoles et hôpitaux, qui ont subi le même sort.

On estime à près de 2000 le nombre de lieux de vie touchés. Et à 30 000 celui des personnes subissant l’impact  du rasement de Kibera. L’objectif des autorités est de déblayer ce terrain public pour y construire une route passant par ce quartier de la capitale, Nairobi.

Les laissés-pour-compte de Kibera seront-ils entendus ?

Nous nous sommes réveillés à 5 heures du matin au son des tracteurs. Nous avons vu beaucoup de policiers. Donc, nous nous sommes enfuis et nous les avons laissés détruire nos maisons. Ils nous avaient promis des indemnisations. Mais à ce jour, nous n’avons rien reçu.

Témoigne Wilson Beru, un habitant, au micro de RFI.

Les autorités nous avaient prévenus, et nous avons toujours su que ce terrain était destiné à devenir une route. Mais nous nous y sommes tout de même installés, à cause de la surpopulation et du développement du bidonville…

Explique encore un autre, Jumo Bel, qui lui a vécu toute sa vie à Kibera.

Du côté des associations, on dénonce deux choses. D’une part, le délai que le gouvernement a donné aux habitants pour se préparer : seulement 14 jours. Bien trop court, estiment-elles. D’autre part, le non-respect du droit au logement, particulièrement en cette période de l’année.

Aucune expulsion ne devrait laisser les habitants sans abris alors qu’il fait si froid et sans aucune alternative. Cela a eu lieu dans le mépris total d’une décision de justice de 2016 interdisant explicitement au gouvernement d’expulser les habitants de Kibera sans avoir mis en place un programme de réinstallation.

Soutient ainsi Sam Muhochi, qui officie à la commission des juristes du Kenya.

Que disent les autorités à propos de la démolition des constructions de Kibera ?

D’un côté du mur, les Kenyans huppés jouent au golf, tandis que de l’autre, les démunis perdent leurs logements / Crédits © Reuters

John Cheboi est porte-parole de Kenya Urban Roads Authority (KURA). Il s’agit de l’instance chargée des routes kenyanes. Et il contredit le juriste. Selon lui, il n’est fait aucune mention dans la loi du pays d’une obligation les indemniser. Ainsi, il affirme que ces logements sont construits illégalement. Par conséquent, rien ne leur est dû. Aucune prise en compte des difficultés liées au défi de l’urbanisme et de la surpopulation à Nairobi.

Cependant, l’agence de presse allemande Reuters a capturé une photo qui fait couler beaucoup d’encre et choque l’opinion publique. On y voit des Nationaux huppés, séparés du bidonville par un mur, jouer au golf tandis que les démunis de Kibera, au milieu des décombres, récupèrent tant bien que mal ce qu’ils peuvent. Plaques de tôles, clous, barres de fer, sous la pression des tracteurs qui aplatissent et mettent en ruines les constructions de toute leur vie …

Face au tollé et aux critiques venant de toutes parts, le gouvernement qui a en premier tenté de minimiser l’effet de son action, a changé de discours. Le pouvoir soutient désormais que les résidents évincés recevront une aide ainsi qu’un plan de réaménagement. Mais les contours de ceux-ci ne sont pas encore définis.

Publié le jeudi 26 juillet 2018 à 12:19, modifications jeudi 26 juillet 2018 à 11:47

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