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Japon : Shinzo Abe donne son accord pour un plan de relance des centrales nucléaires

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Avec la validation d’un plan de relance du nucléaire actée mardi, le Japon s’apprête à faire marche arrière sur son renoncement à l’énergie qui représente autant une menace qu’une ressource coûteuse.

Il semblerait que le Japon n’en ait pas fini avec le nucléaire. Près de sept ans après la catastrophe survenue dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi en 2011, à la suite d’un séisme provoqué par un tsunami ayant causé un rejet de produit radioactif dans l’environnement, le pays se tourne à nouveau vers la ressource énergétique avec laquelle sa population entretient des rapports complexes depuis le XXe siècle.

Un plan de relance et des objectifs pour 2030

Le gouvernement nippon dirigé par le premier ministre Shinzo Abe a donné son accord pour un programme de relance du nucléaire dans le pays, qui comprendra la production de 20 à 22% d’électricité d’origine nucléaire d’ici 2030. Une décision qui laisse perplexe, d’autant plus que la part d’électricité d’origine nucléaire était de 30% avant Fukushima et de 2% seulement en 2017. En contre-partie, le plan prévoit une augmentation du taux d’énergies renouvelables, qui devront atteindre 22 à 24% la même année. Actuellement, elles sont estimées à 15% contre 56% de charbon, de pétrole et de gaz qui demeurent majoritaires.

Le Japon, premier importateur de gaz liquéfié

Mais cette utilisation accrue de charbon et de gaz et l’importation massive de gaz liquéfié, a entraîné des conséquences sur le plan environnemental, notamment en émettant du gaz à effet de serre toxique. Ce qui fait du Japon l’un des plus mauvais élèves en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Cependant, le pays demeure conscient de ses failles écologiques et compte y remédier en incluant une baisse de 80% de son émission de gaz à effet de serre d’ici 2050. Pour se faire, le retour à l’exploitation du nucléaire qui devrait permettre d’arrêter celle du gaz est considérée comme la meilleure solution, couplée au développement des énergies renouvelables.

Le retour au nucléaire, mauvaise manœuvre de plus pour Shinzo Abe

Le plan validé par Shinzo Abe, partisan de longue date du nucléaire, fait néanmoins bondir l’opposition. L’énergie nucléaire est désormais un sujet de controverse au sein de pouvoir local et nombre sont les élus qui y voient une menace et souhaitent en sortir. Les anciens premiers ministres, Morihiro Hosokawa et Naoto Kan, qui était au pouvoir en 2011, et même Junichiro Koizumi le mentor de Shinzo Abe, font partie des réfractaires à la réactivation des réacteurs, dont seuls 9 sur les 54 que compte le Japon sont encore en activité.

En outre, si aucune ouverture de nouvelle centrale n’est prévue dans le plan annoncé, plusieurs experts estiment que la construction de nouveaux site sera nécessaire pour atteindre les objectifs fixés, sachant que la limite d’âge de plusieurs centrales arrivera à son terme avant 2030. Et tout semble indiquer que les industriels en prennent le chemin. Tomoaki Kobayakawa, PDG de Tokyo Electric Power Company (Tepco), plus grosse entreprise nucléaire de l’archipel, critiquée pour sa mauvaise gestion de Fukushima, a annoncé mardi la relance de « l’étude géologique pour la construction d’une nouvelle unité à Higashidori », interrompue par la catastrophe. Une déclaration qui n’est pas pour rassurer les Japonais.

Les citoyens japonais et la presse sont fermement opposés au projet

Car la population, qui subit les dommages environnementaux et sanitaires provoqués par la radioactivité rejetée par le cœur en fusion du réacteur de Fukushima depuis sept ans, ne souhaite pas voir rouvrir les centrales de sitôt. Un fait dénoncé par les médias de l’île qui sont pour la plupart anti-nucléaires. Comme le prouve cet extrait d’un édito daté de mai dernier du quotidien Asahi Shimbun, qui accusait le gouvernement d’irresponsabilité face à la problématique du nucléaire :

L’administration Abe devrait faire face à la dure réalité concernant le nucléaire, notamment le fait que la majorité des Japonais est opposée au redémarrage des réacteurs […] (le gouvernement) devrait abandonner totalement ses efforts pour maintenir la dépendance du Japon au nucléaire.

Une invective qui ne dissuadera certainement pas le parti au pouvoir de mener à bien son dessein, pour quelles conséquences ?

Publié le jeudi 5 juillet 2018 à 15:02, modifications jeudi 5 juillet 2018 à 15:03

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