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Iran : Le rapport accablant d’Amnesty international

TRIBUNE

Amnesty International alerte sur la situation des prisonniers en Iran dans un nouveau rapport publié le 18 juillet et intitulé Health taken hostage: Cruel denial of medical care in Iran’s prisons. Ce rapport explique que les autorités iraniennes refusent des soins de santé aux prisonniers d’opinion et politiques, les exposant à un risque élevé de handicap ou autre dommage irréversible ou pire encore, de décès. Cette pratique inhumaine a pour objectif d’humilier, de punir ou d’intimider les détenus ou les forcer à avouer ou à se repentir.

Refus de soins médicaux

Le rapport révèle que le ministère public iranien, chargé de prendre des décisions concernant les permissions de sortie et transferts à l’hôpital des détenus pour raison de santé, refuse souvent d’autoriser ces derniers, en dépit de l’avis des médecins. En outre, des représentants des autorités carcérales ont été déterminés comme responsables d’actes de torture et autres mauvais traitements, y compris le retrait de médicaments ou le recours aux menottes et autres entraves sans justification. Selon certains prisonniers, les médecins de la prison seraient parfois complices de ces actes en minimisant ou ignorant leurs problèmes de santé. En ce qui concerne les femmes, tout du moins à la prison d’Evin à Téhéran, elles se heurtent à des obstacles supplémentaires car des examens médicaux leur sont refusés, étant donné qu’il est considéré comme inapproprié qu’elles soient traitées par des médecins du sexe opposé. Elles font également l’objet d’insultes et de harcèlement concernant le port du voile.

Le directeur du programme Moyen-Orien et Afrique du Nord d’Amnesty International Philip Luther qualifie ces actes de

prise d’otage de la santé des prisonniers et de cruels et indéfendables

Il ajoute que :

La possibilité pour les prisonniers d’obtenir des soins de santé est un droit inscrit dans le droit international et iranien. Quand priver un prisonnier de soins médicaux cause de graves souffrances et que cela est fait intentionnellement, dans le but de punir, de menacer ou d’arracher des “aveux”, cela constitue un acte de torture.

Le rapport revient sur le cas concret de plusieurs prisonniers comme Zeynab Jalalian, une kurde d’Iran condamnée à perpétuité pour son appartenance présumée à un groupe d’opposition kurde, qui risque la cécité pour manque de traitement. Sa famille soupçonne que ses blessures ont été causées par les interrogateurs, qui lui ont frappé la tête contre le mur en lui provoquant une hémorragie cérébrale et des problèmes de vue. Les autorités carcérales lui refusent un transfert à l’hôpital si elle ne fait pas d’aveux.

Afshin Sohrabzadeh, autre prisonnier politique kurde, s’est également vu refusé des soins à plusieurs reprises pour un cancer intestinal. Les autorités lui ont proposé de sortir moyennant une somme exorbitante et lui auraient tenu ces propos :

Si tu ne peux pas hypothéquer ta maison pour ta permission de sortie, ce n’est pas un problème. Nous enverrons ton corps dans une morgue, et ta mère et ton père pourront aller le chercher.

C’est également le triste cas d’Omid Kokabee, physicien de 33 ans condamné à 10 ans de prison pour son refus de travailler sur des projets militaires en Iran. Pendant 5 ans, il s’est plaint de problèmes rénaux mais n’a bénéficié d’aucuns soins médicaux, jusqu’à ce qu’un cancer de stade avancé lui ait été diagnostiqué en avril 2016, l’obligeant à subir une ablation urgente de son rein droit.

La liste des cas similaires est bien trop longue, et des dizaines, voire des centaines de noms viennent la grossir chaque mois.

Grèves de la faim

Face à ces tortures répétées et cette privation de soins, de nombreux prisonniers politiques malades ont entamé une grève de la faim pour forcer les autorités à leur apporter des soins médicaux. Dans certains cas, les autorités accordent une permission de sortie de courte durée aux grévistes puis les forcent à retourner en prison en plein milieu de leur traitement et à l’encontre des avis médicaux.

Certains prisonniers ont été punis pour avoir mené une grève de la faim, à l’instar d’Alireza Rasouli, prisonnier d’opinion, condamné à trois ans de prison supplémentaires pour « propagande contre le régime ».

Amnesty International condamne vivement ces pratiques et exige aux autorités leur cessation immédiate, en vertu du droit international. Le rapport demande également aux autorités d’enquêter sur le ministère public et autres représentants de l’État, y compris le personnel médical, soupçonnés d’avoir refusé des soins à des prisonniers.
La résistance Iranienne appelle quant à elle les organisations internationales de défense des droits de l’homme à adopter des mesures efficaces et immédiates pour garantir la libération inconditionnelle des prisonniers malade et des soins médicaux adéquats. Elle appelle également à la création d’une délégation internationale pour se pencher sur la terrible situation des prisonniers en Iran.

Assassinats

Le cas du prisonnier Ali Moezzi, père de deux membres de l’OMPI, inquiète particulièrement la Résistance iranienne, car il risque d’être assassiné. En effet, le 20 avril 2016, il a souffert d’une grave intoxication alimentaire et son cas s’est depuis aggravé à cause de l’absence de soins médicaux. Conduit à la clinique d’Evine pour quelques heures seulement et sans doute pour sauver les apparences, il a rapidement rejoint sa cellule sans traitements appropriés et sans que l’origine de son intoxication ait été déterminée. L’empoisonnement des détenus avec de la nourriture ou des médicaments est une méthode habituelle du régime des mollahs, et de nombreux détenus sont décédés pour des raisons suspectes, y compris Shahrokh Zamani, Hossein Heshmat Saran ou encore Mansour Radpour pour n’en citer que quelques-uns.

Certains prisonniers sont également assassinés de façon plus directe, souvent par la pendaison. Trente prisonniers ont été exécutés de cette façon en moins d’une semaine, du 11 au 17 juillet dernier, dont seize le 17 juillet.
Par le biais de cette alarmante augmentation des pendaisons, le régime iranien tente d’effrayer le peuple et de le dissuader de se rebeller, face à la montée de la dissidence publique et des manifestations.

La Résistance iranienne appelle les organisations des droits de l’homme à adopter des mesures immédiates pour que le dossier des violations des droits de l’homme en Iran soit envoyé au Conseil de sécurité des Nations Unies. Les relations avec le régime iranien doivent être conditionnées par la cessation des exécutions et le respect des droits de l’homme dans le pays.

Les liens:

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Publié le jeudi 21 juillet 2016 à 11:44, modifications jeudi 21 juillet 2016 à 17:06

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