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Le fatalisme coupable de l’administration Trump face aux fusillades masse

la question de la régulation des armes à feu révèle une véritable schizophrénie américaine sur ce sujet.

La réaction de Donald Trump à la fusillade ayant eu lieu dans une école de Floride le 14 février dernier fut pour le moins tiède. En effet, celui-ci s’est contenté de présenter ses “prières et condoléances” aux familles des victimes, en ajoutant qu'”aucun enfant, enseignant ou qui que ce soit ne devrait se sentir en danger dans une école américaine.

Des réactions bien insuffisantes

Les premières réactions ont été publiées avant que l’on ne connaisse exactement le nombre de victimes de cette tuerie dans une école de la ville de Parkland. Puis, quand le chiffre de 17 morts est finalement tombé, les activités présidentielles du jour avaient déjà cessé.

Le responsable de cette effroyable tuerie serait un ancien élève de l’établissement, Nikolas Cruz, qui avait été renvoyé pour indiscipline. A peine âgé de 19 ans, celui-ci a été arrêté alors qu’il tentais d’échapper à la scène de crime. Il était connu pour avoir un goût prononcé pour les armes à feu. Il a ensuite été immédiatement placé en détention provisoire, où il restera jusqu’à son procès.

Cet élève turbulent s’était déjà illustré par des gestes violents dans le passé. Ainsi, une jeune fille de 17 ans nommée Victoria Olvera a affirmé qu’il avait été renvoyé suite à une bagarre avec un autre élève. Selon elle, Cruz aurait aussi abusé de son ex-petite amie. Un professeur de mathématiques de l’établissement a également déclaré qu’il avait eu des “problèmes quand il a menacé des étudiants l’année dernière et je pense qu’on lui a dit de quitter le campus“.

Celui-ci avait posté des messages “très alarmants” sur les réseaux sociaux et notamment sur son profil instagram, où il avait pris l’habitude de montrer plusieurs armes à feu. Ce compte a depuis été supprimé. En raison de ces menaces, les professeurs de l’établissement avait prévenu qu’ils ne laisseraient pas cet élève à problème entrer dans le lycée s’il portait un sac-à-dos, par peur qu’il y dissimule des armes.

Un massacre commis avec un fusil d’assaut en vente libre

Pour cette fusillade, Nikolas Cruz a utilisé un fusil d’assaut extrêmement populaire aux Etats-Unis, le modèle AR-15. En effet, celui-ci a déjà été utilisé dans de nombreuses fusillades de masse car il est aussi efficace qu’un arme de guerre et peut-être transformé en pistolet automatique (ces armes étant normalement interdites) à l’aide d’une manipulation très facile à effectuer.

Ce fusil a déjà été utilisé dans des tueries tristement célèbres pour leur bilan très lourd comme celles de San Bernardino en décembre 2015, à Las Vegas en octobre 2017, à Orlando en juin 2016 ou en octobre 2017 à Sutherland Spring. La tuerie de Las Vegas, qui fut la plus meurtrière de l’histoire moderne des Etats-Unis, avait particulièrement choqué l’opinion. Le tueur Stephen Paddock avait alors utilisé un dispositif en plus sur le fusil permettant d’accélérer le nombre de tirs par minute. Cet outil avait été banni par plusieurs Etats américains démocrates comme New York ou la Californie.

Une absence de mesures

Depuis 2013, il y a eu 291 fusillades visant des établissements scolaires. Ce nombre alarmant avait poussé Barack Obama à proposer au congrès une mesure permettant un plus grand contrôle sur la vente d’armes à feu, notamment en vérifiant les antécédents de l’acheteur ou en interdisant définitivement les semi-automatiques. Mais les députés républicains avaient refusé ce projet. Il faut aujourd’hui en payer les conséquences.

Depuis cet échec, aucune autre mesure n’a été mise en place au niveau national. Et ce n’est pas Donald Trump, dont on connaît les liens avec les lobbys pro-armes, qui changera la donne. En effet, celui-ci avait déjà prévenu du fait qu’il ne prendrait pas d’initiative pour restreindre l’accès aux armes suite à la tuerie de Las Vegas. Il avait alors affirmé que “le gouvernement n’a pas à dicter quels types d’armes à feu les personnes honorables et honnêtes sont autorisées à posséder.”

La NRA, qui s’oppose à toute mesure de contrôle de la vente d’armes à feu sur le territoire américain, essaie d’ailleurs (avec un grand sens du timing) de faire voter en ce moment même une loi permettant au contraire leur prolifération. Cette mesure permettrait ainsi de reconnaître le droit aux citoyens issus d’un Etat pro-armes de porter un pistolet en public, même s’ils se trouvent dans un Etat qui l’interdit formellement.

L’hypocrisie est d’autant plus flagrante que le président Trump avait dénoncé ces tueries en les qualifiant de “mal absolu”. Mais au lieu de s’attarder sur leurs causes évidentes, celui-ci affirme qu’elles relèvent davantage d’un problème de “santé public”, étant donné l’état mental de beaucoup de tueurs au moment de commettre ces terribles violences. Cette affirmation, d’une grande malhonnêteté, élude bien entendu le fait que les Etats-Unis concentrent 42% de toutes les armes en circulation sur la planète, malgré une population très restreinte comparée au reste du monde.

L’impuissance des forces de l’ordre

Le shérif en charge de la ville deParkland où s’est déroulée la tuerie a affirmé que la police était impuissante pour lutter contre ces tueries de masse lors d’une conférence de presse mercredi.  En effet, selon un rapport du FBI s’étalant de 2000 à 2013, le massacre est commis en un temps extrêmement restreint, qui est inférieur ou égal à 5 minutes dans 70% des cas. Dans 35% des fusillades, les tirs se concentrent même sur un laps de temps de moins de 2 minutes. Ces temps extrêmement cours ne laisse donc aucune marge d’intervention à la police, qui ne parvient sur les lieux qu’après la fusillade.

Malgré une accélération notable du rythme des tueries, 50% les américains considèrent qu’il est plus important de défendre le droit de posséder une arme que de se concentrer sur les contrôles. Ce chiffre était de 29% il y a quelques années. Une schizophrénie nationale ?

Malgré la diffusion d’images choquantes de la tuerie, d’appel au secours ou de vidéos tournées dans les salles de classe pendant le massacre, l’opinion publique américaine ne semble pas évoluer sur ce sujet pourtant essentiel.

 

Publié le dimanche 18 février 2018 à 10:04, modifications samedi 17 février 2018 à 23:11

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