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États-Unis : un désaccord autour d’un gâteau de mariage débattu à la Cour suprême

En 2012, un couple homosexuel demande à un pâtissier de réaliser leur gâteau de mariage. Suite au refus du pâtissier qui invoque sa foi chrétienne, le couple porte plainte. Aujourd’hui l’affaire a pris une telle ampleur que le plus haut pouvoir judiciaire du pays s’en mêle.

L’histoire remonte au 19 juillet 2012Dave Mullins et Charlie Craig, deux hommes aujourd’hui mariés passent commande à un pâtissier afin qu’il élabore leur gâteau de mariage. Invoquant sa foi chrétienne, Jack Phillips le pâtissier, explique qu’il ne peut prendre la commande du couple. Mullins et Craig déposent alors plainte sur le fondement d’une loi du Colorado interdisant toute discrimination aux commerces accueillant le public.

Un dossier complexe au cœur des discussions

Aujourd’hui, le dossier a pris une telle ampleur qu’il est en Une de nombreux magazines. De fait, le cas est d’autant plus complexe car il touche l’égalité sexuelle, la liberté religieuse, et la liberté d’expression, des principes chers aux Américains.

Pour les avocats du pâtissier, un gâteau est une forme d’expression, qui véhicule un message, contrairement à un banal muffin.

Jack sert tous ceux qui passent sa porte, quels que soient leur histoire et leur milieu. Mais, comme n’importe quel artiste, il ne peut exprimer n’importe quel message.

explique à l’AFP Jeremy Tedesco, principal défenseur de Jack Phillips.

Est-ce qu’un créateur de T-shirt, athée, devrait être forcé de fabriquer des T-shirts proclamant : “Dieu existe” ? Est-ce qu’un rédacteur de discours démocrate devrait être contraint d’écrire un discours pour un homme politique républicain, et vice-versa ?

ajoute l’avocat.

Pour le couple, ce refus est clairement une discrimination sexuelle.

Cette affaire ne concerne pas la liberté artistique. Nous n’avons pas demandé une oeuvre d’art. Nous avons essuyé un refus fondé sur qui nous sommes, nous avons été humiliés publiquement en raison de qui nous sommes

Affirme Dave Mullins à l’AFP

“Le photographe  prenant en photo Charlie Craig et Dave Mullins, qui se battent pour les droits des clients LGBT, qu’importe ce qu’ils achètent”

Le pays s’en mêle

L’affaire qui a pris une grande ampleur dans le pays a engendré de nombreuses prises de parti. En plus d’être soutenu par une vingtaine d’États américains, des élus du Congrès, et par des chrétiens conservateurs, Jack Phillips est aussi soutenu par le gouvernement de Donald Trump. Ce dernier affirme que le pâtissier “ne peut être forcé à utiliser ses talents en violation de ses croyances religieuses”. Sur Twitter, les internautes du côté de Jack Phillips ont lancé le mot-clé “JusticeForJack” (“Justice pour Jack”).

Dave Mullins et Charlie Craig sont soutenus par l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) et de nombreuses organisations.

La religion a été utilisée dans le passé pour tenter de défendre l’esclavage, la ségrégation, la discrimination.

assure Dariely Rodriguez, du Lawyers Committee for Civil Rights Under Law.

Elle fait la comparaison de cette affaire avec un cas datant de 1968, lorsqu’un propriétaire d’une chaîne de restauration spécialisée dans les barbecues refusait de servir les Noirs en raison de ses croyances religieuses. Elle ajoute que si Jack Phillips bénéficie d’une exception au nom de sa liberté artistique, cela “deviendrait applicable aux commerces en dehors du contexte du mariage : seraient concernés les arts de la table, les coiffeurs, les barbiers, les boutiques de mode. Cela serait sans fin”.

La Cour suprême rendra sa décision d’ici fin juin 2018, après une audience solennelle mardi.

Publié le mardi 5 décembre 2017 à 14:44, modifications mardi 5 décembre 2017 à 13:09

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