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Election présidentielle en Russie : Comment ca marche ? Qui sont les candidats ?

A quelques jours de l’élection présidentielle en Russie, Vladimir Poutine est quasiment assuré d’un succès confortable dès le premier tour. Son unique adversaire pourrait être l’abstention.

L’élection présidentielle en Russie est pratiquement passée sous silence par la presse mondiale. Pourtant, dimanche 18 mars, près de 109 millions de Russes, inscrits sur les listes électorales au 1er janvier, seront appelés à élire le président de la Fédération Russe. La date choisie pour cette 7ème élection présidentielle depuis la fin de l’ère soviétique ne doit rien au hasard. En effet, modifiée par le Parlement pour des raisons de calendrier, elle correspond à « l’anniversaire » de l’annexion de la Crimée à la Russie. Officiellement proclamée au Kremlin par Vladimir Poutine le 18 mars 2014.

Mode d’emploi de l’élection

Le président est élu par les citoyens de la Fédération de Russie sur la base du droit électoral général égal et direct au scrutin secret pour une durée de 6 ans, renouvelable une fois consécutivement. Pour cela, 94.500 bureaux de vote vont être installés dans tout le pays. Ainsi que 369 autres hors des frontières prévus pour les 1,8 million de Russes vivant à l’étranger. Pour voter, les électeurs devront simplement cocher une case à côté du nom du candidat. Le candidat ayant obtenu plus de la moitié des suffrages remportera le scrutin à l’issue du premier tour.

La campagne officielle pour la course à la présidentielle a débuté à la télévision le 19 février. Elle s’achèvera le 16 mars prochain. Le second tour est prévu au plus tard le 8 avril. Toutefois, il s’agit d’une date théorique puisque depuis que Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir, il a été si plébiscité qu’aucun deuxième scrutin n’a jamais été nécessaire. Pour cette présidentielle encore, le chef du Kremlin est le vainqueur annoncé par tous les médias, les observateurs, les sondés, les partis et même ses concurrents.

Néanmoins, à ce stade de la champagne électorale, l’unique inconnue pour l’actuel chef du Kremlin est le taux de participation. Celui-ci semble en effet être le grand favori de cette élection.

Vladimir Poutine : le candidat indétrônable

Désigné comme le successeur de Boris Eltsine en 1999, il a été élu pour la première fois président de la Fédération de Russie le 23 mars 2000, avec 52,9 % des voix, puis en 2004 avec 71,3 % des voix. La Constitution russe limitant le nombre de mandats présidentiels consécutifs à deux, Vladimir Poutine a pris la place de son premier ministre Dmitri Medvedev en 2008 tandis que celui-ci prenait la sienne au Kremlin après avoir été élu avec 70,2 % des voix. Sous sa présidence, la Constitution a été modifiée afin de prolonger la durée du mandat de quatre à six ans. En 2012, malgré des manifestations importantes dénonçant des fraudes, Vladimir Poutine a été réélu avec 63,6 % des voix. Il brigue aujourd’hui un 4ème mandat.

Pavel Groudinine : le candidat milliardaire communiste

La surprise est venue des rangs monolithiques du parti communiste, où l’incontournable premier secrétaire Guennadi Ziouganov a laissé la place à un quasi-inconnu, non communiste de surcroît : Pavel Groudinine. Cet homme d’affaires au visage rassurant de « directeur rouge » est le principal actionnaire d’un sovkhoze Lénine qu’il a transformé en ferme modèle.

Comme le décrit L’Express, ce grand admirateur de Staline, dont il fleurit la tombe chaque année, « circule en BMW haut de gamme, fréquente l’église et émarge à 10000 euros par mois ».

Vladimir Jirinovski : le candidat de tous les excès

Président fondateur depuis 1990 du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), Vladimir Jirinovski  défend des idées ultranationalistes, xénophobes et antisémites. A l’opposé du libellé de sa formation. Candidat lors de la première élection présidentielle russe de 1991, où il avait obtenu 8 % des voix. Ensuite, il s’est présenté toutes les fois suivantes, à l’exception de 2004. A chaque fois, il a obtenu invariablement la cinquième, la troisième ou la quatrième place, sans jamais renoncer. Comme le rappelle Le Monde, Vladimir Jirinovski  est connu pour ses outrances verbales. D’ailleurs, il avait ouvertement sablé le champagne au lendemain de la victoire de Donald Trump à la Maison Blanche.

Ksenia Sobtchak : la seule candidate

Par contraste avec cette vieille garde, la candidature de l’indépendante Ksenia Sobtchak fait figure d’ovni. En effet, la fille d’Anatoli Sobtchak, l’ancien maire de Saint-Pétersbourg qui avait pris sous son aile Vladimir Poutine dans les années 1990, est jeune, belle, riche et célèbre. Animatrice du programme de téléréalité Dom-2 (La Maison-2) Ksenia Sobtchak a grandi dans le cercle du pouvoir. Elle dénonce l’intervention de la Russie en Syrie. Et considère la Russie comme une puissance plus européenne qu’eurasiatique. Ainsi, Ksenia Sobtchak apparaît comme la plus pro-Union européenne des candidats, ce qui lui vaut un certain intérêt des médias occidentaux.

Gregori Iavlinski : le candidat champion de boxe

Champion de boxe d’Ukraine en 1967 et 1968, Grigori Iavlinski s’est illustré lors de deux prises d’otages, l’une en Tchétchénie en 1994. Et l’autre, dans un théâtre à Moscou en 2002. En effet, c’est lui qui avait assuré les négociations avec les terroristes.

Cet économiste a travaillé avec les réformateurs de la perestroïka. En 1993, il a cofondé le parti démocrate libéral Iabloko. Attira une partie de l’intelligentsia russe et compta dans ses rangs jusqu’à 16 parlementaires en 2003. Candidat à deux reprises à l’élection présidentielle, en 1996 et en 2000. En 2012, il s’était fermement opposé au retour de Vladimir Poutine. Il avait alors été écarté de la présidentielle au motif qu’il n’avait pas les deux millions de signatures alors nécessaires.

Sergueï Babourine : l’«intrus»

Elu député du peuple au dernier Soviet suprême de Russie, en 1990, il est l’un des sept élus à avoir voté contre la dissolution de l’URSS. Réélu par la suite, vice-président de la Douma en 2004, il préside le parti La Volonté du peuple, aujourd’hui renommé « Union des peuples russes «. En 2003, le chef de file français de l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, s’était rendu à Moscou à son invitation. Sergueï Babourine a soutenu publiquement le Serbe Radovan Karadzic, surnommé le « boucher des Balkans », lors de son procès pour « génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre » dans l’ex-Yougoslavie qui a abouti, en 2016, à sa condamnation à quarante ans d’emprisonnement.

Boris Titov : le candidat avocat des PME russes

Fondateur du Parti de la croissance, chef d’entreprise, il est également délégué pour les milieux d’affaires auprès du président russe. Issu de Russie unie, le parti qui soutient Vladimir Poutine, il conçoit sa candidature comme l’occasion de faire entendre la voix des PME russes et de promouvoir l’esprit d’entreprise. Boris Titov assume complètement son rôle de figurant dans cette élection présidentielle russe.

Maxime Souraïkine : le candidat communiste version Staline

A 39 ans, il est, avec Ksenia Sobtchak, l’un des deux candidats les plus jeunes. Toutefois, il puise ses références dans l’histoire russe du milieu du siècle dernier et se présente comme un stalinien convaincu. Il est à la tête des Communistes de Russie, mouvement issu d’une scission d’avec le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) en 2012. Accusé de figurer dans l’élection seulement pour affaiblir le KPRF, Maxime Souraïkine ne devrait toutefois pas affecter outre mesure le score de Pavel Groudinine.

Alexeï Navalny : Le candidat écarté

Ainsi, malgré la multiplication des candidats face à Vladimir Poutine, ne semble pas inquiéter le président sortant. A l’inverse, celui permet au chef du Kremlin de donner l’apparence d’une démocratie.

Or, le seul candidat qui aurait pu lui faire de l’ombre, Alexeï Navalny, a été écarté pour cause de condamnations judiciaires. En effet, cet avocat de 41 ans est connu pour ses enquêtes poussées sur la corruption du gouvernement. Il est un habitué des prisons russes. Il y a passé soixante jours rien qu’en 2017, répartis sur trois séjours. Celui qui est régulièrement désigné par les médias comme opposant numéro 1 à Vladimir Poutine, ne semble pourtant pas fléchir. En effet, après le rejet de sa candidature à l’élection présidentielle, il a retrouvé un second souffle en appelant au boycott de l’élection.

Publié le dimanche 11 mars 2018 à 16:55, modifications mardi 22 mai 2018 à 12:26

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