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Chine : Décès du prix Nobel de la paix, Liu Xiaobo

La Chine inflexible jusqu'au bout

Détenu pendant plus de huit ans pour « subversion », Liu Xiaobo est le premier prix Nobel de la paix à mourir en détention depuis un pacifiste allemand emprisonné par les nazis et décédé en 1938. 

L’écrivain chinois et prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo, est mort le 13 juillet 2017 à Shenyang en Chine. Il était âgé de 61 ans.

Les médecins chinois ont précisé que l’opposant était décédé entouré de sa femme, Liu Xia.

Liu Xiaobo purgeait une peine de prison de 11 ans pour « subversion ».

Cette condamnation avait été prononcée le 25 décembre 2009.

Or, un cancer du foie en phase terminale lui avait été diagnostiqué en mai dernier. Et son état s’était rapidement aggravé.

En juin dernier, Liu Xiaobo avait été place en liberté conditionnelle pour pouvoir recevoir les soins nécessaires à son traitement.

Pourtant, la Chine avait encore refusé il y a peu les demandes d’extradition du dissident par la communauté internationale. L’autorisant uniquement à sortir de sa cellule.

Ainsi, comme le souligne Le Monde, Liu Xiaobo devient le premier prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky. Il était décédé en 1938 dans un hôpital alors qu’il était détenu par les Nazis.

Figure emblématique du mouvement de Tiananmen

Né en 1955, de parents communistes et intellectuels, Liu Xiaobo subit avec sa famille les répercussions du Grand Bond en avant. Il endure notamment la famine.

Reconnaissant envers la révolution culturelle, qui lui fait découvrir Marx et lui permet d’entrer à l’université en 1977, l’écrivain se spécialise pendant ses années d’études en littérature.

En 1986, il entame un doctorat et commence à se forger une réputation de libre-penseur, volontiers provocateur, sur des sujets aussi variés que la littérature, le cinéma et, déjà, la politique.

Alors, Liu Xiaobo multiplie les interventions à l’international, notamment à Hong Kong, concession britannique en 1988. Il y critique très sévèrement l’état de la Chine et son avenir sous le régime actuel.

Le défenseur de la paix se présente comme un fervent partisan des politiques interventionnistes américaines. Il soutiendra même George Bush dans l’offensive américaine en Irak.

En 1989, alors qu’il en en poste à la Columbia University de New York, il retourne en Chine pour participer au mouvement démocratique.

Il sera présent lors des manifestations de la place Tiananmen, ce qui lui vaudra d’ailleurs une condamnation. Une peine qu’il aura purgé jusqu’à son décès.

Le régime communiste lui reproche notamment d’avoir co-rédigé un manifeste, la Charte 08, prônant des élections libres.

Ainsi, c’est depuis sa cellule, où il purgeait sa condamnation pour « subversion », que Liu Xiaobo avait appris en 2010 l’attribution du Nobel de la paix, qu’il avait dédié aux morts de Tiananmen.

Pourtant, cette récompense avait provoqué la fureur de Pékin.

En effet, alors que le militant des droits de l’homme n’est qu’un « criminel », les images de son fauteuil vide avaient été censurées sur l’internet chinois.

La Chine vivement critiquée

Sur les réseaux sociaux chinois, des voix tentent de s’élever en utilisant le mot-clé R.I.P pour « rest in peace ». Impossible autrement de poster quoi que ce soit en nommant Liu Xiaobo.

En effet, la machine de propagande chinoise a déjà pris le dessus en effaçant tout contenu avec ce mot-clé. Effaçant également toutes les publications qui affichent l’image d’une bougie.

Ainsi, bien qu’aux yeux du monde c’est un prix Nobel de la paix qui s’est éteint, aux yeux de la Chine, Liu Xiaobo ne restera qu’un simple criminel.

Or, à l’annonce de son décès, la Chine a dû essuyer une pluie de critiques.

Ainsi, pour le comité Nobel norvégien, la Chine porte « une lourde responsabilité » dans la mort « prématurée » de Liu Xiaobo en le privant de soins médicaux adaptés.

Nous trouvons profondément perturbant que Liu Xiaobo n’ait pas été transféré dans un établissement. Où il aurait pu recevoir un traitement médical adéquat avant que sa maladie n’entre en phase terminale.

A déclaré la présidente du comité, Berit Reiss-Andersen.

Tandis que l’Allemagne, qui a multiplié les appels à transférer le dissident chinois en Allemagne pour qu’il y soit soigné, a rendu hommage, par l’intermédiaire du ministre allemand de la Justice, à « un héros de la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme ».

Alors que les médias chinois se gardaient d’évoquer la mort du dissident, dont le nom reste tabou dans son pays, le gouvernement de Xi Jinping a rejeté vendredi le flot d’attaques venu des pays étrangers.

Plusieurs voix, dont l’Union européenne et les Etats-Unis, appellent désormais le régime communiste à libérer la veuve du prix Nobel, la poétesse Liu Xia.

Publié le vendredi 14 juillet 2017 à 9:03, modifications vendredi 14 juillet 2017 à 8:35

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