Monde

La Colombie et les Farc signent un accord de paix historique

Après plus de 50 ans de combats sanglants, le président colombien, Juan Manuel Santos, et le chef des Farc, Rodrigo Londoño, ont ratifié un traité de paix.

La Colombie vient de vivre un moment historique. En effet, un accord de paix vient d’être conclu pour mettre fin à un conflit armé qui dure depuis plus de 52 ans (le plus ancien d’Amérique latine).

Le traité a été signé par deux hommes qui ont fait de la paix leur priorité dans le pays. Le président colombien, Juan Manuel Santos et le commandant en chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), Rodrigo Londoño, plus connu sous ses noms de guerre de Timoleon Jimenez et de Timochenko ont, tous deux, validé cet accord de 297 pages ce lundi 26 septembre, lors d’une cérémonie solennelle à Carthagène des Indes (au bord de la mer des Caraïbes au nord de la Colombie).

Tous deux vêtus symboliquement de blanc, ils ont réaffirmé leur volonté de paix face aux 2.500 invités, dont 250 victimes du conflit (personnes enlevées ou blessées, proches).

Convié à parler en premier, Timochenko a salué :

Une nouvelle ère de réconciliation et de construction de la paix.

Pour la première fois, il a demandé :

Pardon toutes les victimes du conflit.

Le chef de l’Etat, Juan Manuel Santos, a scandé à son tour :

Plus de guerre ! Plus de guerre ! Plus de morts pour une guerre absurde.

En ajoutant que cet accord allait permettre au Farc de se convertir en parti politique.

Bienvenue dans la démocratie !

Leur a-t-il souhaité, en réaffirmant préférer

Un accord imparfait, qui sauve des vies, à une guerre parfaite ».

Quinze chefs d’État latino-américains ont assisté à cette cérémonie inédite, à commencer par le Cubain Raul Castro, dont le pays avait accueilli les négociations ayant abouti le 24 août à cet accord avec les Farc.

De façon symbolique, le président colombien a signé l’accord avec un « baligrafo », stylo fabriqué avec une balle du conflit.

Puis, il a offert à Timochenko une broche représentant une colombe blanche, avec dans son bec un rameau d’olivier et un ruban aux couleurs jaune, bleu, rouge du drapeau colombien.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, était également présent :

De son côté, l’Union européenne a suspendu les Farc de sa liste des organisations terroristes après la signature officielle de l’accord de paix.

Les Farc sont nées d’un puissant mouvement paysan dont l’objectif était d’obtenir des réformes agraires significatives.

Des milices d’autodéfense paysannes proches du parti communiste se regroupent pour donner naissance aux Farc de mouvance marxiste, en 1964. Si les Farc se finançaient au départ par un « impôt révolutionnaire » prélevé sur le bétail,  celui-ci a ensuite été remplacé par une taxe plus lucrative sur la cocaïne et le trafic des enlèvements contre rançons, à partir des années 1980.

Les guérilleros ont disposé, au plus fort de leur lutte, de quelque vingt mille combattants. On considère que le conflit armé a fait plus de 260 000 morts, 45 000 disparus et environ 6 900 000 déplacés.

Au fil des décennies, il a impliqué différentes guérillas d’extrême gauche, dont l’Armée de libération nationale (ELN – Ejército de Liberación Nacional, guévariste), encore active avec quinze cents combattants, des milices paramilitaires d’extrême droite et les forces armées.

En 2002, la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, candidate à la présidentielle, a été enlevée. Elle avait rejoint la liste de 59 otages politiques et 800 otages civils des FARC. Elle n’a été libérée qu’après six années de détention.

A l’annonce de cet accord historique, elle a exprimé son « très grand soulagement » et salué « la fin d’un cauchemar ».

Heureusement c’est fini !

A-t-elle déclaré par téléphone depuis la France.

La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) a pour sa part appelé à l’instauration

de l’équité et de la justice qui restent à bâtir en Colombie ».

L’organisation a insisté sur le fait que la paix ne pourra pas être totale tant que l’Armée de libération nationale n’aura pas aussi dit adieu aux armes.

Si la majorité des Colombiens ont salué ce traité de paix, beaucoup se demandent comment les anciens rebelles s’intégreront à la société.

Ainsi, l’accord doit encore être ratifié par un référendum des Colombiens, qui aura lieu dimanche 2 octobre. Toutefois, les sondages laissent penser qu’il sera entériné sans difficulté.

Publié le mardi 27 septembre 2016 à 13:03, modifications mardi 27 septembre 2016 à 11:39

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