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Chine : Xi Jinping peut désormais être président à vie

Le Parlement chinois a aboli la limitation du nombre de mandats présidentiels. Xi Jinping peut donc se maintenir à la tête de l’Etat.

Le Parlement chinois a validé sans surprise, dimanche 11 mars, l’abolition de la limite des mandats présidentiels. Ainsi, il offre la possibilité à Xi Jinping, 64 ans, de se maintenir à la tête de l’Etat après le terme prévu de 2023.

Seuls trois abstentionnistes

Ainsi, par 2.958 voix pour, deux contre et trois abstentions, les députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) ont plébiscité un changement de la constitution. Celle-ci limitait notamment les mandats présidentiels à deux fois cinq ans. En outre, l’amendement fait aussi entrer « la pensée Xi Jinping » dans la Constitution. Ainsi que « le rôle dirigeant » du Parti communiste chinois (PCC) dans son article premier. La limite de deux mandats avait été imposée dans la Constitution de 1982 par l’homme fort de l’époque, Deng Xiaoping. Celui-ci souhaitait éviter un retour au régime dictatorial de Mao Tsé-Toung.

Or, cette nouvelle avancée illustre une concentration du pouvoir comme aucun des prédécesseurs de Xi Jinping ne l’avait fait depuis l’ère de Mao Tsé-toung (1949-1976). En effet, l’ambition du président chinois de se maintenir à la tête de l’État est sans doute l’événement le plus inattendu en près de trois décennies au sein d’un régime politique chinois. Annoncé il y a tout juste deux semaines, ce projet de loi a stupéfié une partie de l’opinion publique. Toutefois, si les critiques qui ont émergé sur les réseaux sociaux ont été nombreuses, elles ont été très rapidement balayées par les censeurs.

Quarante-deux ans plus tard, à l’ère de l’Internet et de la mondialisation, un nouveau Grand Leader, un nouveau tyran à la Mao se lève à nouveau sur la Chine.

A aussitôt dénoncé le dissident Hu Jia, interrogé au téléphone par l’AFP. Il se trouve dans le sud du pays. Les autorités l’ont mené à l’écart de Pékin en « vacances forcées » à l’occasion de la session plénière annuelle de l’ANP.

Le président de tout

Depuis son arrivée à la tête de l’Etat début 2013, Xi Jinping a accru l’autorité du régime. Et ce, à grands renforts de propagande et d’une omniprésence dans les médias d’Etat. Fort de la « grande renaissance de la nation chinoise », il entend à imposer à l’Occident « la revanche d’une superpuissance moderne et respectée » à l’horizon 2050.

Pour le spécialiste de la politique chinoise Willy Lam, de l’Université chinoise de Hong Kong, Xi Jinping ne fait aucune concession aux libertés individuelles. En effet, une loi réprime sévèrement la dissidence sur internet. Par ailleurs, des défenseurs des droits de l’homme ont été condamnés à de lourdes peines. Le militant démocrate et prix Nobel de la Paix en 2010, Liu Xiaobo, est mort en détention malgré les appels à la clémence venus de l’étranger.

Ainsi, Xi Jinping est parfois surnommé « le Président de tout » pour sa capacité à empiler casquettes et titres honorifiques. En effet, le président chinois est :

  • Secrétaire général du Parti communiste. C’est le poste le plus important en Chine. Le rôle dirigeant du Parti communiste chinois (PCC) est inscrit dans la Constitution.
  • Président de la République populaire. Ce poste largement symbolique donne au numéro un chinois un rang protocolaire équivalent à celui des chefs d’Etat étrangers.
  • Président de la Commission militaire centrale. Xi Jinping contrôle par ce poste les armées chinoises depuis 2012.
  • Président de groupes de travail. Xi Jinping a pris directement sous ses ordres la direction de plusieurs groupes de travail consacrés à des domaines habituellement réservés au gouvernement : sécurité nationale et cyberespace, économie et finances, pilotage des réformes…
Publié le dimanche 11 mars 2018 à 13:08, modifications dimanche 11 mars 2018 à 12:11

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