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Catalogne : les enjeux du scrutin à deux jours du vote historique sur l’indépendance

L’exécutif catalan semble être déterminé à aller jusqu’au bout. Le référendum sur l’indépendance de la région, pourtant déclaré illégal par le gouvernement espagnol, sera bien organisé ce dimanche 1er octobre. Les tensions sont vives entre Madrid et Barcelone.

STORY - Episode 16/30

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La journée du dimanche 01er octobre 2017 s’annonce historique en Espagne. La Catalogne pourrait proclamer son indépendance dès lundi, à l’issue du référendum, déclaré illégal par les autorités espagnoles à Madrid.

Les raisons de la colère du peuple catalan

En 2006, le parlement catalan et espagnol avaient trouvé un accord sur un nouveau statut d’autonomie de la Catalogne afin de remplacer celui de 1979. En 2010, le Tribunal constitutionnel avait malheureusement invalidé 14 des 223 articles du nouveau statut. Les juges refusaient que l’expression de « nation catalane » soit inscrite et s’opposaient à ce que le catalan devienne la langue de référence de l’administration. Cette décision a été vécue par beaucoup de Catalans comme une humiliation. Les revendications pour un « droit à décider » ont donc commencé à germer et à se multiplier. L’idée d’un référendum s’est ainsi progressivement imposée dans l’opinion publique. Le jour de la fête nationale catalane, le 11 septembre, se transforme depuis en grandes manifestations pour l’indépendance.

Un référendum similaire avait déjà été organisé

En 2014, un référendum symbolique avait été organisé en Catalogne. Les deux millions de votants s’étaient prononcé à 80,7% pour l’indépendance. Dès 2015, les élections au parlement de Catalogne placent largement en tête une coalition indépendantiste. Ils ne sont en revanche pas parvenus à obtenir la majorité absolue.

La mise en place du référendum qui fait couler beaucoup d’encre

Carles Puigdemont, devenu président de la région au début de l’année 2016, a annoncé en juin 2017 l’organisation d’un référendum d’autodétermination pour le 1er octobre. Madrid a malheureusement prévenu que le référendum ne se tiendrait pas. Afin de pouvoir organiser un vote d’auto-détermination, les indépendantistes constituent alors le Pacte national pour le référendum. Le 7 septembre dernier, le Tribunal constitutionnel a invalidé la loi votée la veille par le parlement catalan approuvant la tenue du référendum le 1er octobre. Le bras de fer entre les indépendantistes et le gouvernement espagnol a alors véritablement débuté. Les autorités espagnoles estiment que le vote d’autodétermination est illégal.

Les arguments du gouvernement espagnol face à la fronde des Catalans

Madrid justifie son opposition par « l’inexistence de la souveraineté du peuple catalan ». Selon les autorités espagnoles, la loi de référendum viole huit articles de la Constitution. L’article 2 est notamment bafoué. Il entérine le principe d’« unité indissoluble de la nation espagnole ». La Cour constitutionnelle a donc prévenu les dirigeants et les fonctionnaires catalans. Ils ne peuvent pas coopérer à l’organisation du « scrutin illégal » du 1er octobre.

Les mesures de rétorsion et la répression féroce des autorités espagnoles

Le pouvoir espagnol a multiplié les pressions et les mesures drastiques à l’encontre du vote de dimanche. Face à l’entêtement de Barcelone, les autorités espagnoles ont pris un grand nombre de mesures dissuasives et d’intimidations selon des informations du Monde. Quatorze hauts responsables du gouvernement régional ont été arrêtés par la police. Des affiches en faveur du référendum et de l’indépendance ont été saisies dans des imprimeries. Les forces de l’ordre ont également décidé de saisir, les 19 et 20 septembre dernier, la quasi-totalité des 10 millions de bulletins de vote. Les convocations qui devaient être adressées à environ 45 000 assesseurs ont aussi été retirées.  La Cour constitutionnelle espagnole a annoncé, le 21 septembre, avoir infligé des amendes de 6 000 euros à 12 000 euros par jour à 24 organisateurs du référendum, « jusqu’à ce qu’ils respectent les résolutions » de la justice. Les comptes du gouvernement catalan ont également été mis sous tutelle par le ministère du budget.

Madrid devrait également envoyer des renforts de la police nationale et de la Guardia civil. Ces forces seront prêtes à intervenir si « le référendum illégal était maintenu ». Les sanctions annoncées et les décisions prises par Madrid menacent fortement le bon déroulement du scrutin.

Un vote sous tension à l’issue incertaine

Des solutions de secours sont envisagées pour le bon déroulement du référendum. Les Catalans pourraient imprimer leur propre bulletin. Des hôpitaux pourraient même être réquisitionnés comme bureaux de vote. La majorité des Catalans risque malheureusement de ne pas se déplacer aux urnes au regard du contexte tendu et défavorable. Selon un sondage commandé par le gouvernement régional en juillet, les Catalans restent divisés sur l’indépendance de leur région. D’après ces chiffres, 49,4 % sont contre la sécession et 41,1 % se montrent favorables à l’indépendance. Le souhait des Catalans de pouvoir s’exprimer sur l’autodétermination est pourtant très clair. Plus de 70 % souhaitent un référendum en bonne et due forme selon de nombreux sondages. La multiplication des mesures drastiques prises par Madrid a contribué à renforcer cette volonté du vote.

Les conséquences du référendum de dimanche

Le taux de participation et le résultat du vote seront scrutés avec attention à travers le monde entier. En cas d’échec, le Parlement catalan pourrait être dissous. Des élections anticipées devraient alors intervenir dans un cadre plus apaisé. En cas d’un triomphe du oui, la Catalogne pourrait alors déclarer son indépendance de manière unilatérale. D’intenses négociations débuteront entre Madrid et Barcelone sur l’avenir des décisions politiques, économiques, financières, juridiques et civiques. Barcelone voudrait notamment pouvoir prélever directement la totalité des impôts payés sur son sol et en reverser une partie à Madrid. Les autorités espagnoles tentent de ramener Barcelone à la raison. La Catalogne indépendante ne ferait plus partie de l’Espagne. Elle devrait alors négocier son entrée dans l’Union Européenne. Les principales équipes sportives comme le FC Barcelone seraient également exclues du championnat espagnol.

Les spécificités de la Catalogne

Selon des informations du Figaro, la Catalogne réalise un tiers des exportations espagnoles. La Catalogne est également l’une des régions les plus riches avec un PIB par habitant de 28 000 euros. Ce chiffre est d’ailleurs supérieur à la moyenne européenne (26 000 euros). Celui de l’Espagne serait même moindre, à 23 000 euros. L’activité de la Catalogne est diversifiée. Ses principaux atouts sont le tourisme, le secteur bancaire, l’industrie automobile et les grands groupes pharmaceutiques. La Catalogne est malheureusement l’une des régions les plus endettées de l’Espagne.

La Catalogne est une communauté autonome. La région dispose donc de son propre Parlement, de son propre gouvernement, de sa propre police. La Catalogne se charge également elle-même des questions d’éducation, de santé, de sécurité et des services sociaux. Le castillan et le catalan sont ses deux langues officielles. A l’école, les cours sont dispensés en catalan. En revanche, la région n’est pas compétente sur les questions de défense, de relations internationales et de fiscalité.

Le vote va donc se dérouler dimanche dans un climat de tensions entre les indépendantistes et le gouvernement espagnol. Le président de la région, Carles Puigdemont, a réaffirmé jeudi qu’il ira « jusqu’au bout ». L’avenir de l’Espagne et de la Catalogne est entre les mains des électeurs. Ce référendum pourrait faire basculer l’Europe dans une nouvelle crise après le Brexit. D’autres régions pourraient être tentées de suivre l’exemple des Catalans. Les Corses, les Bretons ou les Basques en France vont suivre le vote de dimanche avec beaucoup de curiosité.

Publié le vendredi 29 septembre 2017 à 16:46, modifications mercredi 11 octobre 2017 à 9:56

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