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11 septembre 2001 : Un document clé bientôt déclassifié ?

C’est un document de 28 pages, classé « top secret » et précieusement conservé dans un coffre au sous-sol du Capitole, que le gouvernement américain s’apprêterait à déclassifier. En ligne de mire dans ce dossier ultrasensible : l’Arabie Saoudite, qui assure de son côté que rien ne puisse l’accuser en cas de déclassification.

Voilà plusieurs années que les relations entre l’Amérique et la monarchie pétrolière sunnite connaissent un refroidissement certain, notamment depuis l’apaisement des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran. Et ce n’est pas la visite de Barack Obama à Ryad, en avril dernier, qui a permis une amélioration des choses.

Mais au-delà de la diplomatie de façade, c’est aussi sur son douloureux passé récent que le pays de l’Oncle Sam nourrit sa méfiance envers son allié depuis 1945. En cause : un document de 28 pages dans lequel figurerait divers éléments relatant de l’implication potentielle de l’Arabie Saoudite dans les attentats historiques du 11 septembre 2001.

Un an après la tragédie, en décembre 2002, les commissions sur le Renseignement de la Chambre des représentants et du Sénat rédigent un rapport d’enquête duquel George W. Bush, président en exercice à l’époque, expurge 28 pages dont il ordonne la classification. La raison ? Afin de protéger les méthodes et les sources du Renseignement américain. Officiellement, du moins ! Depuis, le document repose dans un coffre, au sous-sol du Capitole.

Seulement voilà… Il y a un mois, Bob Graham, ancien vice-président de la commission sénatoriale et ex-sénateur de Floride, a de nouveau réclamé la publication de ces quelques pages, accusant au passage des responsables saoudiens, plus particulièrement des cadres de l’ambassade d’Arabie Saoudite à Washington de l’époque, ainsi que certains membres du consulat en Californie, d’avoir soutenu financièrement les pirates de l’air du 11 septembre. Rappelons que 15 des 19 terroristes étaient saoudiens.

Lavée de tout soupçon lors de la publication, en juillet 2004, d’un autre document officiel faisant autorité : le rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis, la monarchie pétrolière se retrouve à nouveau dans le viseur, ce qui n’est pas pour inquiéter Abel Al-Jubeir, l’actuel ministre saoudien des Affaires étrangères, comme il l’a déclaré la semaine dernière à Genève :

Notre position depuis que le premier rapport est sorti en 2002 est de “publier ces pages”. Nous savons, grâce à de hauts responsables américains, que les accusations contenues dans ces 28 pages ne tiennent pas face à l’examen des faits. Alors, oui, qu’elles soient rendues publiques.

Mais malgré la sérénité apparente du diplomate saoudien, que pourrait bien révéler le document en question ? Bien que les rumeurs aillent bon train sur le sujet, plusieurs pistes jugées sérieuses pourraient voir le jour. Ainsi, la princesse Haïfa al-Fayçal, épouse de l’ambassadeur saoudien de l’époque, pourrait être accusée dans ce dossier d’avoir fait parvenir de l’argent, via un diplomate saoudien à San Diego, à Nawaf al-Hazmi et Khalid al-Mihdhar, les deux premiers terroristes arrivés sur le sol américain en 2000. Une théorie balayée par la Commission du 11 septembre qui, à l’époque, n’avait trouvé « aucune preuve que la princesse saoudienne ait apporté des fonds au complot, que ce soit directement ou indirectement ».

D’autres pistes circulent, à l’instar de l’accusation d’Omar al-Bayoumi, un responsable saoudien de l’aviation civile installé en Californie, qui se serait étroitement lié à Nawaf al-Hazmi et Khalid al-Mihdhar. Interpellé en Angleterre quelques jours après les attentats, il avait été relâché sans aucune poursuite après avoir été interrogé par les autorités américaines et britanniques. Une piste également blanchie par la Commission du 11 septembre.

Déclassifier ces 28 pages repose sur une décision, celle de Barack Obama. Mais à quelques mois des présidentielles, il est sans doute peu probable qu’un tel décret voit le jour et que ce soit probablement le successeur de l’actuel président américain qui hérite de cette décision ô combien délicate.

Publié le vendredi 13 mai 2016 à 12:08, modifications dimanche 20 novembre 2016 à 1:25

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