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Macron plaide pour une régulation partagée de l’internet

Emmanuel Macron a plaidé lundi pour une régulation d’internet négociée entre Etats et acteurs privés, pour éviter au réseau mondial de mourir de ses propres excès.

Ouvrant à Paris le Forum sur la gouvernance de l’internet, le président de la République a appelé à trouver une voie entre “l’internet californien”, dominé par de grands acteurs “qui ne sont pas démocratiquement élus”, et “l’internet à la chinoise, avec un gouvernement qui contrôle” dans le cadre d’un système “hégémonique”.

Pour chercher cette voie intermédiaire, la France va notamment mener une expérimentation avec Facebook sur la question des contenus haineux, l’utilisation des réseaux sociaux pour propager la haine et attiser la violence, a annoncé M. Macron.

Pendant six mois, Facebook va ouvrir ses portes à un groupe d’une demi-douzaine de fonctionnaires français, qui vont aller regarder de près comment le géant américain filtre les contenus haineux.

Ces experts “auront pour mission avec les experts de la plateforme de faire des recommandations conjointes précises, concrètes sur la lutte contre les contenus haineux et offensifs”, a indiqué le président de la République.

“Les très grandes plateformes (internet) ne peuvent pas être exonérées de toute responsabilité”, a-t-il estimé.

Le géant américain a indiqué de son côté que le groupe d’experts français se rendrait “sur différents sites de Facebook autour du monde, dont probablement Dublin et la Californie”.

“Le meilleur moyen de s’assurer qu’une régulation est intelligente et fonctionne (…) est que les gouvernements, les régulateurs et les entreprises travaillent ensemble”, a indiqué Nick Clegg, le nouveau directeur mondial des affaires publiques de Facebook.

Le président de la République a aussi présenté un “appel de Paris” signé par 370 Etats, ONG ou entreprises, pour la sécurité du cyberespace, frappé ces dernières années par des attaques informatiques particulièrement massives.

La Chine, la Russie et le gouvernement fédéral américain ne l’ont pas signé, mais “une masse critique” d’acteurs américains comme Microsoft l’ont paraphé, a indiqué l’Elysée.

“Tiers de confiance”

Emmanuel Macron, Audrey Azoulay, directice générale de l'Unesco et le secrétaire général des Nations Unies Antonio Gutteres lors de l'ouverture du Forum sur la gouvernance de l'internet à l'Unesco à Paris le 12 novembre 2018

(credit photo POOL/AFP) Emmanuel Macron, Audrey Azoulay, directice générale de l’Unesco et le secrétaire général des Nations Unies Antonio Gutteres lors de l’ouverture du Forum sur la gouvernance de l’internet à l’Unesco à Paris le 12 novembre 2018

L’appel vise à relancer des discussions sur un code international de bonne conduite sur internet.

Celles-ci sont au point mort depuis 2017, lorsqu’un groupe d’experts mis en place à l’ONU s’est séparé sur un constat d’échec, du fait des divergences entre les grandes puissances de la planète.

“Cet +appel de Paris+ est un vrai tournant dans la façon d’affronter les problèmes de cybersécurité dans le monde”, a déclaré Brad Smith, président de Microsoft.

“Le seul moyen de protéger la cybersécurité dans l’avenir est que tout le monde travaille ensemble, les gouvernements, le secteur des technologies et la société civile”, a-t-il estimé à Paris, lors d’une rencontre dimanche avec des journalistes.

Le président de la République, dont les relations avec la presse sont parfois conflictuelles, a aussi souligné le rôle important des médias et des journalistes dans le nouveau monde de l’information numérique.

“J’ai vu de nouveaux mécanismes qui avec l’aide de l’intelligence artificielle permettent de totalement falsifier un discours ou une trace de prononcé”, a indiqué M. Macron.

“Il nous faut des tiers de confiance, il nous faut travailler sur le statut de la preuve, du fait, de la vérité et consolider les tiers de confiance démocratiques que sont en particulier les journalistes”, a indiqué M. Macron.

Les signataires de l’appel de Paris se déclarent notamment “résolus à agir de concert” pour empêcher les cyberactivités malveillantes “qui causent des dommages importants, sans discernement ou systémiques”.

Ils s’engagent à développer les capacités pour “empêcher des acteurs étrangers de perturber des processus électoraux”.

Ils promettent également d’empêcher des acteurs privés de répliquer aux attaques informatiques par d’autres attaques informatiques, au risque de provoquer un embrasement général.

“Il faut des accords pour éviter la guerre numérique qui serait catastrophique”, a souligné lundi le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, en faisant le parallèle avec les armes nucléaires.

Publié le lundi 12 novembre 2018 à 20:10, modifications lundi 12 novembre 2018 à 20:10

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