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Luc Besson : Sand Van Roy sort de son silence et livre son récit de deux ans de violences de la part du réalisateur

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Après avoir déposé plainte en mai 2018 contre Luc Besson pour viol, l’actrice Sand Van Roy est revenue pour franceinfo et BFMTV sur “une nuit horrible”, et deux ans d'”emprise” et de violences sexuelles que lui aurait fait subir le fondateur d’EuropaCorp.

L’actrice Sand Van Roy, qui fait partie des femmes qui accusent le réalisateur Luc Besson de viol et d’agressions sexuelles, sort de son silence. La jeune femme âgée de 27 ans avait déposé plainte le 18 mai dernier à la suite d’une nuit où elle dit avoir été violée par le cinéaste qui l’aurait agressée dans sa chambre de l’hôtel parisien le Bristol.

Une première plainte en mai et une version lacunaire

Dans la première version de son témoignage, l’actrice disait avoir peu de souvenirs concrets de cette soirée, durant laquelle elle affirme avoir bu une tasse de thé avant de s’être sentie mal et d’avoir perdu connaissance. Ce n’est qu’en s’éveillant seule quelques heures plus tard, trouvant une « liasse de billets », qu’elle se serait souvenue : « À son réveil, en fin de soirée, lui seraient revenus en mémoire des attouchements et pénétrations » écrivaient en mai les journalistes d’Europe 1. La réaction de l’accusé ne s’était pas faite attendre. Luc Besson a formellement nié les faits, disant être « tombé de sa chaise » en apprenant la nouvelle, tout en reconnaissant qu’il fréquentait « épisodiquement » Sand Van Roy depuis plusieurs années.

Un récit détaillé pour franceinfo

La comédienne d’origine belgo-néerlandaise s’était ensuite confiée une première fois le 13 juillet au micro de franceinfo, en présence de son avocate. Ce second récit intervient après que la jeune femme ait livré un témoignage à Mediapart au côté de trois autres plaignantes dans le cadre d’une enquête du média parue le 9 juillet sur les potentielles victimes d’abus sexuels de la part du réalisateur de Léon et du Grand bleu.

Selon ses dires, la jeune actrice et mannequin qui se trouvait à Cannes pour le Festival le 17 mai aurait été priée de rejoindre Luc Besson à Paris afin de s’entretenir avec lui au sujet de son prochain film, Anna, auquel elle a participé et dont la sortie est prévue pour 2019. Sand Van Roy s’exécute, quittant la Croisette dans la soirée pour la capitale : « Je suis rentrée car j’avais l’ordre de rentrer, pas parce que j’avais envie de le voir », confiera t-elle. L’actrice se rend dans la suite du producteur, pour y consommer « un verre de vodka » au bar, avant de prendre un thé en sa compagnie pour discuter, comme elle en avait l’habitude. Au sujet d’Anna, Besson lui aurait fait comprendre qu’elle était « bien » mais que « le film est toujours au montage », et donc que ses scènes pouvaient encore être coupées.

“Une nuit horrible”

La seconde partie de ses déclarations se fait moins précise. D’après la jeune femme, elle aurait perdu conscience et chuté « dans la salle de bain », mais elle réfute le fait qu’on l’ait droguée : « J’ai porté plainte contre lui pour m’avoir violée, pas pour m’avoir droguée. » a t-elle précisé, en référence aux informations relayées par la presse suite à sa plainte. Les analyses toxicologiques pratiquées s’étaient révélées négatives. En revanche, la victime présumée maintient qu’elle a perdu connaissance au moins à deux reprises et qu’elle a reçu « un coup dans le dos sans savoir d’où il provenait ». franceinfo affirme avoir consulté des clichés conservés sur le portable de l’interprète montrant un bleu sur son œil et « trois marques rondes » sur son dos. S’en serait suivie d’après la jeune comédienne « une nuit horrible », durant laquelle elle aurait subi « des actes sexuels non désirés » de la part de Luc Besson. Un comportement qu’elle qualifie de « violent » et qui n’avait jamais été « aussi agressif ».

Un “système d’emprise” et “un rapport père-fille” toxique

Car depuis sa première déposition, Sand Van Roy a davantage détaillé son « lien professionnel », avec le réalisateur qu’elle a rencontré en 2015 sur le tournage du film Valerian et la cité des mille planètes. Durant deux ans, elle aurait été sous l’« emprise » affective et professionnelle de Luc Besson, comme l’indique son avocate Maître Carine Durrieu-Diebolt. Des rapports qui seraient allés jusqu’à la rendre vulnérable et apeurée. L’avocate décrit une période de « mise en confiance » où l’ex-compagnon de Maïwenn et d’Anne Parillaud aurait installé un « rapport père-fille » avec la jeune artiste, la complimentant sur « son jeu d’actrice », « son humour » et son talent pour l’écriture. Une première étape suivie de « critiques » émises sur « sa façon de s’habiller », sa voix jugée trop grave, sa silhouette, « Comme il est tactile, il me pinçait le gras (du ventre) […] puis il me faisait un câlin. », s’est souvenu l’actrice pour franceinfo.

Pour son rôle dans le film Taxi 5 (2018), elle aurait accepté de se faire teindre les cheveux en blond à sa demande, mais aurait eu l’interdiction de redevenir brune après le tournage.

Luc fait comprendre que si on veut garder le rôle, il vaut mieux accepter ce qu’il t’impose. (…) J’étais son objet, sa marionnette.

Affirme la jeune femme qui décrit une véritable « dépendance », se sentant redevable pour les opportunités professionnelles que lui offrait le cinéaste.

Des actes sexuels “humiliants” et plusieurs viols

Outre cette « dette » et son isolement, l’éloignant de son agence artistique et de ses amis, Sand Van Roy a réalisé le 6 juillet dernier un « complément de plainte », dans lequel elle revient sur d’autres agressions sexuelles « violentes », et deux viols « dans son sommeil », survenus entre mars 2016 et mai 2018, comme elle l’a confirmé à Mediapart. Des « humiliations » répétées, qui l’auraient un jour fait « vomir », selon son avocate.

Comme elle l’a répété à BFMTV ce mercredi, l’actrice aurait clairement « montré (son) dégoût » à son agresseur présumé, se montrant réticente aux actes qu’il lui assénait :

J’ai dit ‘arrête’, je lui ai dit clair et net. C’est pas juste ‘non’, c’est aussi pleurer, c’est aussi vomir. Il m’a imposé des actes sexuels très humiliants. J’ai montré le dégoût, j’ai montré que je n’en avais pas envie. C’est aussi un ‘non’.

A t-elle insisté au micro de la chaîne d’information.

“Présumée menteuse”, Sand Van Roy souhaite “aller au bout”

Justifiant son silence par la peur de nuire à sa carrière, la comédienne se dit à présent soulagée d’avoir parlé bien qu’elle ait perdu beaucoup de ses relations liées au monde du cinéma depuis le 18 mai. La jeune femme dit s’être fait insulter et déplore d’être considérée depuis comme « une présumée menteuse ».

Comment peuvent-ils imaginer que je mente ? […] Je me tire une balle dans le pied.

Se demande la jeune plaignante, dont l’avocate assure qu’elle n’y « gagne rien » et que cette affaire « la pénalise professionnellement. ».

Sa plainte rejoint deux autres témoignages rendus publics au début du mois par l’enquête de Mediapart. Des femmes ayant collaboré professionnellement avec Luc Besson, dont son ex-chargée de castings qui l’accuse également d’agressions à caractère sexuel.

De son côté, Luc Besson persiste à nier en bloc les faits rapportés sans plus de commentaires, comme le confirme son avocat Maître Thierry Marembert, qui qualifie ces accusations de « fantaisistes ».

Sand Van Roy a confirmé à franceinfo vouloir « aller au bout de cette procédure, car il faut que ça s’arrête ». Un dossier jugé « difficile » par son caractère « intime » selon Carine Durrieu-Diebolt, qui estime néanmoins que :

[…] Le fait qu’il y ait plusieurs victimes constitue un faisceau d’indices […] Cela prouve que ce n’est pas l’acte vengeur d’une seule victime mais le mode opératoire d’un agresseur qui est en cause.

Conclut l’avocate.

Publié le jeudi 19 juillet 2018 à 16:02, modifications jeudi 19 juillet 2018 à 14:46

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