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L’émouvant témoignage du père d’un terroriste du Bataclan

En novembre 2015, Samy Amimour pénétrait dans le Bataclan avec deux autres complices, armés de Kalachnikov. Aujourd’hui, le père du jeune terroriste sort du silence et témoigne à coeur ouvert sur le pire épisode de sa vie. Entre confessions et émotions profondes, Azzedine Amimour nous en dévoile davantage sur celui qui est tombé dans la radicalisation en un éclair…

Le 15 novembre 2015, plusieurs terroristes entraient dans le Bataclan et ouvraient le feu sur la foule. Bilan : 130 morts et des dizaines de blessés. Parmi les assaillants se trouvait Samy Amimour, un jeune ayant cédé aux appels de l’Etat islamique et de son idéologie sanglante. Invité de l’émission hollandaise RTL Late Night, jeudi 12 janvier, Azzedine Amimour, le père du terroriste, est revenu sans concessions sur celui qu’il qualifie comme quelqu’un de hautement « influençable ».

Ainsi, au cours de l’entretien, Azzedine Amimour confie :

Je n’ai jamais eu de problèmes avec lui. C’était un garçon normal.

Avant de poursuivre et de livrer de plus amples détails sur les conditions de la radicalisation de son fils :

Sa radicalisation a commencé quand il a rencontré un voisin, que moi-même j’ai rencontré. Il était venu me parler d’islam. Je lui ai dit que je connaissais ça mieux que lui. Il était ensuite allé voir ma femme qui a eu la même réaction. Puis il a rencontré Samy, qui est le type gentil, qui aime rendre service, qui aime écouter … Et donc il est influençable. Et puis après, c’est la montée… Il y a plusieurs facteurs qui entrent en compte.

Selon le papa du terroriste, ce sont avant tout les mauvaises fréquentations qui ont contribué au « retournement idéologique » de son enfant. Et pour cause, Azzedine Amimour affirme :

Ils étaient trois copains et l’un de ces copains avait hébergé une personne qui était fichée par la police. Un jour, la police s’est présentée à 7h du matin au domicile de ces trois copains. J’étais là quand ils ont ramené Samy. Ils ont cassé la porte, cela n’a pas été fait d’une manière douce mais je le comprends. C’était la première fois, avant le Bataclan, qu’il a commencé à se radicaliser. En sortant, je l’ai regardé et il m’a regardé. Je lui ai dit: “Samy, qu’est-ce qui se passe?” Il m’a dit: “Papa, je n’ai rien fait”. Et puis j’ai vu son regard, car ma femme et moi étions menottés dos-à-dos. Ça l’a travaillé.

RADICALISÉ EN PRISON

Visant à briser les idées reçues selon lesquelles la radicalisation des individus ne prendrait forme qu’à la mosquée, le père du jeune assaillant persiste à croire que, dans le cas de son fils, c’est avant tout la prison qui a été l’élément déclencheur de son parcours sanglant :

Quand il est sorti, il ne voyait pas les choses de la même façon. La radicalisation ne commence pas qu’à la mosquée.

Puis d’ajouter :

J’ai essayé de lui parler mais ce n’est pas facile. Il ne faut pas le brusquer en lui disant: “Ce n’est pas bien ce que tu fais”. Il ne faut pas crier. Ça ne marche pas cette méthode! Au départ, il voulait partir en Afghanistan. Je l’ai écouté. J’ai essayé de lui expliquer que j’ai voyagé à travers le monde, que je connaissais le monde et que l’Afghanistan n’allait rien lui apporter. Il voulait apprendre l’arabe et la religion. Je lui ai expliqué qu’en Afghanistan on ne parlait pas arabe… Après, il a changé d’avis mais il était complètement instable. Il voulait partir au Yémen. Petit-à-petit, j’ai réussi à l’orienter vers l’Égypte. J’étais content car c’est un pays que je connais.

« J’AI TOUT ESSAYÉ »

Pour tenter de rattraper la situation, Azzedine Amimour ira même jusqu’à voyager avec son fils. Et c’est au cours d’un séjour à Dubaï que l’homme a pu constater du niveau d’endoctrinement de Samy :

Je l’ai ramené à Dubaï car je me suis dit que là-bas, il allait changer complètement. (…) Nous étions dans un hôtel cinq étoiles. Mais il était déjà très imprégné par les images qu’il voyait à la télévision. Au petit déjeuner, il ne prenait qu’un jus d’orange. Il me disait qu’il y avait des gens qui ne mangeaient pas. Vous voyez dans quel état d’esprit il se trouvait… J’ai tout essayé. Je vais vous dire une chose: cela peut arriver à n’importe qui.

« COMME NOUS, C’EST UNE VICTIME »

Présents sur le plateau de l’émission, Bob et Ferry, deux victimes présentes au Bataclan, n’ont pas manqué un mot de l’émouvant témoignage fourni par Azzedine Amimour. Pour eux, c’est très simple : il n’y a aucune place pour la rancœur et la haine.

En effet, interrogé peu après le père du terroriste, Bob confie non sans émotion :

J’avais une petite idée de comment cet homme devait se sentir et cela s’est confirmé. Comme nous, c’est une victime. D’une autre manière, peut-être de plusieurs manières. Je voulais le rencontrer pour moi, mais aussi pour retirer quelque chose de positif ce qui est arrivé. Il y a déjà suffisamment de colère et de mauvaises choses actuellement. Si nous voulons trouver une solution ensemble de manière constructive, je veux y contribuer.

Puis à Ferry d’intervenir et d’ajouter :

Je veux dire à cet homme que je ne suis pas du tout en colère contre lui. Nous ne lui en voulons pas. C’est terrible pour un homme de voir son fils se radicaliser. Il a reçu une bonne éducation, il a fait des études et malgré ça, il arrive quelque chose comme ça. Je trouve ça chouette de pouvoir lui parler et surtout de pouvoir le lui dire. J’espère que nous allons encore pouvoir nous rencontrer.

Ayant pour projet d’écrire un ouvrage, Azzedine compte bien s’offrir l’aide d’autres personnes présentes lors de l’attaque du Bataclan. Ainsi conclut-il :

Je compte écrire un livre et peut-être qu’ils pourront m’aider. Ils ont vu les assaillants, ils ont vécu cela de l’autre côté.

Un témoignage poignant qui, malgré les circonstances, démontre que la division n’a pas pris le dessus sur le ressentiment et la haine.

Publié le vendredi 13 janvier 2017 à 16:01, modifications vendredi 13 janvier 2017 à 16:01

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