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Le Royaume-Uni présente un budget phagocyté par le Brexit

Le Royaume-Uni dévoile lundi un budget aux allures de casse-tête financier en pleine négociations incertaines sur le Brexit, un test à haut risque pour la contestée Première ministre Theresa May.

Le ministre des Finances Philip Hammond s’apprête à réaliser un savant numéro d’équilibriste quand il quittera le 11 Downing Street, sa traditionnelle mallette rouge en main, pour rejoindre le Parlement où il prendra la parole vers 14h30 GMT.

“Phil le comptable” doit déployer tout son talent pour fixer les prévisions économiques et les orientations budgétaires du gouvernement, sans connaître l’issue des négociations sur le Brexit prévu fin mars 2019, qui sont enlisées entre Londres et Bruxelles.

“J’ai choisi une approche équilibrée”, a-t-il prudemment déclaré dimanche. Son budget a été réalisé en partant de l’hypothèse d’une “sortie négociée” de l’UE, mais l’issue des négociations restant incertaine, le ministre se garde des marges de manoeuvre pour adapter son budget en cas d’absence d’accord entre Londres et Bruxelles.

La présentation du budget a été avancée de quelques semaines pour ne pas interférer avec les ultimes tractations pour trouver un accord et éviter un “no-deal” qui effraie les milieux d’affaires et pourrait fortement entraver la croissance britannique.

Dans le cas d’un “no deal”, il faudra “un nouveau budget”, a prévenu dimanche le ministre, et des “mesures fiscales appropriées pour protéger l’économie”.

M. Hammond s’est dit convaincu qu’un accord assurerait à son pays un “dividende du Brexit”, propre à donner un coup de pouce bienvenu à une croissance qui bat de l’aile depuis le référendum de 2016.

Le budget va prendre un tour d’autant plus politique que son vote au Parlement jeudi constituera un nouveau prétexte pour des députés remuants de s’opposer à la cheffe de l’exécutif conservateur. La stratégie de Theresa May sur le Brexit a divisé son camp, en particulier sur l’épineux dossier de la frontière irlandaise.

La boîte rouge où le Chancellor of the Exchequer britannique Philip Hammond transporte ses documents de travail, le 28 octobre 2018, à Londres

(credit photo POOL/Getty Images) La boîte rouge où le Chancellor of the Exchequer britannique Philip Hammond transporte ses documents de travail, le 28 octobre 2018, à Londres

La pression est donc forte sur les épaules du mesuré Philip Hammond, qui défend depuis des mois un Brexit “doux”, favorable aux entreprises, et le maintien de liens étroits avec l’UE.

Hausses d’impôts explosives ?

Sur le plan comptable, son budget se présente sous de bons augures puisque malgré le ralentissement de la croissance, les finances publiques sont en meilleure santé.

Le déficit public pour l’exercice 2018-2019 pourrait être bien inférieur au 1,8% du PIB prévu jusqu’à présent, ce qui permettrait de dégager une cagnotte de 13 milliards de livres (15 milliards d’euros), précieuse pour financer les dépenses supplémentaires promises par les conservateurs.

La route vers le Brexit

(credit photo AFP) La route vers le Brexit

Cette bonne nouvelle ne sera toutefois pas suffisante pour tirer d’affaire M. Hammond, qui doit trouver 20 milliards de livres par an pour couvrir des investissements dans le service public de santé (NHS). Il devra également compenser le coût de la poursuite du gel de la taxe sur les carburants et des mesures pour encourager la construction de logements sociaux.

Il a déjà prévu des baisses d’impôts de 900 millions de livres pour soutenir les commerces de centre-ville en pleine déconfiture.

M. Hammond a toutefois laissé entendre que d’autres impôts devraient augmenter, sans préciser jusque-là ses plans sur un sujet explosif pour les Britanniques, frappés par dix ans d’austérité. Seule l’idée d’une taxe sur les géants de l’internet a été avancée.

Le ministre est partagé entre deux engagements contradictoires de son gouvernement, à savoir retrouver l’équilibre budgétaire d’ici au milieu des années 2020, tout en desserrant progressivement les cordons de la Bourse comme le souhaite Theresa May.

Lors de son discours au congrès de son parti début octobre, la Première ministre a martelé que l’austérité touchait à sa fin dans le pays, défendant une vision plus sociale afin de couper l’herbe sous les pieds de l’opposition travailliste mais laissant circonspects nombre d’économistes.

Pour le respecté organisme indépendant Institute for fiscal studies (IFS), retrouver l’équilibre budgétaire et en finir avec l’austérité en dépensant plus sont des promesses “très difficilement compatibles” sauf à augmenter les taxes ou à espérer une croissance dynamique.

Publié le lundi 29 octobre 2018 à 8:10, modifications lundi 29 octobre 2018 à 8:10

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