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Le régime syrien pilonne les dernières poches rebelles aux portes de Damas

Le régime syrien poursuit mardi son offensive contre les dernières poches rebelles de la Ghouta orientale, aux portes de Damas, pendant que dans le nord du pays, les Kurdes défaits à Afrine se préparent à l’éventualité de nouvelles attaques turques.

Ces deux fronts distincts mais représentatifs de la complexité de la guerre en Syrie ont entraîné l’une des pires crises humanitaires depuis le début du conflit en 2011, avec des dizaines de milliers de civils déplacés par les combats.

Plusieurs ONG ont exprimé leur inquiétude et alerté sur le désespoir de ces populations.

Pour échapper aux bombardements du régime dans la Ghouta orientale, dernier fief insurgé près de Damas, près de 70.000 personnes ont ainsi fui les territoires rebelles au cours des derniers jours.

Un bilan accablant

Depuis le lancement de l’offensive du régime de Bachar al-Assad le 18 février 2018, ces bombardements ont tué plus de 1.450 civils, dont 297 enfants, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

En un mois d’opérations aériennes et terrestres, le régime, soutenu par son allié russe, a reconquis plus de 80% de l’enclave, et il s’avère plus que jamais déterminé à en reprendre le contrôle total.

Plusieurs localités encore tenues par la rébellion ont été pilonnées dans les dernières 24 heures.

Carte de l'avancée des forces syriennes dans la Ghouta orientale au 18 mars

(credit photo AFP) Carte de l’avancée des forces syriennes dans la Ghouta orientale au 18 mars

Lundi soir, 20 civils, dont 16 enfants, ont été tués par un raid aérien alors qu’ils s’abritaient dans une école à Arbine, dans le secteur sud de l’enclave.

“Le sous-sol de l’école était utilisé comme abri”, a expliqué à l’AFP le directeur de l’OSDH Rami Abdel Rahmane, précisant que le raid avait probablement été effectué par l’aviation russe.

Depuis lundi soir, au moins 15 raids du régime ont par ailleurs visé Douma, la plus grande ville de l’enclave, d’après l’OSDH.

Les secouristes se concentrent sur les cas les plus urgents, même si beaucoup n’osent pas sortir du centre de la défense civile par peur d’être la cible de bombardements, a constaté un correspondant de l’AFP.

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a dénoncé les bombardements incessants de milliers de civils “terrifiés et pris au piège”.

“Les familles fuient (l’enclave rebelle), mais de nombreux civils craignent des représailles en raison de leur soutien présumé aux groupes de l’opposition”, a-t-il affirmé.

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) a aussi tiré le signal d’alarme sur les conditions difficiles des déplacés dans les centres d’accueil “saturés”.

Des civils syriens ayant fui l'enclave rebelle dans la Ghouta orientale s'entassent dans une école d'Adra, près de Damas, le 16 mars 2018

(credit photo AFP) Des civils syriens ayant fui l’enclave rebelle dans la Ghouta orientale s’entassent dans une école d’Adra, près de Damas, le 16 mars 2018

“Les gens font la queue pendant des heures pour utiliser les toilettes et la plupart (des centres) n’ont pas d’éclairage”, a déploré l’agence onusienne dans un communiqué.

L’EI toujours une menace

Dans le même temps, à Damas, les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont montré qu’ils demeuraient une menace, en s’emparant de la totalité d’un quartier où ils maintenaient une présence dans la périphérie sud de la capitale, au terme de violents combats avec les forces prorégime.

“L’EI a pris le contrôle total de Qadam et 36 membres des forces du régime et combattants alliés ont été tués”, a affirmé l’OSDH.

Les jihadistes de l’EI, acculés dans d’ultimes réduits en Syrie, maintiennent une présence dans des quartiers de la banlieue sud de Damas, notamment le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk ou encore le quartier de Hajar al-Aswad.

Les jihadistes contrôlent moins de 5% du territoire syrien, après avoir reculé sous le coup de multiples offensives menées par les forces du régime appuyées par la Russie ou des forces kurdo-arabes soutenues par Washington.

Par le passé, ils ont mené plusieurs attentats spectaculaires au coeur de la capitale, et malgré leur repli, ils continuent à lancer parfois des attaques contre les forces du régime ou les combattants kurdes, notamment dans l’est du pays.

Cellule dormante kurde

Des civils fuyant la ville d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, arrivent dans le village d'Al-Ziyarah, sous contrôle du régime syrien, le 19 mars 2018

(credit photo AFP) Des civils fuyant la ville d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, arrivent dans le village d’Al-Ziyarah, sous contrôle du régime syrien, le 19 mars 2018

Sur un autre front de la guerre, dans le nord de la Syrie, la Turquie s’est dit prête lundi à élargir son offensive contre une milice kurde, après avoir pris le contrôle de l’enclave kurde d’Afrine, largement vidée de ses habitants et théâtre de scènes de pillage.

“Nous allons poursuivre ce processus jusqu’à la destruction totale de ce corridor constitué de Minbej, Aïn al-Arab (nom de Kobané en arabe), Tal Abyad, Ras al-Aïn et Qamichli” dans le nord syrien, a averti le président turc Recep Tayyip Erdogan.

La police militaire turque s’est déployée mardi dans la ville d’Afrine, selon l’OSDH, qui a qualifié la situation sécuritaire sur place de “chaotique”.

L’offensive turque lancée le 20 janvier vise la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), classée “terroriste” par Ankara mais allié précieux de Washington dans la lutte contre le groupe EI.

Evincée, l’administration locale kurde de la région d’Afrine a promis que ses combattants deviendraient un “cauchemar permanent” pour l’armée turque et leurs supplétifs syriens. D’après l’OSDH, des cellules dormantes des YPG restent présentes autour d’Afrine.

Publié le mardi 20 mars 2018 à 13:51, modifications mardi 20 mars 2018 à 14:46

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