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Le Prix Sakharov 2018 au cinéaste Oleg Sentsov emprisonné en Russie

Le Parlement européen a décerné jeudi son prestigieux Prix Sakharov au cinéaste ukrainien emprisonné en Russie Oleg Sentsov, récompensant “une contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l’Homme dans le monde”, ont annoncé les groupes politiques.

Originaire de la péninsule ukrainienne de Crimée, annexée par la Russie en 2014, Oleg Sentsov, 42 ans, est détenu dans la colonie pénitentiaire russe de Labytnangui, au-delà du cercle polaire arctique.

Ce père de deux enfants, arrêté chez lui en mai 2014, a été condamné en août 2015 à 20 ans de prison pour “terrorisme” et “trafic d’armes”, à l’issue d’un procès qualifié de “stalinien” par l’ONG Amnesty International.

Il avait débuté une grève de la faim à la mi-mai pour obtenir la libération de tous les “prisonniers politiques” ukrainiens détenus en Russie, avant d’y mettre fin 145 jours plus tard, début octobre, afin, disait-il, d’éviter d’être nourri de force.

Le G7 ainsi que de nombreuses personnalités politiques ou du monde culturel ont appelé à sa libération.

En dépit de l’arrêt de sa grève de la faim, son état de santé soulève toujours les plus vives inquiétudes.

Rassemblement en soutien à Oleg Sentsov en grève de la faim, à Kiev en Ukraine, le 13 juillet 2018

(credit photo AFP/Archives) Rassemblement en soutien à Oleg Sentsov en grève de la faim, à Kiev en Ukraine, le 13 juillet 2018

“Abandonner une grève de la faim est un processus assez compliqué. Personne ne peut dire à l’heure actuelle qu’Oleg va s’en sortir. La situation est très, très grave”, a assuré sa cousine Natalia Kaplan à la mi-octobre.

“Ses dernières lettres sont assez pessimistes”, a-t-elle confié, précisant que le cinéaste “a écrit un testament et y demande de ne pas abandonner ses enfants”.

Oleg Sentsov est connu pour son film “Gamer”, qui raconte l’histoire d’un adolescent participant à des compétitions de jeux vidéo tout en faisant face à une vie quotidienne difficile dans un village d’Ukraine. Il avait été projeté dans plusieurs festivals et récompensé à Rotterdam en 2012.

Antichambre du Nobel de la paix

Sa situation est emblématique des relations à couteaux tirés entre la Russie et l’Ukraine depuis l’arrivée au pouvoir en 2014 de pro-occidentaux à Kiev, suivie de l’annexion de la Crimée et d’un conflit armé avec les séparatistes prorusses en Ukraine, qui a fait plus de 10.000 morts.

Oleg Sentsov était en lice avec deux autres finalistes sur la “short list” du Prix Sakharov: le militant marocain, également incarcéré, Nasser Zefzafi ou un groupe d’ONG qui portent secours aux migrants en Méditerranée.

Désigné dans la matinée par les présidents des groupes parlementaires, son nom devait être proclamé officiellement vers midi, en plénière, par le président italien du Parlement européen Antonio Tajani.

Le Prix Sakharov lui sera remis lors d’une cérémonie solennelle prévue le 12 décembre dans le vaste hémicycle de Strasbourg. Mais son absence étant fort probable, un membre de sa famille pourrait être appelé à le recevoir en ses lieux et place.

A plusieurs reprises depuis sa création en 1988, le Prix Sakharov a fait figure d’antichambre du prix Nobel de la Paix. Son premier lauréat, Nelson Mandela, a été “nobélisé” en 1993. Et tout récemment encore, en 2018, la Yazidie Nadia Murad, (Prix Sakharov 2016) et “l’homme qui répare les femmes”, le gynécologue congolais Denis Mukwege (2014), ont été récompensés ensemble par le comité norvégien.

Doté de 50.000 euros, le Prix Sakharov doit son nom au scientifique soviétique Andreï Sakharov (1921-1989), grande figure de la dissidence à l’époque de l’URSS.

Publié le jeudi 25 octobre 2018 à 12:40, modifications jeudi 25 octobre 2018 à 12:40

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