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L’avenir politique de Tsipras incertain malgré la fin des plans d’aide

L’été aurait pu être brillant pour le Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui fait sortir lundi son pays de huit ans de cure d’austérité, mais l’incendie de Mati fin juillet pèse sur le gouvernement, rendant difficiles de grandes célébrations.

M. Tsipras triomphait le 22 juin, au lendemain de la constatation par les créanciers européens de la Grèce de résultats lui permettant de sortir des plans d’aide et d’obtenir des conditions plus avantageuses pour le remboursement de son énorme dette, équivalant à 180% de son PIB.

Pour la première fois et pour une quinzaine de minutes, devant les membres du gouvernement et leurs familles, le Premier ministre de gauche radicale avait même arboré une cravate, comme il l’avait promis à son arrivée au pouvoir en janvier 2015, au cas où un accord jugé convenable sur la dette serait trouvé avec les créanciers.

“Jour après jour, l’incertitude sera remplacée par la stabilité, le danger par la sécurité”, avait-il lancé.

Mais le 23 juillet, la mort de 96 personnes – bilan non encore définitif – dans le feu ayant ravagé la petite station balnéaire de l’est d’Athènes a profondément marqué les Grecs, et pèse sur le bilan du Premier ministre.

M. Tsipras a revendiqué une “responsabilité politique” du drame, et limogé quelques responsables, mais n’a jamais explicitement reconnu d’erreurs opérationnelles dans l’évacuation de Mati.

“C’est le moment le plus difficile que nous ayons traversé depuis que nous sommes au gouvernement”, a concédé ce mois-ci Nikos Pappas, proche conseiller de M. Tsipras.

“Sortez-les”

La chancelière allemande Angela Merkel (g) et le Premier ministre grec Alexis Tsipras (R) lors d'une réunion de l'Otan, le 11 juillet 2018 à Bruxelles

(credit photo AFP/Archives) La chancelière allemande Angela Merkel (g) et le Premier ministre grec Alexis Tsipras (R) lors d’une réunion de l’Otan, le 11 juillet 2018 à Bruxelles

Celui-ci n’avait pas besoin d’un tel coup, alors que son parti Syriza était déjà avant l’incendie 14 points dans les sondages derrière le parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND) de Kyriakos Mitsotakis.

“Le gouvernement est épuisé, moralement discrédité et ses lacunes en matière de gestion ont été révélées au grand jour”, remarque Thanassis Diamantopoulos, professeur de sciences politiques à l’université Panteion d’Athènes.

“Nous arrivons à un point où les gens qui étaient un peu au centre et gardaient l’esprit ouvert sont maintenant très en colère contre Syriza”, a ajouté Nikos Konstandaras, éditorialiste au quotidien libéral Kathimerini, selon lequel “de nombreux Grecs vont commencer à dire +tout mais pas eux, sortez-les+”.

“Il est temps pour (M. Tsipras) de partir”, a déclaré lui-même M. Mitsotakis en début de mois.

Les prochaines élections législatives sont prévues en septembre 2019 mais M. Tsipras pourrait les avancer à fin mai, avec les européennes.

Mais un autre sujet menace le gouvernement : le partenaire de M. Tsipras dans la coalition au pouvoir, Panos Kammenos, chef du petit parti nationaliste des Grecs indépendants, menace de partir si l’accord trouvé en juin avec la Macédoine, prévoyant que celle-ci puisse prendre le nom de Macédoine du nord, est entériné début 2019 par le Parlement.

“Grande réussite en soi”

La défection de cet allié laisserait M. Tsipras sans majorité.

Il pourrait contre-attaquer en mettant en avant ses points forts, la volonté de lutter contre la corruption et contre la pauvreté.

“Tsipras a les compétences pour articuler une vision (du pays) et présenter le travail de son gouvernement de manière à gagner des voix”, reconnaît Vassilis Monastiriotis, professeur agrégé d’économie politique à l’Institut européen de la London School of Economics.

Après tout, observe-t-il, le fait d’être sorti des programmes d’aide “devrait être vu comme une grande réussite en soi : de nombreux gouvernements précédents y ont échoué”.

D’autant que Nouvelle Démocratie, qui a gouverné le pays pendant des décennies en alternance, puis en coalition entre 2012 et 2015, avec le parti socialiste Pasok – aujourd’hui très affaibli – n’a pas toujours été exempte de critiques, sur sa gestion ou sur la probité de quelques-uns de ses politiciens.

Fin politique, Alexis Tsipras était bien parvenu à se faire réélire en septembre 2015, deux mois pourtant après avoir signé le troisième plan d’aide au pays alors qu’il avait obtenu le pouvoir en promettant aux électeurs de débarrasser la Grèce de ces programmes.

“Peut-être sera-t-il en mesure de renverser la situation mais c’est le scénario le moins probable”, conclut M. Monastiriotis.

Publié le dimanche 19 août 2018 à 15:50, modifications dimanche 19 août 2018 à 15:50

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