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L’adieu au géant Aznavour, monument de la chanson et “visage de la France”

Ils sont venus et étaient “tous là” vendredi pour rendre hommage à Charles Aznavour, monument de la chanson française décédé lundi et enfant de la diaspora arménienne, lors d’un hommage placé sous le signe de cette double culture.

C’est au son d'”Emmenez-moi” repris par l’assistance, une de ses plus fameuses chansons, que son cercueil a quitté la cour des Invalides au terme de cet hommage vibrant et solennel.

“C’était une très belle cérémonie, très émouvante, tout le monde a chanté ici quand ils ont mis la chanson. On a applaudi le cercueil. C’était un grand homme”, a estimé Morgane, dans la foule rassemblée dans le calme à l’extérieur des Invalides.

“Charles Aznavour est devenu naturellement, unanimement un des visages de la France”, a déclaré le président Macron, dans son éloge funèbre.

“On devient aussi Français par la langue. C’est par là qu’Aznavour devint si français et même disait-il Parisien, ancrant par les mots son imaginaire dans une identité qui n’était pas celle de ses parents, prenant pied dans la longue tradition des conteurs, des poètes”, a-t-il souligné, saluant celui dont les “chansons furent pour des millions de personnes un baume, un remède, un réconfort”.

La famille du chanteur Charles Aznavour: sa veuve Ulla (d), ses fils Nicolas (3ed) et Mischa (2ed), sa fille Seda (c, g), sa soeur Aida (c), sa petite-fille Leila (g), lors de l'hommage national aux Invalides, le 5 octobre 2018 à Paris

(credit photo AFP) La famille du chanteur Charles Aznavour: sa veuve Ulla (d), ses fils Nicolas (3ed) et Mischa (2ed), sa fille Seda (c, g), sa soeur Aida (c), sa petite-fille Leila (g), lors de l’hommage national aux Invalides, le 5 octobre 2018 à Paris

Plus de 2.000 personnes étaient venues assister à cette cérémonie officielle, comme cela fut le cas pour d’autres personnalités, Simone Veil et Jean d’Ormesson. Un hommage pas assez populaire aux yeux de certains, plusieurs mois après l’adieu à Johnny Hallyday en présence d’une immense foule dans les rues parisiennes.

Pour faire taire la polémique, l’Élysée a précisé que la famille, présente au premier rang, avait voulu cet hommage républicain et officiel, en présence des autorités arméniennes et ouvert au public. Un écran géant avait aussi été installé à l’extérieur.

“Un proche parent”

C’est sur une musique traditionnelle arménienne que le cercueil, revêtu du drapeau français et porté par la garde républicaine, a fait son entrée.

Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre arménien Niko Pachinian, lors de l'hommage national au chanteur Charles Aznavour, le 5 octobre 2018 aux Invalides, à Paris

(credit photo AFP) Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre arménien Niko Pachinian, lors de l’hommage national au chanteur Charles Aznavour, le 5 octobre 2018 aux Invalides, à Paris

Quelques minutes plus tôt, l’hymne arménien puis la Marseillaise avaient retenti, pour l’arrivée du président Macron et du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.

Né Shahnourh Varinag Aznavourian à Paris en 1924, Charles Aznavour était l’un des représentants les plus emblématiques de la diaspora d’Arménie, pays avec lequel il a entretenu des liens étroits tout au long de sa vie.

“Il y a 30 ans, il y a eu un tremblement de terre en Arménie, aujourd’hui c’est un nouveau tremblement”, a estimé Laurent Boutros, un musicien français d’origine arménienne, venu dire adieu au chanteur comme un millier d’anonymes.

“Tout Arménien le perçoit comme un proche parent, c’est celui qui a porté le nom des Arméniens sur le toit du monde, qui a donné une nouvelle couleur, un nouvel élan à la fierté arménienne”, a dit le Premier ministre arménien dans un discours aux accents politiques.

Charles Aznavour, à Paris, le 16 novembre 2017

(credit photo AFP/Archives) Charles Aznavour, à Paris, le 16 novembre 2017

Charles Aznavour “s’apprêtait à venir en Arménie la semaine prochaine (dans le cadre du sommet de la Francophonie, ndlr), je lui avais promis de lui présenter l’Arménie glorieuse, je n’ai malheureusement pas pu tenir ma promesse”, a-t-il affirmé.

A cette occasion, un hommage lui sera rendu “tourné vers son héritage et vers la langue française à laquelle il était tant attaché”, a souligné vendredi l’Élysée.

Fleurs et notes déposées devant l'entrée de la maison de Charles Aznavour, à Mouriès, en Provence, le 2 octobre 2018

(credit photo AFP/Archives) Fleurs et notes déposées devant l’entrée de la maison de Charles Aznavour, à Mouriès, en Provence, le 2 octobre 2018

Une moitié de l’assistance était composée d’admirateurs, l’autre moitié de responsables politiques et personnalités du spectacle. Parmi eux, Jean-Paul Belmondo, Dany Boon, Eddy Mitchell, Mireille Mathieu, Grand Corps Malade, Enrico Macias, Michel Drucker…

Côté politique, plusieurs membres du gouvernement étaient présents, ainsi que les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, d’anciens ministres. Marine Le Pen était également au rendez-vous pour dire adieu au chanteur.

Dans l’intimité

Charles Aznavour sera enterré samedi après-midi à Montfort-l’Amaury (à l’ouest de Paris) dans la plus stricte intimité. Il reposera dans son caveau familial, aux côtés de ses parents et de son fils Patrick, décédé à l’âge de 25 ans.

Avant cela, une cérémonie religieuse est prévue en la cathédrale arménienne Saint-Jean-Baptiste, dans l’ouest parisien, mais l’accès sera uniquement réservé aux proches.

La disparition du chanteur, surnommé “le Sinatra français” outre-Atlantique, a été pleurée dans le monde entier, d’Hollywood Boulevard à Erevan, en passant par Beyrouth, Buenos Aires ou encore La Havane.

C’est en Arménie, la terre de ses ancêtres, que l’émotion a peut-être été la plus vive. Une journée de deuil national est prévue samedi et l’hommage aux Invalides a été très suivi sur place grâce à un écran installé sur la place centrale d’Erevan.

Charles Aznavour s’est éteint lundi à son domicile dans le sud-est de la France, à la suite d’une “défaillance cardio-respiratoire”.

Inépuisable et fourmillant de projets, celui qui s’était imaginé vivre jusqu’à 100 ans avait repris la scène en septembre avec deux concerts au Japon.

Ces derniers mois pourtant, il avait dû annuler des représentations: en avril à Saint-Pétersbourg, puis en mai en raison d’une fracture de l’humérus gauche, après une chute.

Il laisse derrière lui, sa veuve Ulla, avec qui il a vécu pendant plus de cinquante ans et ses enfants.

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Publié le vendredi 5 octobre 2018 à 12:40, modifications vendredi 5 octobre 2018 à 12:40

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