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La France renforce la population d’ours dans les Pyrénées en relâchant deux femelles

Une seconde ourse a été lâchée vendredi dans les Pyrénées-Atlantiques afin de sauvegarder l’espèce menacée d’extinction en France, malgré l’opposition d’éleveurs locaux dont certains ont menacé de prendre les armes contre les plantigrades.

Ces deux ourses pourraient donner naissance à des petits en 2019, a précisé l’Agence forestière slovène qui a supervisé la capture des animaux dans le petit pays balkanique.

“Je suis en mesure de confirmer aujourd’hui que deux ourses femelles ont été réintroduites dans le Béarn, dans les Pyrénées-Atlantiques”, a annoncé le ministre de la Transition écologique François de Rugy.

Une première ourse originaire de Slovénie, dénommée Claverina, “+l’héritière+ ou +celle qui détient les clés+ en béarnais”, selon le ministère, avait été relâchée dans les montagnes jeudi par hélicoptère, “une première” selon l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage), alors que des opposants anti-ours avaient dressé des barrages routiers.

Âgée de sept ans et pesant 140 kilos, elle est “la première ourse femelle à fouler le sol béarnais depuis une décennie”, selon le ministère.

La deuxième ourse slovène, “Sorita, +petite sœur+, l’a rejointe ce matin (…) D’un an son aîné, elle pèse 150 kilos”, précise-t-on. Elle a pris “pied sur les terres de l’ours Cannellito, fils de Cannelle et dernier ours vivant issu de la lignée des Pyrénées”, précise l’ONCFS, avec l’objectif de “conserver le patrimoine génétique de la lignée historique”.

“A la suite d’examens vétérinaires poussés et de tests de grossesse positifs, il est très probable que les deux ourses donneront naissance à des petits dès l’an prochain”,a déclaré le responsable du projet, Marko Jonozovic. Les ourses slovènes donnent en général naissance à deux petits par gestation.

“Pousse-au-crime”

Les deux animaux étaient attendus de pied ferme par les pro et les anti-ours. Leur arrivée avait été promise par le précédent ministre Nicolas Hulot alors que l’Union européenne avait mis en demeure fin 2012 la France pour avoir manqué à ses obligations de protection de cette espèce.

Ce lâcher est “historique et va permettre de relancer une dynamique de vie”, s’est félicité le Fonds d’intervention éco-pastoral (FIEP), association de défense de l’environnement.

La population ursine dans les Pyrénées est de 43 animaux, après des réintroductions en 1996 et 2006, mais elle “n’est pas encore complètement viable et nécessite un renforcement sur le plan quantitatif – le nombre d’ours -, mais surtout sur le plan qualitatif, c’est-à-dire leur qualité génétique”, a dit à l’AFP Nicolas Alban, chef de projet pour cette opération à l’ONCFS.

Le choix pour la réintroduction s’est portée sur deux femelles car il y a deux ours en Béarn, avec l’espoir de “renforcer cette partie occidentale des Pyrénées”, a-t-il poursuivi.

Les associations Ferus et Pays de l’Ours-Adet ont demandé des mesures de protection particulières “pendant au moins un an” ainsi que d’autres lâchers. Elles soulignent que la dernière femelle représentante de l’ours de souche du versant français des Pyrénées, Cannelle, a été tuée en 2004 par un chasseur.

Pour les opposants aux ours, leur présence n’est pas compatible avec l’élevage. L’animal, qui se nourrit à 70% de végétaux, peut s’attaquer à des brebis ou provoquer la chute de dizaines d’entre elles d’un escarpement si elles sont effrayées.

Le député Jean Lassalle a qualifié le lâcher de “pousse-au-crime”, même si “la violence n’est pas une réponse à cette violence d’État irresponsable”.

“Les faire partir vers l’Espagne”

L’éleveur béarnais chef de file des anti-ours, Olivier Maurin, s’est dit fier du combat mené par les éleveurs, même si de son aveu, “en face de nous, c’est l’État. C’est pas 400 bergers qui vont gagner.”

Se disant pas surpris que les femelles lâchées attendent des petits, il a assuré que les éleveurs “vont s’organiser dans les prochains jours. Il est certain qu’on va essayer de les (les ourses) faire partir vers l’Espagne, si elles n’y sont pas déjà parce que les ourses, une fois introduites, peuvent marcher des centaines de kilomètres”.

D’autres bergers militent, eux, pour une cohabitation avec l’animal. “Depuis la nuit des temps, les ours ont toujours été là. On ne les voit pas et cela ne change rien à notre vie”, a dit à l’AFP Élise Thébault.

Outre les indemnisations en cas d’attaques par des ours, des mesures d’accompagnement sont prévues par l’Etat: gardiennage permanent des troupeaux, achat de chiens de protection patou ou mise en place de clôtures électriques mobiles.

Publié le vendredi 5 octobre 2018 à 19:40, modifications vendredi 5 octobre 2018 à 19:40

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