Justice

Procès des bébés volés en Espagne : Eduardo Vela reconnu coupable mais pas condamné

Eduardo Vela, un ancien obstétricien, a été reconnu coupable d’avoir organisé un trafic de bébés à partir de la dictature de Franco En Espagne. Pourtant, il échappe à une condamnation, les faits étant prescrits. 

En Espagne, le premier procès dit des « bébés volés » du franquisme ne donne finalement lieu à aucune condamnation ce lundi 8 octobre. Eduardo Vela, un gynécologue-obstétricien, l’ancien directeur de la clinique San Ramon de Madrid, a certes été reconnu coupable d’avoir séparé un nourrisson à peine né de sa mère pour le donner à une femme stérile. Pourtant, il n’a pas été condamné. Le parquet avait requis 11 ans de réclusion, mais les magistrats ont considéré que les faits étaient prescrits.

Eduardo Vela : auteur de tous les délits

Ainsi, de nombreux manifestants s’étaient réunis ce 8 octobre devant le tribunal de Madrid à l’occasion de ce premier procès sans précédent qui a débuté le 26 juin dernier. En effet, ce scandale qui pourrait avoir touché des milliers de nouveau-nés soustraits à leur mère et confiés à des familles d’adoption sous la dictature de Franco.

Dans sa décision, le tribunal madrilène chargé de l’affaire indique « absoudre » Eduardo Vela. Toutefois, la cour a considéré que l’ancien obstétricien, âgé de 85 ans, était l’« auteur de tous les délits » dont il était accusé.

Eduardo Vela était obstétricien à la clinique San Ramon de Madrid sous la dictature de Franco. Considéré comme l’un des principaux acteurs du trafic d’enfants, il était accusé par Inès Madrigal, une employée des chemins de fer âgée aujourd’hui de 49 ans, de l’avoir séparée de sa mère biologique. Le médecin aurait falsifié son acte de naissance en juin 1969, pour la confier à Inès Perez, une femme stérile. Et ce, avec la complicité d’un prêtre jésuite.

A l’annonce de cette décision de justice, Inès Madrigal a annoncé qu’elle allait faire appel devant la Cour suprême.

Evidemment, je suis contente parce qu’il est reconnu qu’Eduardo Vela a fait tout ce qu’il a fait. Mais je ne pensais pas que les juges s’arrêteraient à la question de la prescription.

A-t-elle déclaré à la presse.

Complicité de l’Eglise catholique

La pratique des « bébés volés » est née pendant la répression qui a suivi la guerre civile (1936-1939) en Espagne. Les nouveau-nés étaient enlevés à des opposantes accusées de transmettre le « gène » du marxisme. Après l’accouchement, ils étaient déclarés morts et adoptés par des couples stériles. Ces derniers étant issus de familles de préférence proches du régime «national-catholique». Ces vols de bébés étaient la plupart du temps faits avec la complicité de l’Eglise catholique.

Ensuite, à partir des années 1950, les bébés nés hors mariage, ou dans les familles pauvres ou très nombreuses, ont été visés. Le trafic a perduré sous la démocratie, au moins jusqu’en 1987. Le même phénomène s’est reproduit en Argentine pendant la dictature militaire (1976-1983). A l’époque, quelque 500 nouveau-nés ont été arrachés à des détenues. Ils ont été confiés en adoption à des familles soutenant le régime.

En dépit de l’ampleur du scandale en Espagne, aucune des plus de 2.000 plaintes déposées selon les associations n’a abouti. Souvent en raison de la prescription des faits.

Publié le mardi 9 octobre 2018 à 11:48, modifications mardi 9 octobre 2018 à 11:48

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